lundi 12 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2315634 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | GALINDO SOTO |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2322470 du 21 décembre 2023, enregistrée le 29 décembre 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 septembre et 26 octobre 2023, présentés par M. D C, représenté par Me Galindo Soto.
Par cette requête et ce mémoire complémentaire, M. C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 24 septembre 2023 par lesquelles le préfet de police l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet de police, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation personnelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente et dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente et est insuffisamment motivé ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son droit d'être entendu a été méconnu ;
- elle a été prise alors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise alors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant fixation du pays de destination est entachée d'une inexactitude de la matérialité des faits ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2024, le préfet de police, représenté par la Selarl Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Baffray a été lu à l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 9 juin 1990, demande l'annulation des décisions du 24 septembre 2023 par lesquelles le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".
3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
4. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police n° 75-2023-511 du 11 septembre 2023, le préfet de police a donné à M. B A de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées auraient été signées par une autorité incompétente manque en fait.
5. En second lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier celles visées aux termes du 1° de l'article L. 611-1 du même code et des articles L. 612-6 à L. 612-11 de ce même code. Il mentionne également de manière suffisamment précise les circonstances de fait propres à la situation personnelle et familiale du requérant, en rappelant notamment les conditions de son entrée sur le territoire français, la circonstance qu'il s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement, l'absence d'atteinte disproportionnée que la mesure d'éloignement en litige fait peser à sa vie privée et familiale dès lors qu'il se déclare célibataire et sans enfant à charge et qu'il n'établit pas qu'il risquerait d'être soumis à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté en litige mentionne donc les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions qu'il comporte, y compris celles portant interdiction de retour sur le territoire français, est, dès lors, suffisamment motivé.
En ce qui concerne les moyens propres à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision en litige ni de tout autre élément versé au dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de l'obliger à quitter le territoire français.
7. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, lequel relève des droits de la défense qui figurent au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne et consacrés à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
8. En l'espèce, il ressort du procès-verbal d'audition établi le 24 septembre 2023 que M. C a été entendu par les services de police dans les suites de son interpellation, préalablement à l'édiction de la décision attaquée et qu'il a pu notamment, dans ce cadre, s'exprimer s'agissant de sa situation administrative en France et la perspective d'une mesure d'éloignement prise à son encontre. Par ailleurs, il ne précise pas les qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision attaquée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à celle-ci. S'il fait état d'une relation de concubinage avec une ressortissante marocaine résidant en France et soutient avoir deux enfants nés de cette union scolarisés en France, il n'apporte aucun élément à l'appui de ces allégations alors qu'il ressort du procès-verbal d'audition précité qu'il s'est déclaré célibataire et sans enfant à charge devant les services de police. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne doit être écarté.
9. En troisième lieu, si M. C soutient que c'est à tort que le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, il n'apporte toutefois aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de son moyen. En tout état de cause, et à supposer même que la présence en France du requérant ne puisse être regardée comme constitutive d'une menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police aurait pris la même décision en se fondant sur la seule situation administrative de M. C.
10. En quatrième lieu, M. C se prévaut de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au motif qu'il serait en relation avec une ressortissante marocaine résidant en France et qu'il serait le père de deux enfants scolarisés en France nés de cette union. Le requérant ne produit, toutefois, aucune pièce au soutien de cet argumentaire, alors qu'il ressort en outre des pièces du dossier qu'il s'est déclaré célibataire et sans enfant à charge lors de son audition par les services de police à la suite de son interpellation. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise et un tel moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
11. Si M. C soutient que la décision en litige a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, il n'apporte aucune précision permettant d'apprécier le bien-fondé de ces moyens, qui ne peuvent dès lors qu'être écartés.
En ce qui concerne les moyens propres à la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :
12. En premier lieu, le requérant soutient que le préfet de police n'a pas pris en compte les éléments de son dossier permettant d'apporter la preuve que ses enfants mineurs sont scolarisés en France. Toutefois, d'une part ainsi qu'il a été dit au point 8, le requérant a indiqué lors de son audition être sans enfant à charge en France, et d'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait communiqué ces documents au préfet de police. Par suite le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits sur lesquels s'est appuyé le préfet de police pour prendre sa décision doit être écarté.
13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de ce que la décision portant fixation du pays de destination aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. En troisième lieu, si M. C soutient que la décision en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il risquerait d'être soumis à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte toutefois aucun élément permettant d'établir la réalité du risque qu'il allègue.
En ce qui concerne les moyens propres à la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, il ressort des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de chacun de ces critères, cette autorité ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
16. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'établit pas être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il ne justifie pas, ainsi qu'il l'a été dit ci-dessus, de liens personnels et familiaux intenses en France et qu'il s'est déjà soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, eu égard aux conditions du séjour du requérant en France, et en l'absence de circonstances humanitaires y faisant obstacle, c'est sans erreur de droit ni erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation personnelle du requérant que le préfet de police a interdit à M. C de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.
17. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. C doivent être rejetées, ainsi que, par conséquent, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées par son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Galindo Soto et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.
Le magistrat désigné,La greffière,
J.-F. BaffrayD. Coulibaly
La République mande et ordonne au préfet de police ou à tout autre préfet compétent en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026