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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2307947

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2307947

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2307947
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantNDIAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2023, M. A B, représenté par Me Ndiaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 mai 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 28 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. David ;

- les observations de Me Ndiaye, représentant M. B ;

- et les observations de M. B.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 25 novembre 2002, a sollicité le 11 avril 2022 son admission au séjour. Par un arrêté du 30 mai 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Pour rejeter la demande du requérant, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé sur la circonstance que le requérant est célibataire sans enfant, qu'il justifie insuffisamment de sa présence en France au titre des années 2018 et 2019, et qu'il ne démontre pas poursuivre une scolarité sérieuse. Toutefois, au titre de l'année 2018, M. B fournit notamment un certificat de scolarité, une demande d'aide juridictionnelle, une attestation d'assurance scolaire, un avis de bourse et des courriers de l'assurance maladie. Au titre de l'année 2019, M. B fournit notamment un certificat de scolarité, des bulletins scolaires, des courriers de remise de bulletin, une convention d'apprentissage. Dès lors, les pièces suffisamment nombreuses, variées et probantes produites par le requérant permettent d'établir qu'il séjourne habituellement sur le territoire avec ses parents et ses quatre frères et sœurs, tous en situation régulière au regard du droit au séjour, depuis son entrée régulière en France, le 16 mars 2016 à l'âge de 13 ans. Au surplus, si le requérant a effectivement changé plusieurs fois d'orientation professionnelle, il était scolarisé en classe de première professionnelle spécialité " systèmes numériques " à la date de la décision attaquée, après avoir validé une seconde professionnelle spécialité " métiers des transitions numérique et énergétique ", justifiant ainsi d'un parcours scolaire cohérent en lien avec ses aspirations professionnelles, la circonstance, à la supposer établie, selon laquelle le requérant ne justifiait pas, selon le préfet de la Seine-Saint-Denis, d'une scolarité sérieuse à la date de la décision attaquée n'est, en tout état de cause, pas de nature à constituer un motif suffisant pour refuser de l'admettre au séjour. Par suite, compte tenu d'une ancienneté de séjour sur le territoire français de sept ans à la date de la décision attaquée, de sa situation familiale ancrée en France et du fait qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine, la Tunisie, M. B est fondé à soutenir que la décision litigieuse a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 30 mai 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

5. Le présent jugement implique, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la date de sa notification.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 100 euros au titre des frais exposés à l'instance par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 30 mai 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. B une somme de 1 100 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Toutain, président,

M. Aymard, premier conseiller,

M. David, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

Le rapporteur,

A. David

Le président,

E. Toutain

La greffière,

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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