mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2306785 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 et 23 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Crusoé, demande au juge des référés du Tribunal statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 28 mai 2021 par laquelle la région d'Île-de-France l'a radiée des cadres, ainsi que du rejet implicite de son recours gracieux à son encontre ;
3°) d'enjoindre à la présidente du conseil régional d'Île-de-France de la réintégrer dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la région une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- l'urgence est constituée s'agissant d'une mesure d'éviction de la fonction publique et compte tenu des conséquences financières de la décision contestée, au regard de ses charges ;
- la décision est entachée d'une incompétence de son signataire, d'une absence de mise en demeure régulière de reprendre son poste et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle n'a pas entendu rompre le lien avec son service mais que son conjoint l'empêchait de quitter son domicile en exerçant sur elles des violence psychologiques et physiques.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2023, la région d'Île-de-France, représentée par Adden avocats, conclut au rejet de la requête.
La région soutient que la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive, que la condition d'urgence n'est pas satisfaite et que les moyens sont infondés.
Vu :
- la requête tendant à l'annulation de la décision contestée, enregistrée le 7 février 2023 sous le numéro 2301601 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code général de la fonction publique et la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Le Garzic, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.
Les parties ont été régulièrement avertie du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 23 juin 2023, tenue en présence de Mme Valcy, greffière, ont été entendus :
- le rapport de M. Le Garzic ;
- les observations de Me Crusoé, avocat de Mme A, qui reprend ses écritures, ainsi que les éclaircissements de l'intéressée, qui indique notamment avoir reçu la décision litigieuse en janvier 2022 ;
- et les observations de Adden avocats, avocat de la région, qui reprend ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, adjointe administrative territoriale, a fait l'objet le 28 mai 2021 d'un arrêté par lequel la présidente du conseil régional d'Île-de-France a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste. Mme A demande que soit prononcée la suspension de l'exécution de cette décision ainsi que du rejet implicite de son recours gracieux qu'elle a présenté le 15 février 2022 à son encontre.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions fondées sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée d'Île-de-France :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de la première phrase du premier alinéa de l'article R. 421-2 du même code : " () dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. / Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés ". Aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " () le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents ". Aux termes de l'article 43 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : () 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande () ".
5. Il résulte de l'instruction que Mme A a présenté le 3 juin 2022 une demande d'aide juridictionnelle afin de présenter un recours pour excès de pouvoir à l'encontre de la décision du 28 mai 2021, et qu'elle a présenté ce recours dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision du 10 octobre 2022 d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été expédiée le 7 décembre 2022. Il en résulte en outre que Mme A a présenté la demande du 3 juin 2022 dans le délai de deux mois suivant la naissance d'une décision de rejet implicitement née du silence gardé par la région sur le recours gracieux qu'elle a présenté le 17 février 2022 à l'encontre de la décision du 28 mai 2021. La région d'Île-de-France fait toutefois valoir qu'elle a notifié la décision du 28 mai 2021 par un courrier qu'elle indique avoir été reçu par Mme A le 3 juin 2021. Cependant, si la région produit une capture d'écran de l'acheminement d'un courrier par la société La Poste et mentionnant que le destinataire a refusé le 3 juin 2021 de se voir délivrer le pli, au sein d'un courriel interne à ses services contemporain de ces événements et mentionnant que la capture d'écran est relative à Mme A, la requérante produit elle-même l'enveloppe retournée à la région par la société La Poste à la région, qu'elle a extraite de son dossier administratif, indiquant que le pli n'a pas été distribué au motif que le destinataire n'habiterait pas à l'adresse libellée sur l'enveloppe, dont il est constant qu'elle est bien celle de Mme A. Dans ces conditions, au regard de ces mentions contradictoires, la notification de la décision à la date du 3 juin 2021 ne peut être regardée comme justifiée, et il y a lieu de retenir qu'elle a été notifiée à la requérante au cours du mois de janvier 2022 ainsi qu'elle l'a indiqué lors de l'audience du 23 juin 2023. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir que la région oppose à la requête à fin d'annulation ne peut être regardée comme fondée, et que la requête présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut elle-même être écartée pour ce motif.
En ce qui concerne la condition de l'urgence :
6. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
7. Il résulte de l'instruction que l'exécution de la décision en litige a pour effet de laisser à Mme A pour seule rémunération mensuelle une somme de 965 euros au titre du revenu de solidarité active et d'allocations familiales à la place du traitement que son statut lui donne vocation à percevoir, alors qu'elle élève seule son enfant mineure, qu'elle est hébergée par sa sœur en l'absence de logement personnel et qu'elle a fait l'objet de mesures de rétablissement personnel par la commission de surendettement des particuliers. Dans ces conditions, dans la mesure où il ne résulte pas de l'instruction que la requérante pourrait bénéficier d'un revenu de remplacement suffisant pour équilibrer ses charges jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond, la condition de l'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
8. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié, qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il encourt d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.
9. Le moyen tiré de ce que Mme A n'a pas été destinataire d'une mise en demeure de rejoindre son poste dans les conditions énoncées au point précédent apparaît propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. La suspension de la radiation des cadres de Mme A implique nécessairement sa réintégration provisoire dans les effectifs de la région d'Île-de-France jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la région de procéder à cette réintégration dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la région d'Île-de-France, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais que Mme A devrait y exposer, soit en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et au bénéfice de Me Crusoé, avocat, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle serait accordé à Mme A, et sous réserve alors que Me Crusoé renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, soit en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de Mme A, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle lui serait refusé.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 1er bis : L'exécution de la décision du 28 mai 2021 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint à la région d'Île-de-France de réintégrer Mme A dans un délai d'un mois.
Article 3 : La région d'Île-de-France versera une somme de 1 000 euros au titre des frais d'instance dans les conditions mentionnées au point 12.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Crusoé et à la région d'Île-de-France.
Fait à Montreuil le 28 juin 2023.
Le juge des référés,
P. Le Garzic
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026