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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1902465

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1902465

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1902465
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantFIDUCIAL LEGAL BY LAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 19 février 2019 transmise au tribunal administratif de Cergy-Pontoise par une ordonnance du 25 février 2019, et un mémoire enregistré le 25 novembre 2020, la société Ridoret menuiserie, représentée par Me Cibot-Degommier, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'arrêter le montant du décompte général et définitif du lot n°9 " menuiseries intérieures, blocs portes, décoration " du marché de construction d'un pôle culturel et d'une médiathèque au Plessis-Robinson à 1 284 752, 93 euros toutes taxes comprises (TTC), et le solde en sa faveur à 77 094, 89 euros TTC ;

2°) de condamner la commune du Plessis-Robinson à lui payer la somme de

77 094, 89 euros en règlement du solde de ce marché ;

3°) de condamner la commune du Plessis-Robinson à lui payer la somme de 20 000 euros à titre de dommages et intérêts ;

4°) de condamner la commune du Plessis-Robinson à lui verser la somme de 13 264, 54 euros au titres des intérêts moratoires échus au 14 février 2019, outre les intérêts à échoir jusqu'au paiement complet ;

5°) de rejeter les conclusions la commune du Plessis-Robinson tendant à sa condamnation à lui verser la somme de 709 342, 61 euros TTC au titre du solde du marché, à titre subsidiaire, de moduler à la baisse les pénalités de retard qui lui ont été infligées dans le décompte général notifié le 28 juin 2019, et en tout état de cause, de rejeter la demande tendant à ce qu'une somme soit mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

6°) de mettre à la charge de la commune du Plessis-Robinson le versement de la somme

de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a notifié son projet de décompte final relatif au lot n°9 du marché de construction du pôle culturel et de la médiathèque à la commune du Plessis-Robinson par courrier du 15 novembre 2016 reçu le 21 novembre suivant ;

- la commune du Plessis-Robinson ne lui ayant pas notifié le décompte général dans les quarante jours de la réception de son projet, elle a saisi le tribunal ;

- par courrier du 6 novembre 2018, elle a mis en demeure le maître de l'ouvrage de lui notifier le décompte général ;

- postérieurement à l'introduction de sa requête, la commune du Plessis-Robinson lui a notifié le décompte général par courrier du 12 juin 2019 reçu le 28 juin suivant ;

- elle a contesté ce décompte par courrier du 17 juillet 2019 ;

- les travaux supplémentaires qui ont fait l'objet d'avenants et d'ordres de service doivent lui être réglés, de même que les travaux exécutés à la demande du maître de l'ouvrage, dont la réalisation était indispensable et nécessaire à l'ouvrage ;

- le décompte général qu'elle conteste ne prend pas en compte 35 364, 05 euros HT de travaux supplémentaires ;

- le retard du maître de l'ouvrage dans l'établissement du décompte général l'a privée d'une trésorerie importante et lui a causé un préjudice qui pourra être réparé par le versement de 20 000 euros de dommages et intérêts compensatoires ;

- elle a droit au versement des intérêts moratoires dès lors qu'elle n'a pas été payée dans le délai réglementaire ;

- les pénalités de retard dans la levée des réserves dont la commune du Plessis-Robinson demande l'application sont infondées dès lors que ce retard ne lui est pas imputable ; il résulte d'une mauvaise conception du projet par la maîtrise d'œuvre, qui a généré plus d'un an de retard dans l'exécution des travaux ; des pénalités pour retard dans la levée des réserves ne sauraient lui être appliquées dès lors que celle-ci est conditionnée par la réception des travaux qui n'a jamais été prononcée contradictoirement ; en outre les travaux n'étaient pas en état d'être reçus le 10 juin 2016 ; la commune a d'ailleurs continué à émettre des ordres de service pour des travaux supplémentaires postérieurement à cette date ; en outre, le procès-verbal des opérations préalables de réception faisant état des réserves qu'elle était censée lever ne lui a jamais été communiqué ; elle a dû effectuer les travaux de levée de réserves dans des conditions dégradées dès lors que le maître de l'ouvrage avait commencé à l'exploiter avant que les travaux ne soient terminés ;

- si l'application des pénalités était confirmée, le tribunal devrait en tout état de cause moduler à la baisse leur montant, qui représente plus de 70 % du montant initial du marché, ce qui est manifestement excessif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2020, la commune du Plessis-Robinson, représenté par Me David, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que le solde du décompte général soit fixé à la somme de 709 342, 61 euros TTC ;

3°) à la condamnation de la société Ridoret menuiserie à lui verser la somme de 709 342, 61 euros TTC au titre du solde du décompte général du marché ;

4°) à la mise à la charge de la société Ridoret menuiserie du versement de la somme

de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le montant des travaux supplémentaires qu'elle a retenu dans le décompte général se limite à 7 683, 82 euros HT ; la société requérante ne démontre pas que les devis qu'elle produit au titre des travaux dont elle demande le paiement ont bien été validés par la maîtrise d'œuvre ou la maîtrise d'ouvrage, ni même portés à leur connaissance, voire même qu'ils ont été réalisés ;

- du fait notamment des retards de la société Ridoret menuiserie, elle a été contrainte de réaliser un second test de perméabilité du bâtiment à l'air, pour un montant de 6 675, 60 euros TTC, dont 27, 27% , soit 1 517,03 euros HT, doivent être pris en charge par la requérante ;

- la société Ridoret menuiserie a pris du retard dans levée des réserves ; les dernières réserves ont été levées le 13 juillet 2017 alors qu'elles auraient dû l'être dans les trois mois suivant la réception des travaux intervenue tacitement le 10 juin 2016 ;

- elle est donc fondée en application des stipulations de l'article 4.3.7 du cahier des clauses administratives particulières du marché (CCAP) à lui appliquer 618 783, 50 euros HT de pénalités au titre de ce retard ;

- le solde du marché s'élève à 591 118, 84 euros HT, soit 709 342, 61 euros TTC ;

- le solde du marché étant négatif, la société requérante ne saurait prétendre au paiement d'intérêts moratoires ; en tout état de cause, il serait injustifié de la condamner à verser ces intérêts dès lors que la requérante ne l'avait pas mise à même d'établir le décompte général ; le point de départ du calcul de ces intérêts ne saurait être antérieur au 22 juillet 2019, date de la réception du mémoire en réclamation par la commune ;

- elle ne saurait être condamnée à payer des dommages et intérêts compensatoires, dès lors que le retard dans l'établissement du décompte général ne lui est pas imputable ; la société requérante ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de son préjudice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public,

- et les observations de Me Voisin, substituant Me David, représentant la commune du Plessis-Robinson.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement notifié le 26 septembre 2013, la commune du Plessis-Robinson a attribué à la société Ridoret menuiserie le lot n°9 " menuiseries intérieures, blocs portes, décoration " du marché public de travaux de construction d'un pôle culturel et d'une médiathèque. La société Ridoret menuiserie, après avoir vainement mis en demeure la commune de lui notifier le décompte général du marché, a saisi le tribunal d'une requête tendant à ce que le décompte général du lot n°9 soit arrêté à la somme de 1 284 752, 93 euros TTC et à ce que la commune du Plessis-Robinson soit condamnée au paiement de la somme de 77 094, 89 euros en règlement du solde créditeur de ce marché assortie des intérêts moratoires jusqu'au paiement complet et de la somme de 20 000 euros au titre des dommages et intérêts compensatoires. La commune du Plessis-Robinson, qui a notifié le 28 juin 2019, en cours d'instance, le décompte général, conclut pour sa part au rejet de la requête, à ce que le solde débiteur du décompte général soit fixé à la somme de 709 342, 61 euros TTC, ainsi qu'à la condamnation de la société Ridoret menuiserie à lui verser cette somme.

I. Sur le décompte général du marché :

2. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché de travaux publics est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. Il appartient au juge du contrat, en l'absence de décompte général devenu définitif, de statuer sur les réclamations des parties et de déterminer ainsi le solde de leurs obligations contractuelles respectives.

3. Dans le dernier état de ses écritures, la société Ridoret menuiserie doit être regardée comme contestant le décompte général du lot n°9 que lui a notifié la commune du Plessis-Robinson le 28 juin 2019 en tant d'abord que sa demande de paiement de travaux supplémentaires n'a été prise en compte qu'à hauteur de 7 683,82 euros HT, en tant ensuite qu'a été mise à sa charge une somme de 1 517, 03 euros HT en règlement d'une prestation de test final de perméabilité à l'air et en tant enfin que lui a été infligée une pénalité pour retard dans la levée des réserves pour un montant de 618 783,50 euros.

En ce qui concerne les travaux et prestations supplémentaires :

4. Le titulaire d'un marché peut obtenir une rémunération complémentaire lorsqu'il effectue des prestations non prévues au marché et commandées par ordre de service ou lorsque ces prestations, alors même qu'elles n'auraient pas été commandées par ordre de service, étaient indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art.

5. La société Ridoret menuiserie demande, en premier lieu, le règlement de 1 330 euros HT correspondant au coût d'une prestation supplémentaire de transport, de livraison et de stockage de palettes. La commune du Plessis-Robinson soutient toutefois qu'elle n'a pas accepté cette prestation, qui est imputable au titulaire du lot n°1 " Clos couvert ", sans être contredite en réplique par la société Ridoret menuiserie. Par suite, il n'y a pas lieu d'inscrire cette somme au crédit de la société requérante.

6. La société Ridoret menuiserie demande, en deuxième lieu, le règlement de 13 473, 45 euros HT correspondant à la reprise du support permettant la pose d'écrans de cantonnement. Il résulte de l'instruction que la société Ridoret menuiserie a été contrainte d'effectuer elle-même cette reprise résultant d'une non-conformité du support qui ne lui était pas imputable. Par ailleurs il n'est pas contesté par la commune que cette reprise était indispensable à la pose de ces écrans dans les règles de l'art. Par suite, il y a lieu d'inscrire au crédit de la société Ridoret menuiserie la somme de 13 473, 45 euros HT.

7. La société Ridoret menuiserie demande, en troisième lieu, le règlement de 1 143, 34 euros HT correspondant à la dépose, la fourniture et la pose de plinthes suite à un dégât des eaux. La commune du Plessis-Robinson soutient toutefois que cette prestation n'a pas été réalisée, sans être sérieusement contredite par la société Ridoret menuiserie qui se borne à soutenir que la réparation lui a été expressément commandée. Par suite, il n'y a pas lieu d'inscrire cette somme au crédit de la société requérante.

8. La société Ridoret menuiserie demande, en quatrième lieu, le règlement de 10 957, 80 euros HT correspondant à la pose de quatre-vingt alèses en bois exotique rouge sous des portes. La commune du Plessis-Robinson soutient avoir refusé de lui commander cette prestation au motif qu'elle relevait du lot n°8. Il appartenait toutefois au maitre d'ouvrage, qui s'est abstenu d'agir en ce sens, de faire en sorte qu'il soit remédié aux malfaçons dans la pose des huisseries imputables au titulaire du lot n°8. A défaut, la société Ridoret menuiserie était fondée à réaliser l'alésage en litige dont il n'est pas contesté qu'il était indispensable pour poser les portes dans les règles de l'art. Par suite, il y a lieu d'inscrire au crédit de la société Ridoret menuiserie la somme de 10 957, 80 euros HT.

9. La société Ridoret menuiserie demande, en cinquième lieu, le règlement de 3 893, 92 euros HT correspondant à des travaux régularisés par ordre de service. Il résulte de l'instruction que par un ordre de service n°8 du 28 avril 2016, la commune a commandé la dépose et le détalonnage de vantaux pour un montant de 1 124, 76 euros HT, la reprise et la pose de plinthes pour une somme de 174, 68 euros HT et 122, 30 euros HT, ainsi que la reprise des ouvrages détériorés lors du chantier sur des vantaux pour 1 922, 18 euros HT. La commune n'établit ni que ces travaux n'auraient pas été réalisés, ni qu'ils étaient contractuellement à la charge de la société Ridoret menuiserie. Par suite, la somme de 3 343, 92 euros HT, qui correspond au montant total de ces travaux, doit être mise au crédit de la société requérante.

10. La société Ridoret menuiserie demande, en sixième lieu, le règlement de 523, 19 euros HT correspondant à la fourniture d'un cadre en bois exotique. Il résulte de l'instruction que la commune du Plessis-Robinson a commandé ce cadre par un ordre de service n°9 du 28 avril 2016, qui renvoie au devis V5-51663-1, portant sur le montant de 523, 19 euros HT. Si la commune du Plessis-Robinson soutient que cette prestation n'a pas été exécutée, elle n'en justifie par aucune pièce versée à l'instance, pas plus qu'elle n'établit que la fourniture de ce cadre était contractuellement à la charge de la société requérante. Par suite, la somme de 523, 19 euros HT doit être mise au crédit de la société Ridoret menuiserie.

11. La société Ridoret menuiserie demande, en septième lieu, le règlement de 765, 30 euros HT correspondant au montant d'un devis de fourniture et de pose d'huisserie en bois exotique. Toutefois, la commune du Plessis-Robinson soutient sans être contredite par la société Ridoret menuiserie que ces travaux, qui n'ont pas été commandés, n'ont pas été réalisés. Par suite, il n'y a pas lieu d'inscrire cette somme au crédit de la société requérante.

12. La société Ridoret menuiserie demande, en huitième lieu, le règlement d'une prestation d'un montant de 449, 85 euros HT correspondant à la fourniture et à la pose de vantaux de porte dans un des deux locaux SS33 et SS35. Si la commune du Plessis-Robinson soutient qu'elle n'a commandé cette prestation que pour un local et a ainsi refusé d'intégrer au décompte général du marché une des deux prestations au motif qu'il s'agissait d'un doublon, il résulte de l'instruction que la défenderesse a bien commandé la pose de ces vantaux dans ces deux locaux par l'ordre de service n°8, renvoyant aux devis V5-51282-1 et V5-51291-0. Par suite, la somme de 449, 85 euros HT doit être mise au crédit de la société requérante.

13. La société Ridoret menuiserie demande, en neuvième lieu, le règlement de 3 938,40 euros HT correspondant à la pose de trappes commandées par ordre de service, dont la commune du Plessis-Robinson a réduit le prix à 2 452 euros HT. Il résulte de l'instruction que le maitre d'ouvrage a commandé par un ordre de service n°9 du 28 avril 2016, renvoyant au devis V5-51375-2, une trappe de visite El60-39 décibels pour le local SS24 d'un montant de 1 340, 36 euros HT, une trappe non feu non acoustique pour le local 031 pour une somme de 538, 70 euros HT, une trappe de visite non feu - 30 décibels pour l'encoffrement 038 du rez-de-chaussée au prix de 650, 74 euros HT et une trappe El60-39 décibels pour le local sanitaire 017 pour un montant de 1 408, 60 euros HT. Dans ces conditions, dès lors que la commune a commandé ces prestations d'un montant total de 3 938, 40 euros HT et n'allègue, ni que ces travaux n'auraient pas été réalisés, ni qu'ils étaient contractuellement à la charge de la société Ridoret menuiserie, la somme complémentaire de 1 486, 40 euros HT doit être mise au crédit de la société requérante.

14. La société Ridoret menuiserie demande, en dernier lieu, le règlement de 1 940, 80 euros HT correspondant à la pose de butées de portes. La commune du Plessis-Robinson fait valoir qu'elle n'a accepté cette prestation que pour un montant de 900 euros correspondant à la pose de 180 butées pour un prix unitaire de 5 euros HT. Toutefois, il résulte de l'instruction que la commune du Plessis-Robinson avait commandé la pose de 180 butées de portes par l'ordre de service n°9 du 28 avril 2016, qui fait référence au devis V5-49789-2 prévoyant la pose de 100 butées au prix unitaire de 10, 32 euros HT et de 80 butées au prix unitaire de 11, 36 euros HT, soit un montant total de 1 940, 80 euros HT pour cette prestation. Par suite la société Ridoret menuiserie est fondée à demander que la somme complémentaire de 1 040, 80 euros HT soit portée à son crédit.

15. Il résulte de ce qui précède que la somme de 31 275, 41 euros HT doit être mise au crédit de la société Ridoret menuiserie au titre des travaux supplémentaires .

En ce qui concerne la somme de 1 517, 03 euros HT mise à la charge de la société Ridoret menuiserie en règlement d'une prestation de test final de perméabilité à l'air :

16. Si la commune du Plessis-Robinson soutient que la somme de 1 517, 03 euros HT doit être mise à la charge de la requérante au titre d'un test de perméabilité supplémentaire qu'elle a dû faire réaliser en partie à cause des retards de la société Ridoret menuiserie, elle n'en justifie pas. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de porter cette somme au débit de la société requérante dans le décompte général.

En ce qui concerne les pénalités liées au retard dans la levée des réserves :

17. Aux termes de l'article 41.2 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG Travaux) dans sa rédaction issue de l'arrêté du 8 septembre 2009 applicable en l'espèce : " Les opérations préalables à la décision de réception comportent, en tant que de besoin : () - la constatation éventuelle de l'inexécution des prestations prévues au marché ; / () - la constatation éventuelle d'imperfections ou malfaçons ; / (). Ces opérations font l'objet d'un procès-verbal dressé sur-le-champ par le maître d'œuvre et signé par lui et par le titulaire. () ". Aux termes de l'article 41.3 de ce CCAG : " Au vu du procès-verbal des opérations préalables à la réception et des propositions du maître d'œuvre, le maître de l'ouvrage décide si la réception est ou non prononcée ou si elle est prononcée avec réserves. S'il prononce la réception, il fixe la date qu'il retient pour l'achèvement des travaux. La décision ainsi prise est notifiée au titulaire dans les trente jours suivant la date du procès-verbal. / La réception prend effet à la date fixée pour l'achèvement des travaux. ". L'article 8.2 du cahier des clauses administratives particulières du marché (CCAP) stipule que : " () Lorsque la réception est assortie de réserves, le titulaire doit remédier aux imperfections et malfaçons correspondantes dans un délai fixé à 3 mois maximum après la date d'effet de la réception ". Aux termes de l'article 4.3.7 du CCAP : " Dans le cas où la levée des réserves ne serait pas prononcée dans les délais prévus par le maitre d'œuvre lors des opérations de réception, les pénalités suivantes seront appliquées : : / - jusqu'au 10ème jour calendaire de retard : 1/1000ème par jour calendaire de retard ; / après le 10ème jour calendaire de retard : l/500ème par jour calendaire de retard. "

18. La commune du Plessis-Robinson soutient que la réception tacite avec réserves du lot n°9 a eu lieu avec effet au 10 juin 2016, que la société Ridoret menuiserie avait, conformément à l'article 8.2 du CCAP, trois mois à compter de cette date, soit jusqu'au 10 septembre suivant, pour remédier aux imperfections et malfaçons relevées lors des opérations préalables à la réception, que les dernières réserves n'ont été levées que le 13 juillet 2017 et que le dépassement de 305 jours du délai imparti justifiait dès lors que lui soient infligées, en application de l'article 4.3.7 du CCAP, des pénalités de retard pour un montant de 618 783, 50 euros. Toutefois comme le fait valoir la société requérante sans être contredite, il ne résulte pas de l'instruction que le procès-verbal qui aurait été dressé à l'issue des opérations préalables à la réception et qui selon la commune mentionnait les réserves à lever, ait été notifié à la société Ridoret menuiserie. Celle-ci produit d'ailleurs une copie de la lettre recommandée avec avis de réception datée du 15 novembre 2016 par laquelle elle demandait au maitre d'œuvre de lui communiquer ce document. La commune du Plessis-Robinson, qui ne soutient pas qu'une réponse aurait été apportée à cette demande, n'a du reste pas versé à l'instance ce procès-verbal des opérations préalables à la réception. Dans ces conditions, le délai de trois mois fixé à l'article 8.2 du CCAP ne pouvait pas commencer à courir tant que le pouvoir adjudicateur n'avait pas porté les malfaçons et imperfections donnant lieu aux réserves à la connaissance du titulaire. Par ailleurs, s'il est établi que le maitre d'ouvrage a annexé à son courrier daté du 2 juin 2017 un tableau recensant les réserves à lever par la société, il admet lui-même que l'ensemble de ces réserves ont été levées le 13 juillet 2017, soit dans un délai inférieur aux trois mois fixés à l'article 8.2 du CCAP. Par suite, il n'y a lieu de porter aucune pénalité liée au retard dans la levée des réserves au débit de la société requérante dans le décompte général.

19. Il résulte de ce qui précède que doivent être portées au crédit du décompte général la somme de 1 027 879, 57 euros HT correspondant au prix du marché après prise en compte des avenants 1 à 5, la somme de 7 683, 82 euros HT au titre des travaux supplémentaires acceptés par la commune et la somme de 31 275, 41 euros HT au titre des travaux supplémentaires retenus par le présent jugement. Le montant total du crédit du décompte général s'élève donc à 1 066 838, 80 euros HT. Aucun poste ne figure au débit de ce décompte général. Le décompte général du marché s'élève donc à la somme de 1 066 838, 80 euros HT.

II. Sur le solde du marché :

20. Il résulte de l'instruction que le maître d'ouvrage a déjà réglé la somme de 1 006 381, 70 euros HT à la société Ridoret menuiserie. Dans ces conditions, le solde du marché s'élève à la somme 60 457, 10 euros HT soit 72 548,52 euros TTC au profit de de la société requérante.

III. Sur les intérêts moratoires :

21. Aux termes de l'article 3.6.1 du CCAP relatif au délai de paiement de l'entreprise titulaire, " Conformément aux dispositions de l'article 98 du Code des Marches Publics et des textes d'application, le délai global de paiement des sommes dues au titre du présent marché de travaux est de 30 jours au plus tard à compter de la date de réception de la demande de paiement formulée par le titulaire ". Aux termes de l'article 3.6.3 du CCAP relatif au versement d'intérêts moratoires : " Le défaut de paiement dans les délais susvisés fait courir, de plein droit et sans autres formalités, des intérêts moratoires au bénéfice du titulaire ou du sous traitant payé directement. Les intérêts moratoires courent à partir du jour suivant l'expiration du délai global jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. Les intérêts moratoires appliqués aux acomptes ou au solde sont calculés sur le montant total de l'acompte ou du solde, toutes taxes comprises, diminués de la retenue de garantie et après application des clauses d'actualisation et de pénalisation. Les intérêts moratoires ne sont pas assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée. Le taux des intérêts moratoires est celui de l'intérêt légal en vigueur à la date à laquelle les intérêts moratoires ont commencé a courir, augmenté de sept points. "

22. Lorsqu'un décompte général fait l'objet d'une réclamation par le cocontractant, le délai de paiement du solde doit être regardé comme ne commençant à courir qu'à compter de la réception de cette réclamation par le maître d'ouvrage. En outre, lorsqu'une mise en demeure d'établir le décompte général est adressée par l'entreprise au maître de l'ouvrage, elle constitue un mémoire en réclamation. En un tel cas, le délai de paiement du solde doit être regardé comme ne commençant à courir qu'à compter de la réception de cette mise en demeure par le maître d'ouvrage.

23. Le 6 novembre 2018, la société Ridoret menuiserie a adressé à la commune du Plessis-Robinson une mise en demeure d'établir le décompte général, réceptionnée le 21 novembre suivant et qui doit être regardée comme la demande de paiement adressée par la société Ridoret menuiserie. Par suite, le délai de paiement de la somme de 72 548, 52 euros mentionnée au point 20 du présent jugement commençait à courir à l'expiration d'un délai de trente jours à compter du 21 novembre 2018, date de réception de cette mise en demeure par la commune, soit à compter du 20 décembre 2018.

24. Il résulte de ce qui précède que les intérêts moratoires sur la somme de 72 548,52 euros sont dus par la commune du Plessis-Robinson à compter du 20 décembre 2018.

IV. Sur les dommages et intérêts compensatoires :

25. La société requérante sollicite la condamnation de la commune à lui verser 20 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait du retard de la commune du Plessis-Robinson dans l'établissement du décompte général. Toutefois, à supposer, ce qui n'est pas établi en l'espèce, que le comportement de l'administration ait révélé un mauvais vouloir fautif susceptible de justifier l'allocation de dommages-intérêts, la société Ridoret menuiserie n'établit pas en tout état de cause avoir subi, du fait du retard de paiement incriminé, un préjudice distinct de celui réparé au titre des intérêts moratoires contractuels alors au surplus qu'elle a bénéficié du versement d'acomptes mensuels pour un montant total de 1 066 838, 80 euros HT. Par suite, aucune indemnité ne pourra lui être allouée à ce titre.

V. Sur les frais de l'instance :

26. En premier lieu, il y a lieu de mettre à la charge de la commune du Plessis-Robinson la somme de 1 500 euros à verser à la société Ridoret menuiserie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

27. En deuxième lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur ce fondement par la commune du Plessis-Robinson, qui est la partie perdante à la présente instance.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Le décompte général et définitif du lot n°9 du marché conclu entre la société Ridoret menuiserie et la commune du Plessis-Robinson est arrêté à la somme de 1 066 838, 80 euros HT.

Article 2 : Le solde du décompte général et définitif du lot n° 9, attribué à la commune du Plessis-Robinson, est fixé à la somme de 72 548,52 euros TTC. La commune du Plessis-Robinson est condamnée à payer cette somme à la société Ridoret menuiserie, majorée des intérêts moratoires à compter du 20 décembre 2018.

Article 3 : La commune du Plessis-Robinson versera la somme de 1 500 euros à la société Ridoret menuiserie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune du Plessis-Robinson et à la société Ridoret menuiserie.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rousset, président,

Mme Fléjou, première conseillère,

M. Goupillier, conseiller,

Assistés de Mme Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

V. A

Le président,

signé

O. Rousset

La greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1902465

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