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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2306192

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2306192

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2306192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHAGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Hage, doit être regardée comme demandant au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner le recteur de l'académie de Créteil à lui verser, de manière provisionnelle, les sommes de 5 306,68 euros au titre de la régularisation de son traitement brut assorti de l'indemnité de résidence et des heures supplémentaires effectuées, 72,87 euros correspondant au prélèvement effectué au mois de mars 2021 et 2 000 euros au titre des dommages intérêts, assorties des intérêts moratoires, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il existe une obligation non sérieusement contestable à la charge du recteur de l'académie de Créteil ;

- pour la période de septembre 2017 à décembre 2020, son traitement a été calculé sur la base d'un indice erroné ;

- pour la période de septembre 2018 à juin 2020, son indemnité de résidence a été calculée sur la base d'un indice erroné ;

- pour la période d'octobre 2020 à juin 2021, les 13,5 heures supplémentaires qu'elle a effectué ne luit ont été que partiellement payées ;

- au mois de mars 2021, elle a fait l'objet d'un double prélèvement pour un même jour d'absence ;

- les erreurs de l'administration lui ont causé un préjudice financier et un préjudice tiré du trouble dans ses conditions d'existence réparables à hauteur de 2 000 euros.

Par un courrier enregistré le 6 juin 2023, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse fait valoir que seul le recteur de l'académie de Créteil est compétent pour présenter des observations.

La requête a été communiquée au recteur de l'académie de Créteil qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l'Etat ;

- la circulaire n° 2022-075 du 22 mai 2022 relative aux modalités de remboursement des frais occasionnés par les déplacements temporaires au sein de l'académie de Créteil ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Weidenfeld, vice-présidente, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

Sur la provision relative au calcul du traitement dû :

2. Il est constant que les contrats par lesquels Mme B a été engagée sur un emploi de catégorie A entre le 1er septembre 2017 et le 31 août 2021 prévoyaient une rémunération principale correspondant au moins à l'indice brut 500 (indice majoré 431). Par suite, il n'est pas sérieusement contestable que sa rémunération au titre de ces cinq années devait être au moins égale à celle correspondant à cet indice. Il résulte toutefois de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas contesté, que les traitements versés à la requérante ont été calculés sur la base de l'indice brut 469 (indice majoré 410).

3. Il résulte de l'instruction que Mme B été rémunérée, pour la période de septembre 2017 à août 2018 durant laquelle elle était employée à temps partiel (97,2%) et pour la période de septembre 2018 à juin 2020, durant laquelle elle était employée à temps plein, à hauteur de 22 414,8 euros et 42 267,94 euros. Il résulte par ailleurs de cette même instruction que les traitements correspondant à l'indice brut 500 s'élèvent pour ces deux périodes, aux montants respectifs de 23 557,51 euros et 44 432,89 euros. Il s'ensuit que l'obligation du recteur de l'académie de Créteil de verser à Mme B la différence entre ces montants, soit une somme totale de 2 355 euros (3 307,66 euros brut), doit être regardée comme non sérieusement contestable.

Sur la provision relative au calcul de l'indemnité de résidence :

4. Il résulte de l'instruction que Mme B étant affectée dans un établissement de Champs-sur-Marne, l'indemnité de résidence à laquelle elle a droit correspond à 3% de son traitement indiciaire brut. Il s'ensuit que pour la période de septembre 2018 à juin 2020, Mme B, qui a perçu 1 267,87 euros à ce titre, aurait dû percevoir au moins 1 332,92 euros. Il s'ensuit qu'elle est fondée à soutenir qu'elle est créancière d'une provision non sérieusement contestable d'un montant de 65,12 euros.

Sur la provision relative aux heures supplémentaires :

5. Mme B soutient qu'elle aurait dû être rémunérée à hauteur de 1 858,68 euros pour l'heure et demie supplémentaire effectuée mensuellement entre octobre 2020 et juin 2021, alors qu'elle n'a perçu à ce titre qu'une rémunération de 622,71 euros. Toutefois, dès lors qu'elle n'assortit ces allégations d'aucune précision en fait et en droit permettant d'apprécier le bien fondé de la provision dont elle s'estime créancière, celle-ci ne peut être regardée comme étant non sérieusement contestable au sens de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

Sur la provision relative au prélèvement opéré deux fois pour son absence du 10 novembre 2020 :

6. Il résulte de l'instruction que deux sommes de 72,87 euros ont été prelevées à Mme B sur ses traitements des mois de février et mars 2021. Mme B fait valoir, sans être contredite, que ces prélèvements correspondraient à la même absence du 10 novembre 2020. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instructoin que cette absence aurait dû donner lieu à un prélèvement supérieur à 72,87 euros, Mme B est fondée à soutenir qu'elle est créancière à ce titre d'une provision non sérieusement contestable d'un montant de 72,87 euros.

Sur la provision relative aux dommages-intérêts :

7. Mme B soutient qu'elle a subi un préjudice tiré du trouble dans ses conditions d'existence, causé par une perte financière ainsi que par les nombreuses démarches qu'elle a dû effectuer auprès de son employeur. Toutefois, Mme B n'apporte aucun élément relatif aux troubles qu'elle invoque dans ses conditions d'existence, la seule preuve de la matérialité des erreurs de l'administration dans la gestion de son traitement ne permettant pas de considérer le préjudice qu'elle estime avoir subi comme étant établi. Il s'ensuit que la créance dont se prévaut Mme B ne peut être regardée comme étant non sérieusement contestable au sens de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Mme B une somme totale de 2 492,99 à titre de provision. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette condamnation d'une astreinte.

Sur les intérêts moratoires :

9. En l'absence de litige né et actuel relatif à un refus de paiement des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, les conclusions à ce titre de Mme B sont irrecevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Il ya lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B une provision de 2 492,99 euros.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 800 (huit cents) euros à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au recteur de l'académie de Créteil et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Fait à Montreuil, le 6 juillet 2023,

La juge des référés,

K. Weidenfeld

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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