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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2307255

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2307255

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2307255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantGIUDICELLI-JAHN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 235998 du 15 juin 2023, le magistrat désigné par le président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au Tribunal administratif de Montreuil la requête, enregistrée le 26 avril 2023, de M. A.

Par une requête, enregistrée le 15 juin 2023 au greffe du tribunal de céans, M. B A, représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au président du tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les droits de la défense, dès lors que le dossier de police ne lui a pas été communiqué ;

- elle méconnaît son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation ".

Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Fabre, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre,

- les observations de Me Giudicelli-Jahn, représentant M. A, absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre qu'il a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour afin de régulariser sa situation, que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas pris en compte.

Le préfet des Hauts-de-Seine, régulièrement convoqué, n'était ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant égyptien, a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français à destination d'un pays dans lequel il est légalement admissible et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A demande l'annulation de cette arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il résulte des pièces du dossier que, pour obliger le requérant à quitter le territoire français sans délai, le préfet s'est fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ", et sur la circonstance que le requérant n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour.

3. Par les pièces qu'il produit, M. A établit avoir adressé une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 18 novembre 2022 auprès de la préfecture de la Seine-Saint-Denis et a obtenu un rendez-vous en préfecture pour faire examiner cette demande le 14 septembre 2023. Or, il ressort des motifs de l'arrêté en litige, qui ne fait pas état de sa demande de régularisation, que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas pris en compte ces éléments relatifs à la situation de M. A, dont il avait nécessairement connaissance. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation et qu'il a entaché son arrêté d'illégalité.

4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doivent être accueillies. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an doivent être également accueillies.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts de Seine du 25 avril 2023 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

La magistrate désignée par le président du tribunal,

A.-L. FabreLa greffière,

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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