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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2310460

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2310460

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2310460
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantLA CIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 septembre 2023 et le 23 avril 2024, M. C A, représenté par Me Esteveny, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2023 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 2 ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de sa situation, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur son cas, et de mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle en vertu de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elles ne sont pas motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- le préfet a méconnu le principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a méconnu l'article 3 de la même convention ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'autorité de chose jugée qui s'attache au jugement rendu le 12 décembre 2018 par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Melun ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi et celles portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français sont illégales du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La procédure a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 24 avril 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat a entendu les observations de Me Esteveny, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et le mémoire, par les mêmes moyens.

M. A n'était pas présent.

Le préfet des Yvelines n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 9 novembre 1977, demande l'annulation de l'arrêté du 3 septembre 2023 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 2 ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus :

3. En vertu du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement le 2° de l'article L. 511-4 du même code, l'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

4. Par un jugement n° 1809809 et 1809823 du 12 décembre 2018, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté du 19 novembre 2018 par lequel le préfet de l'Essonne a obligé M. A à quitter le territoire français au motif que, eu égard aux documents produits par l'intéressé, relativement notamment à sa scolarité, ainsi qu'aux attestations de proches fournies, il devait être regardé comme justifiant, faute notamment pour le préfet d'apporter d'éléments de nature à infirmer la réalité et la continuité de son séjour en France, d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis l'âge de sept ans et entrait dès lors dans le champ du 2° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce motif constitue le soutien nécessaire du dispositif d'annulation retenu par le magistrat désigné. Il est, par suite, revêtu de l'autorité absolue de la chose jugée. Par le second arrêté querellé en date du 3 septembre 2023, le préfet des Yvelines, sans avoir statué sur le droit au séjour du requérant, a prononcé, sur le même fondement, une nouvelle décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français. Au demeurant, il n'apporte pas davantage dans la présence instance d'éléments de nature à remettre en cause la continuité et la durée de séjour du requérant en France. Par suite, en l'absence de tout changement dans les circonstances de droit et de fait propres à l'espèce, l'arrêté contesté du 3 septembre 2023 a méconnu l'autorité de la chose jugée par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Melun dont le jugement du 12 décembre 2018 revêt un caractère définitif. Cet arrêté est dès lors entaché d'excès de pouvoir.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 septembre 2023 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour portant refus d'accorder au requérant un délai de départ volontaire, fixant son pays de destination et faisant interdiction à l'intéressé de retourner sur le territoire français pour une durée de 2 ans.

6. L'exécution du présent jugement implique que le préfet territorialement compétent, d'une part, réexamine la situation de M. A au regard de son droit au séjour dans un délai qu'il convient, dans les circonstances de l'espèce, de fixer à 3 mois à compter du présent jugement, en lui remettant, jusqu'à ce qu'il soit statué sur son cas, une autorisation provisoire de séjour et, d'autre part, procède sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 3 septembre 2023 du préfet des Yvelines est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A au regard de son droit au séjour dans le délai de 3 mois à compter de la notification du présent jugement en lui remettant, jusqu'à ce qu'il soit statué sur son cas, une autorisation provisoire de séjour et de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Esteveny et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le magistrat désigné,

S. B

La greffière,

D. Bakouma

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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