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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2308458

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2308458

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2308458
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 11 juillet 2023, le président du tribunal administratif de Melun a transmis le dossier de la requête de Mme E F au tribunal administratif de Montreuil.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 21 juin 2023 et 8 novembre 2023, Mme E F, représentée par Me Lantheaume, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

- de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

- d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;

- d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; d'enjoindre au préfet de l'Essonne d'annuler le signalement dont elle fait l'objet dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation à la part contributive de l'Etat ; en cas de rejet de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1300 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits del'homme et des libertés fondamentales

- il méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnait les articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Convention de New York relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal administratif de Montreuil a délégué M. D pour statuer sur les requêtes pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. D et les observations de Me Lantheaume.

La clôture a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 20 juin 2023, dont l'annulation est demandée, le préfet de l'Essonne a obligé Mme E F, ressortissante congolaise, à quitter le territoire français sans

délai, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.

I. Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

2 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 portant application de cette loi : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

II. -Sur le surplus des conclusions :

3. Aux termes de l'article 3-1 de la Convention de New York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

4. Pour prendre à l'encontre de la requérante une obligation de quitter le territoire français sans délai, le préfet s'est fondé sur les circonstances qu'elle s'est maintenue sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour, qu'elle a été interpellée pour violences volontaires sur des personnes chargées d'une mission de service public, comportement constituant - de même que le signalement dont elle a fait l'objet le 6 août 2019 pour vol à l'étalage - une menace pour l'ordre public, qu'elle est sans emploi ni ressources et qu'elle ne justifie ni du lieu de résidence de ses quatre enfants ni de ce qu'elle pourvoirait à leur éducation et à leur entretien dès lors qu'ils sont placés auprès de l'aide sociale à l'enfance. Il ressort toutefois des pièces du dossier que ses quatre enfants mineurs, scolarisés en France mais présentant des troubles de comportement, ont été placés auprès des services de l'aide sociale à l'enfance, le tribunal pour enfants C ayant, par un jugement en assistance éducative du 29 décembre 2022, renouvelé la mesure de placement et accordé un droit de visite en lieu neutre au moins une fois par mois à Madame E F, " afin de travailler le lien de Mme E avec ses enfants dans un cadre sécurisant ". Il ressort également des pièces du dossier que la requérante souffre de troubles psychiques qui la placent dans une situation de grande vulnérabilité et que ses troubles expliquent les violences qu'elle a exercées. Le juge des enfants a également relevé qu'il apparaissait " nécessaire d'apporter de la stabilité aux enfants, le temps qu'ils puissent continuer de profiter plus sereinement de leur placement, le temps que leur mère puisse prendre soin d'elle et que sa situation personnelle et son état psychique se stabilisent ", et que " l'attachement des enfants avec leur mère était évident, de même qu'avec leur père pour les deux aînés ". Dans ces conditions, un éloignement de Mme E E aurait pour effet de séparer celle-ci de ses enfants et risquerait de compromettre le long et difficile travail éducatif engagé pour ceux-ci et pour la reconstitution d'un équilibre familial. Par suite, en obligeant Mme E F à quitter le territoire français, le préfet a méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la Convention relative aux droits de l'enfant

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté en litige doit être annulé et qu'il doit être enjoint au préfet de l'Essonne ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, et d'effacer le signalement dont elle fait l'objet dans le système d'information Schengen, sans qu'il y ait lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

6. L'Etat versera à Me Lantheaume une somme de 800 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1 : Mme E F est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 20 juin 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, et d'effacer le signalement dont elle fait l'objet dans le système d'information Schengen.

Article 4 : L'Etat versera à Me Lantheaume une somme de 800 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de la renonciation de Me Lantheaume à la part contributive de l'Etat

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E F, au préfet de l'Essonne et à Me Lantheaume.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

Le magistrat désigné par le président du tribunal,

Signé

H. D La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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