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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2403506

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2403506

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2403506
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBALME LEYGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 13 mars et 2 mai 2024, M. B... A... C... représenté par Me Balme Leygues demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé, l’a interdit de circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans et l’a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen pour la durée de l’interdiction de circulation ;
2°) d’annuler le rejet implicite de son recours gracieux né le 1er mai 2024 ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour, à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d’une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 6 000 euros en réparation des préjudices subis, suite à la décision du 19 septembre 2022 portant refus illégal de titre de séjour du préfet de la Seine-Saint-Denis, constaté par le jugement n° 2215512 du 23 juin 2023, et une somme de 1 000 euros en indemnisation des préjudices nés de l’inexécution du jugement susvisé ;

5°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :

Sur les conclusions à fin d’annulation :

S’agissant des moyens communs à l’ensemble des décisions attaquées :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation et des conséquences des décisions sur celle-ci.

S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 3, 7 quater et 11 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- elle est entachée d’une erreur de fait dans l’application de l’article 3 de l’accord franco-tunisien susvisé.

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- par voie d’exception, elle méconnaît les dispositions du 3° de l’article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

S’agissant de la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de 2 ans :
- elle est insuffisamment motivée.

En ce qui concerne la responsabilité de l’Etat :

- l’illégalité de l’arrêté du 19 septembre 2022 pris par le préfet de la Seine-Saint-Denis, constatée par le jugement n° 2215512 du 23 juin 2023 du tribunal administratif de Montreuil, combinée à l’illégalité de l’arrêté du 25 janvier 2024 objet de la présente requête en annulation, sont nécessairement fautives et le préjudice causé doit être indemnisé par l’Etat à hauteur de 6 000 euros ;
- l’inexécution du jugement n° 2215512 susvisé lui cause un préjudice qu’il incombe à l’Etat d’indemniser à hauteur de 1000 euros.


Par ordonnance du 7 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mai 2024 à 12h.


Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, postérieurement à la clôture de l’instruction.


Vu :
- les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Myara
- les observations de Me Pillet, représentant M. A... C....


Considérant ce qui suit :

1. M. B... A... C..., ressortissant tunisien né le 4 juin 1985, a sollicité le 8 février 2022 la délivrance d’un titre de séjour en qualité de conjoint et d’ascendant de ressortissant de l’Union Européenne, ou à titre subsidiaire, son admission exceptionnelle au séjour, à défaut la délivrance d’une carte de séjour mention « salarié » au titre de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié. Par un arrêté du 25 janvier 2024, dont il demande l’annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et l’a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».


3. Il ressort des pièces du dossier que M. A... C... réside sur le territoire national depuis près de 15 ans et qu’il établit l’existence d’une vie commune avec sa conjointe de nationalité tunisienne et portugaise, enceinte de leur deuxième enfant, et de leur premier enfant, également de nationalité portugaise, né en France le 16 avril 2022. En outre, le requérant exerce la profession de coiffeur à temps partiel et, s’il ne justifie pas d’une ancienneté professionnelle particulièrement intense, il apporte la preuve que les activités d’auto-entrepreneure de son épouse, qui lui ont rapporté entre 1 200 et 2 694 euros par mois entre juin et décembre 2023 dans le cadre de la location-gérance de leur salon de coiffure, dont ils ne sont pas propriétaires, contrairement à ce que le préfet et la commission du titre de séjour ont relevé pour estimer que l’origine des fonds manquait de clarté. Dans ces conditions, M. A... C... est fondé à soutenir que, en rejetant sa demande de titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par la décision attaquée et a, dès lors, méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que M. A... C... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 25 janvier 2024 en toutes ses dispositions, ainsi que la décision portant rejet implicite de son recours gracieux.


Sur les conclusions aux fins d’indemnisation :
5. En premier lieu, le requérant demande la réparation de ses préjudices résultant de l’illégalité fautive constatée par un jugement n° 2215512 du 23 juin 2023, devenu définitif, par lequel le tribunal administratif de Montreuil a annulé l’arrêté du 19 septembre 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour et de celle de l’arrêté du 25 janvier 2024 annulé par le présent jugement. Toutefois, en se bornant à soutenir que toute illégalité est fautive, le requérant n’établit pas en tout état de cause l’existence de fautes de nature à lui causer un préjudice direct et certain.
6. En second lieu, si le requérant demande la réparation de son préjudice résultant de l’inexécution partielle du jugement n° 2215512 en ce qu’il a mis à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais d’instance, il n’apporte pas la preuve de ce préjudice, alors qu’il lui appartenait, en tout état de cause, de saisir le comptable public, à défaut le juge de l’exécution, d’une demande tendant au versement de cette somme.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... C... n’est pas fondé à solliciter une indemnisation au titre des préjudices qu’il invoque.


Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

8. Eu égard aux motifs d’annulation retenus, le présent jugement implique seulement que le préfet de la Seine-Saint-Denis ou le préfet territorialement compétent délivre à M. A... C... un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu en revanche d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais de l’instance :

9. Il y a lieu dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat, une somme de 1 100 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.








D E C I D E :

Article 1 : L’arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 25 janvier 2024 et la décision portant rejet implicite du recours gracieux dirigé contre cet arrêté sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A... C... un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. A... C... une somme de 1 100 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Délibéré après l'audience du 3 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Myara, président-rapporteur,
M. Laforêt, premier conseiller,
Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.


Le président-rapporteur,




A. Myara


L’assesseur le plus ancien,




E. Laforêt

Le greffier,



L. Dionisi


La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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