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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2313362

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2313362

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2313362
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantLOUISA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2314486 du 10 novembre 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête de M. D B, actuellement retenu au centre de rétention administrative n° 3 du Mesnil-Amelot.

Par cette requête, enregistrée le 28 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, un mémoire complémentaire enregistré le 18 novembre 2023 ainsi que deux autres mémoires complémentaires enregistrés le 4 décembre 2023, M. B, représenté par Me Louisa, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023, notifié le 27 octobre suivant, par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, dans l'attente de l'examen définitif de sa situation administrative, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à défaut, d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- il méconnaît le principe du respect des droits de la défense ;

- il est entaché d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans l'application des 2° et 3° l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dans l'application du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans l'application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Des pièces ont été produites par la préfète du Val-de-Marne le 10 novembre 2023 ainsi que le 4 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Breuille, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-7 à L. 614-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Breuille,

- les observations de Me Louisa, représentant M. B, présent, qui reprend et développe les moyens et conclusions de sa requête en faisant valoir que : l'intéressé est entré en France en 1989 à l'âge de 4 ans ; le signataire de l'arrêté ne disposait pas de délégation de signature ; l'arrêté est insuffisamment motivé puisqu'il aurait dû mentionner la circonstance qu'il réside en France depuis 1989 et en tenir compte ; l'intéressé réside en France depuis plus de dix ans et même depuis plus de vingt ans ; en outre, il est arrivé avant treize ans sur le territoire français ; l'arrêté a donc méconnu les 2°, 3° mais aussi le 4° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a bénéficié de titres de séjour entre 2002 et 2020 ; il n'est jamais retourné en Haïti et sa mère a fait modifier son acte de naissance en 2020 ; il justifie de liens avec sa mère et son frère présents en France en versant des attestations ; le requérant n'entrait pas dans le champ d'application du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il ne résidait pas irrégulièrement mais régulièrement en France ; en effet, il était placé en détention et n'a de ce fait pas pu demander le renouvellement de son titre de séjour ; il justifie de circonstances humanitaires puisqu'il est père de trois enfants mineurs et verse en ce sens la preuve de virement et de retrait de sommes d'argent leur étant destinées ; même si sa mère a effectué un virement à sa place, il contribue à leur entretien et les voit régulièrement ; il n'est jamais retourné en Haïti et n'y a aucune attache familiale ; l'interdiction de retour édictée à son encontre est disproportionnée ; il justifie d'une insertion professionnelle en France et verse en ce sens son curriculum vitae ; la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il existe un conflit armé à Haïti ; pour rejoindre le sud où il est né, il devrait passer par les villes de l'ouest occupées par des gangs ;

- les observations de Me Termeau, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui fait valoir que : il sollicite une substitution de base légale et de motif ; en effet, si l'arrêté ne pouvait être considéré comme légalement fondé sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il pourrait en tout état de cause être fondé sur les 2° et 3° de cette disposition ; l'intéressé ne justifie pas d'une présence régulière depuis plus de dix ans sur le territoire national et ne verse pas de titres de séjour sur une telle période ; il a été incarcéré en maison d'arrêt à de nombreuses reprises ; il a obtenu un document d'état civil à Port-au-Prince en 2020 ; sa présence en France constitue une menace à l'ordre public puisque le bulletin numéro 2 de son casier judiciaire comporte neuf mentions, tandis que son bulletin numéro 1 en comporte vingt ; l'intéressé ne verse au dossier aucune preuve de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec sa mère ; l'attestation versée au dossier est peu circonstanciée et elle ne s'est pas déplacée à l'audience ; il ne justifie pas contribuer à l'entretien de ses enfants ; d'ailleurs, un virement versé au dossier a été effectué par la mère de l'intéressé au profit de la mère des enfants ; s'agissant du pays de renvoi, l'intéressé ne justifie souffrir d'aucune pathologie et n'a jamais présenté de demande d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien né le 3 novembre 1984, fait valoir être entré en France en dernier lieu en 1989 et a bénéficié d'un titre de séjour " vie privée et familiale " du 2 juillet 2020 au 1er juillet 2021. Il demande l'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022/02671 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à M. A C, attaché adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte, pour toutes les décisions qu'il contient, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, les moyens invoqués dans la requête initiale d'instance tirés de la méconnaissance du principe du respect des droits de la défense, de l'erreur de droit, de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision en litige ni des autres pièces du dossier que la préfète aurait insuffisamment examiné la situation de l'intéressé, quand bien même il n'est pas fait mention dans la décision en litige des enfants qui sont nés de la relation de l'intéressé avec une ressortissante de nationalité algérienne dont le séjour régulier allégué n'est pas démontré. Le moyen tiré du défaut d'examen doit donc être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; / 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; () ".

7. D'une part, le requérant fait valoir être entré en France à l'âge de quatre ans, en 1989, et y résider habituellement depuis. Cependant, il se borne à verser au dossier des certificats de scolarité de septembre 1990 à janvier 1994 à Sarcelles, la preuve de sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance de novembre 1996 à août 2000 quasiment sans discontinuer, un certificat médical du 20 avril 2004 de l'office des migrations internationales indiquant qu'il remplit les conditions requises du point de vue sanitaire pour être autorisé à résider en France, un courrier du 3 avril 2015 lui demandant de compléter sa demande de titre de séjour, les certificats de naissance de ses trois enfants les 14 décembre 2014, 2 janvier 2016 et 5 novembre 2018, un titre de séjour valable entre le 2 juillet 2020 et le 1er juillet 2021, des justificatifs de son insertion professionnelle en France pour les mois de mars et avril 2022 en tant qu'agent de sécurité ainsi qu'un contrat à durée indéterminée à temps complet non daté. Ce faisant, il ne fournit pas la preuve de sa résidence habituelle en France depuis au plus tard ses treize ans. D'autre part, il ne verse au dossier qu'un unique titre de séjour valable du 2 juillet 2020 au 1er juillet 2021 et ne justifie donc pas résider régulièrement en France depuis plus de dix ans ni en tout état de cause depuis plus de vingt ans. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement en litige ne méconnaît pas les dispositions invoquées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

9. Il résulte des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 de ce code, éclairées par les travaux préparatoire des lois du 16 juin 2011 et du 7 mars 2016 dont elles sont issues, que le législateur a entendu, en conformité avec la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, permettre à l'autorité administrative de prendre, sur ce fondement, une obligation de quitter le territoire français à l'encontre des étrangers qui résident en France, régulièrement, depuis moins de trois mois, si leur comportement constitue une menace à l'ordre public.

10. Pour édicter l'obligation de quitter le territoire français en litige, le préfet s'est explicitement fondé sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que l'intéressé a été condamné à une peine d'emprisonnement d'une durée de douze mois pour des faits d'envois réitérés de messages malveillants émis par la voie de communications électroniques, prenant fin en novembre 2023, et que sa présence constitue donc un risque pour l'ordre public. Le requérant soutient que la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur de fait dans l'application du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne rentre pas dans le champ d'application de cette disposition puisqu'en situation régulière et en détention, il n'a pu demander le renouvellement de son titre expirant le 1er juillet 2021. Cependant et en tout état de cause, si M. B disposait d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 1er juillet 2021, il en a, contrairement à ce qu'il soutient, demandé le renouvellement, ainsi qu'en atteste le récépissé du 31 janvier 2022 versé au dossier. Une décision implicite de rejet de cette demande est nécessairement née, en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'expiration d'un délai de quatre mois à compter de cette demande de renouvellement, formulée au plus tard le 31 janvier 2022. L'intéressé se trouvait donc dans la situation où, en application du 3° de l'article L. 611-1 de ce code, le préfet pouvait décider qu'il serait obligé de quitter le territoire français. Ainsi, si la décision attaquée ne mentionne que lapidairement le " séjour irrégulier " du requérant et trouve son fondement légal dans les seules dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile expressément mentionnées, peuvent être substituées à ces dispositions et au motif de la menace à l'ordre public, ainsi que le sollicite l'administration en défense à l'audience, le 3° du même article ainsi que le motif tiré d'un refus de renouvellement de titre de séjour. Cette substitution de base légale et de motif, sur lesquelles les parties ont pu présenter leurs observations à l'audience, n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement soutenir que la mesure d'éloignement est entachée d'erreur de fait ou d'erreur de droit dans l'application du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

12. M. B, qui fait valoir que son père est décédé, soutient résider habituellement en France depuis 1989 mais, ainsi qu'il a précédemment été dit au point 7, ne le démontre pas par les pièces qu'il verse au dossier. Par ailleurs, il est célibataire et s'il est père de trois enfants nés d'une mère algérienne, dont il ne justifie au demeurant pas de la régularité du séjour, et alors qu'il est certes quant à lui de nationalité haïtienne, il ne justifie pas, par les pièces qu'il verse, soit une preuve de transfert d'un montant de 300 euros en septembre 2023 effectué par la mère du requérant au bénéfice de la mère de ses enfants, ainsi qu'une preuve de retrait d'un montant de 800 euros sans certitude sur l'utilisation de cette somme, contribuer effectivement à leur entretien. Il ne démontre pas davantage qu'il les verrait régulièrement comme il le soutient. S'il se prévaut de la présence en France et de la nationalité française de sa mère, qui atteste l'héberger, et d'une personne, portant le même nom de famille que sa mère, qu'il présente comme son frère, et dont il verse les cartes nationales d'identité, il ne justifie pas, en dépit des deux attestations versées rédigées par les intéressés, de l'intensité des liens qu'il entretient avec eux ni de la nécessité de rester auprès d'eux en France. En outre, le requérant ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière en France en se bornant à verser son curriculum vitae, un certificat de travail en tant qu'agent de sécurité pour les mois de mars et d'avril 2022 ainsi que, de manière très incomplète, les premières lignes d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet à son nom, non daté. Enfin, l'intéressé a été condamné de nombreuses fois, entre 2001 et 2021, pour des faits de vol, de violences, d'outrage, de rébellion, de dégradation, de non-respect d'obligation ou interdiction imposées par le juge aux affaires familiales. Les condamnations les plus récentes, respectivement d'un an d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans et de trois mois d'emprisonnement ferme, ont été prononcées le 4 août 2021 pour des faits d'envois réitérés de messages malveillants par la voie de communications électroniques ainsi que le 19 novembre 2022 pour des faits de dégradation de bien destiné à l'utilité du public. Dans ces conditions, l'arrêté n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations précitées au point 11.

13. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 12, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

15. En l'espèce, la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire mentionne l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lequel, notamment, l'autorité administrative peut refuser d'accorder ce délai lorsque le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public, et l'arrêté retient que la présence de M. B en France constitue un risque pour l'ordre public. La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire à l'intéressé, ainsi qu'il a précédemment déjà été dit au point 3, satisfait ainsi à l'exigence de motivation prévue par les dispositions précitées au point 14.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

17. Au regard des multiples condamnations dont le requérant a fait l'objet, à leur nature, et au caractère récent des dernières dont il a fait l'objet, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire au motif de la menace pour l'ordre public que son comportement constitue serait entachée d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par suite, être écarté.

18. En troisième lieu, au regard de ce qui a précédemment été dit aux points 12 et 17, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni n'est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les () décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

20. En l'espèce, la décision portant interdiction de retour rappelle la teneur de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que sa présence constitue un risque pour l'ordre public en raison de la condamnation à une peine d'emprisonnement dont il a fait l'objet récemment et mentionne que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille et que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas intenses et stables. Dès lors qu'après prise en compte du critère tenant aux éventuelles précédentes mesures d'éloignement dont il aurait fait l'objet, l'autorité n'a pas retenu cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'était pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément. Dans ces conditions, en dépit de la regrettable absence de mention de sa durée de présence alléguée ou prouvée en France, la décision portant interdiction de retour satisfait à l'exigence de motivation rappelée au point 19 et ne peut être regardée comme entachée d'erreur de droit.

21. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

22. D'une part, le préfet a refusé d'octroyer à l'intéressé un délai de départ volontaire et il se trouve donc dans le cas où, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. Le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu'une telle mesure soit prise à en encontre. D'autre part, par les pièces qu'il verse au dossier et ainsi qu'il a été dit aux points 7 et 12 du présent jugement, il ne justifie pas de sa durée de présence alléguée en France, ni de liens suffisamment forts ou anciens avec la France, et le préfet a pu, sans erreur d'appréciation et ainsi qu'il a déjà été dit au point 17, considérer que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile Dans ces conditions, la décision portant interdiction de retour d'une durée de trois ans n'est pas disproportionnée dans l'application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

23. En troisième lieu, au regard de ce qui a précédemment été dit aux points 12, 17 et 22, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le pays de destination :

24. En premier lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

25. Si l'intéressé fait valoir qu'il ne peut retourner dans ses pays d'origine en raison des risques encourus, il se borne à se prévaloir de la situation sécuritaire général à Haïti et n'apporte à l'appui de ses allégations de risques de traitements inhumains ou dégradants qu'li encourrait personnellement aucun élément probant de nature à établir la réalité de ces risques. Par suite, les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

26. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

27. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

28. Eu égard à ce qui a précédemment été dit aux points 12 et 17, et quand bien même la nationalité de la mère de ses enfants est différente de la sienne, l'arrêté, en tant qu'il fixe le pays dont l'intéressé a la nationalité ou tout pays dont lequel il est légalement admissible comme pays à destination duquel il sera éloigné d'office, ne méconnaît pas les stipulations précitées aux points 26 et 27.

29. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

30. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction, présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

31. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

L. Breuille La greffière,

C. Goossens

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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