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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2404231

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2404231

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2404231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre (J.U)
Avocat requérantTRUGNAN BATTIKH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024 à 12 heures 48, et un mémoire complémentaire enregistré le 18 avril 2024 qui n'a pas été communiqué, M. A C, représenté par Me Trugnan Battikh, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2024, notifié le 27 mars 2024 à 15 heures, par lequel le préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou à lui verser directement sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en l'absence d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

-les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

-elles sont entachées d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

-elles sont entachées d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de leurs effets sur sa situation personnelle ;

-elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Maritime, qui a produit des pièces les 25 avril et 29 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Breuille, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative en vigueur à la date d'édiction de l'arrêté en litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Breuille, premier conseiller ;

-les observations de Me Trugnan Battikh, représentant le requérant, qui fait valoir qu'elle n'a pas pu présenter à temps de pièces au soutien des intérêts du requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibérée a été produite par le requérant le 13 septembre 2024, et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 février 2024, dont M. C, ressortissant tunisien né le 23 mars 2002, demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. En premier lieu, par un arrêté du 18 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme D B à l'effet notamment de signer le type de décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent, pour chacune d'entre elles, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont donc suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

5. Le requérant n'a versé au dossier, avant la clôture de l'instruction prononcée à l'issue de l'audience, aucune pièce ni ne s'est prévalu d'une quelconque circonstance particulière relative à la durée ou aux conditions de son séjour en France. Il ne s'est par ailleurs prévalu, avant cette clôture de l'instruction, d'aucun lien familial particulier sur le territoire français. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni n'est entaché d'erreur de droit, d'erreur de fait ou d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

6. En quatrième lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. L'intéressé ne verse au dossier aucune pièce de nature à établir la réalité de risques qui l'empêcheraient de retourner dans son pays d'origine. Par suite, les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dès lors que la caducité de sa demande d'aide juridictionnelle a été constatée le 2 juillet 2024 par le bureau d'aide juridictionnelle, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Trugnan Battikh et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

L. Breuille

Le greffier,

Y. El Mamouni La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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