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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2409896

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2409896

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2409896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 juillet et 27 août 2024, M. B A, représenté par Me Jean de Seze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 2 juillet 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard depuis le mois de leur cessation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une irrégularité procédurale dès lors qu'elle ne pouvait être prise avant l'expiration du délai de quinze jours prévu à l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile afin de lui permettre de présenter ses observations ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute d'avoir été précédée d'un entretien d'évaluation de vulnérabilité effectué par un agent ayant reçu une formation spécifique et au cours duquel il aurait dû être informé de la possibilité de bénéficier d'un examen de santé ;

- en ne prévoyant pas, au sein du questionnaire mentionné à l'article R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de questions visant à effectivement identifier les demandeurs d'asile visés à l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'arrêté ministériel du 23 octobre 2015 a méconnu ces dispositions ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment dans la modulation du degré de cessation des conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 17 décembre 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Guiral a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1998, a sollicité le 23 novembre 2023 la reconnaissance du statut de réfugié et a accepté le jour même l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par un arrêté du 21 décembre 2023, le préfet de police a décidé son transfert aux autorités bulgares en vue de l'examen de sa demande d'asile. Par une décision du 2 juillet 2024, dont il demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 décembre 2024. Par suite, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

3. La décision attaquée mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment celles de l'article L. 551-16, et précise le motif, tiré du non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile, sur le fondement duquel le directeur territorial de l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil du requérant. Elle énonce ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la fiche d'évaluation de la vulnérabilité du requérant, que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation, notamment de vulnérabilité, de l'intéressé.

5. Aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, par une lettre du 10 juin 2024, l'OFII a informé le requérant de son intention de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter auxdites autorités et l'a avisé qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour présenter ses observations. M. A a accusé réception dudit courrier le 17 juin suivant, ainsi que l'atteste l'avis de réception du pli postal produit en défense par l'OFII. M. A a donc été mis à même de présenter ses observations avant l'édiction de la décision litigieuse, ce qu'il n'a d'ailleurs pas fait. Par suite, le moyen tiré de la violation du caractère contradictoire de la procédure ne peut qu'être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

8. Il résulte de ces dispositions que tout demandeur d'asile doit, à la suite de la présentation de sa demande d'asile, bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, au cours duquel il est informé de la possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié le 23 novembre 2023 d'un entretien individuel destiné à évaluer ses besoins particuliers et son état de vulnérabilité en application de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'il appartient à l'OFII de prendre en compte la vulnérabilité du demandeur d'asile dans le cas où il décide de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de l'intéressé, aucune disposition législative ou réglementaire ne l'oblige toutefois à faire un nouvel entretien préalablement à la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse n'a pas été précédée d'un entretien d'évaluation de vulnérabilité, présentés à l'encontre de la décision litigieuse, doit être écarté comme inopérant.

10. Le requérant ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, pour l'application duquel la décision attaquée n'a pas été prise et qui n'en constitue pas non plus la base légale.

11. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne s'est pas rendu aux convocations fixées le 15 avril 2024 et les 6 et 13 mai 2024 par l'autorité préfectorale pour l'exécution de la décision du 21 décembre 2023, citée au point 1, ordonnant son transfert vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile. Les allégations du requérant selon lesquelles il n'a pas été en mesure d'honorer la convocation du 15 avril 2024 en raison de son état de santé ne sont étayées par aucune des pièces versées au dossier. Si M. A fait valoir qu'il a perdu son attestation de demande d'asile et que les agents de sécurité lui ont refusé les 6 et 13 mai 2024 l'accès à la préfecture de la Seine-Saint-Denis, les attestations de l'association " Groupessos Solidarités " qu'il produit, aucunement circonstanciées et non accompagnées des pièces d'identité de leur auteur, ne permettent pas de tenir pour établies ses allégations, alors que l'OFII reproduit en défense l'extrait d'un courriel émanant des services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis mentionnant que " les usagers convoqués dans le cadre de leur pointage ne se voient jamais refuser l'entrée en préfecture ". M. A ne fait état d'aucun motif légitime de nature à justifier ses absences. Il doit ainsi être regardé comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile au sens de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A ne se prévaut enfin d'aucune vulnérabilité particulière. Dans ces conditions, en mettant fin totalement aux conditions matérielles d'accueil du requérant, l'OFII n'a ni commis une erreur de droit ni fait une inexacte application des dispositions citées au point 11.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2024 du directeur territorial de l'OFII. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant à son admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Jean de Seze et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 11 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Gauchard, président,

- M. Guiral, premier conseiller,

- Mme Lamlih, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

Le rapporteur,

S. Guiral

Le président,

L. Gauchard

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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