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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2403243

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2403243

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2403243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantSELARLU HAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2403193 du 7 mars 2024, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête, enregistrée le 6 mars 2024, présentée par M. A E B, représenté par Me Ait Mouhoub.

Par cette requête, M. B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente, est insuffisamment motivée, est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, est insuffisamment motivée, est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-l'accord-franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baffray a été lu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine oblige M. B, né le 19 novembre 1979 à Tunis, de nationalité tunisienne, à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, adjointe du chef du bureau des examens spécialisés de la préfecture des Hauts-de-Seine, bénéficiant d'une délégation de signature du préfet des Hauts-de-Seine en vertu d'un arrêté n° 2023-078 du 4 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine le 19 décembre 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, L'arrêté attaqué vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que M. B est entré sur le territoire français en 2019 muni d'un visa court séjour, qu'il s'y maintient depuis l'expiration de son titre sans avoir entamé de démarches en vue d'une régularisation de sa situation administrative, qu'il se déclare marié et père de trois enfants non à charge, que son épouse réside dans son pays d'origine et qu'il ne justifie dès lors ni de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France ni de l'absence de toute attaches personnelles et familiales en Tunisie où il a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans. L'arrêté mentionne ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte, lesquelles sont donc suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant, notamment au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En dernier lieu, si M. B soutient qu'il justifie d'une insertion professionnelle en France, les bulletins de salaire qu'il produit au soutien de sa requête attestent d'une période de travail discontinue au sein de plusieurs sociétés depuis janvier 2020. S'il soutient également qu'il possède de la famille en France et a noué de nombreuses relations amicales et professionnelles sur le territoire français, il ne produit aucune pièce permettant d'apprécier le bien-fondé de ses allégations. De tels éléments ne permettent donc pas de considérer que l'obligation de quitter le territoire français, le refus de lui octroyer un délai de départ volontaire et l'interdiction de retourner durant douze mois sur le territoire français porteraient une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou résulteraient d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, ou que l'intéressé présenterait des circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B n'est pas fondée et doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E B, à Me Ait Mouhoub et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

Le magistrat désigné,

J.-F. BaffrayLa greffière de l'audience,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine et à tout autre préfet compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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