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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1902492

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1902492

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1902492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBORDERIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 26 février 2019, 16 mars 2020, 30 juillet 2020 et 5 février 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) La Genetraye, représentée par Me Borderieux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 janvier 2019 par laquelle le maire de la commune de Chaumontel a rejeté sa demande de raccordement aux réseaux d'eau et d'électricité des parcelles cadastrées ZA 54-55-56 sises Chemin de la Genetraye à Chaumontel ;

2°) de constater l'existence d'une décision implicite d'autorisation de raccordement aux réseaux d'eau et d'électricité de ses parcelles ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au maire de la commune de Chaumontel de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Chaumontel la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le conseil municipal de la commune de Chaumontel n'a pas régulièrement habilité son maire à la représenter dans la présente instance dès lors qu'il ne justifie pas de la convocation régulière des conseillers municipaux lors des séances du 12 mai 2016 et 26 mai 2020, ni du caractère exécutoire des délibérations n° 2016/097 et n° 2020/281 produites dans le cadre de la présente instance ; en outre la délibération n° 2016/097 est irrégulière dès lors qu'elle est signée électroniquement et que cette signature n'est pas valide et ne permet pas d'identifier son signataire ;

- elle a qualité pour agir dès lors qu'elle est dûment représentée par son gérant en exercice ;

- la décision du 8 janvier 2019 doit être regardée comme une décision portant retrait de la décision tacite de non-opposition dont elle est titulaire depuis le 31 juillet 2018, en application de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle n'a pas été invitée à produire ses observations préalablement à son édiction ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, dès lors qu'elle n'a pas procédé au retrait de la décision implicite de non-opposition dont elle est titulaire depuis le 31 juillet 2018 dans le délai de trois mois suivant la date de cette dernière décision ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de fait dès lors que rien ne permet d'établir l'existence, sur les parcelles litigieuses, de l'espèce floristique patrimoniale menacée visée par cette décision, que le maire n'établit pas que le PNR aurait formulé, au cours de l'instruction de sa demande de raccordement déposée le 31 mai 2018, un avis défavorable à cette demande, et que le projet visé par sa demande de raccordement consiste en la création d'une pâture pour des poneys ou chevaux indépendamment de l'activité de marchand de biens immobiliers qu'elle exerce ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme et de l'article N 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune dès lors que l'installation de la clôture électrique et de l'abreuvoir sur les parcelles litigieuses a été régulièrement autorisée par un arrêté du 10 juillet 2018 et qu'en application de ces dispositions, le maire est tenu d'accorder le raccordement aux réseaux d'eau potable et d'électricité qu'elle a sollicité ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que d'autres branchements souterrains ont déjà été accordés pour des parcelles voisines.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 février 2020, 22 juillet 2020 et 14 septembre 2020, la commune de Chaumontel, représentée par Me Lherminier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête, formée par la société à responsabilité limitée La Genetraye, est irrecevable, en ce qu'elle ne justifie pas être représentée par une personne habilitée à ester en justice en son nom ;

- elle est irrecevable, faute d'être dirigée contre une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ; en effet, la société requérante n'a jamais formulé de demande de raccordement aux réseaux d'eau et d'électricité des parcelles litigieuses et le courrier du 8 janvier 2019 doit être regardé comme un simple rappel des considérations environnementales et juridiques pour lesquelles le maire ne souhaitait pas autoriser ce raccordement ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une lettre en date du 3 juin 2022, des pièces complémentaires ont été demandées à la commune de Chaumontel pour compléter l'instruction, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Par un courrier enregistré le 8 juin 2022, la commune a produit les pièces demandées qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

- les conclusions de Mme Maisonneuve, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Herpin, substituant Me Lherminier, avocat de la commune de Chaumontel.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) La Genetraye a déposé, le 31 mai 2018, une déclaration préalable portant sur l'installation d'une clôture électrique et d'un abreuvoir pour animaux sur les parcelles cadastrées ZA 54-55-56 sises Chemin de la Genetraye dans la commune de Chaumontel. Par un arrêté du 10 juillet 2018, le maire de la commune de Chaumontel a autorisé ces installations tout en invitant la société pétitionnaire à déposer une demande d'autorisation écrite de raccordement aux réseaux d'eau et d'électricité auprès de la mairie. Par un courrier du 8 janvier 2019, le maire de la commune de Chaumontel a indiqué à la société Genetraye que " la commune ne souhaite pas que les parcelles [en cause] soient raccordées aux réseaux d'eau potable ainsi qu'aux réseaux électriques ". Par la présente requête, la SARL La Genetraye demande l'annulation de cet acte.

Sur la recevabilité des écritures du maire de la commune de Chaumontel :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales : " Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l'État dans le département, le maire est chargé, d'une manière générale, d'exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier :/ () 8° De représenter la commune soit en demandant, soit en défendant () ". L'article L. 2122-22 du même code dispose : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat :/ () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle () ". Aux termes de l'article L. 2131-1 de ce code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'État dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () / Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. / La preuve de la réception des actes par le représentant de l'État dans le département ou son délégué dans l'arrondissement peut être apportée par tout moyen () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 2121-10 du même code : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est adressée par écrit, au domicile des conseillers municipaux ou, s'ils en font la demande, envoyée à une autre adresse ou transmise de manière dématérialisée ". L'article L. 2121-11 de ce code dispose : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion. / En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire, sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. Le maire en rend compte dès l'ouverture de la séance au conseil municipal qui se prononce sur l'urgence et peut décider le renvoi de la discussion, pour tout ou partie, à l'ordre du jour d'une séance ultérieure ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le conseil municipal de Chaumontel a, par délibérations n° 2016/097 du 13 mai 2016 et n° 2020/281 du 2 juin 2020, toutes deux affichées le jour de leur édiction à la porte de la mairie de Chaumontel et transmises en préfecture respectivement les 19 mai 2016 et 9 juin 2020, donné délégation au maire pour intenter en son nom les actions en justice ou défendre dans les actions intentées contre elle.

4. D'autre part, si, dans le cadre d'une contestation d'un acte règlementaire par voie d'exception, la légalité des règles fixées par l'acte réglementaire, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux. Il s'ensuit que la société requérante ne peut utilement faire valoir, pour contester la recevabilité des mémoires produits par la commune de Chaumontel, que les convocations aux séances du conseil municipal des 12 mai 2016 et 26 mai 2020 n'auraient pas été adressées dans les délais légaux et n'indiqueraient pas les questions portées à l'ordre du jour.

5. Il résulte de ce qui précède que la société La Genetraye n'est pas fondée à soutenir que le maire de Chaumontel n'a pas été régulièrement habilité à représenter la commune devant le tribunal et que les mémoires de la commune doivent être écartés comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête :

6. Il est constant que la société La Genetraye a déposé, le 31 mai 2018, une déclaration préalable, en vue d'installer une clôture électrique ainsi qu'un abreuvoir pour animaux sur les parcelles litigieuses, à laquelle a été jointe une demande de raccordement aux réseaux d'eau et d'électricité. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Chaumontel a précisé, dans son arrêté de non-opposition à cette déclaration préalable du 10 juillet 2018, que l'autorisation délivrée ne valait pas acceptation du raccordement aux différents réseaux et qu'il appartenait à la société pétitionnaire de déposer une nouvelle demande écrite de raccordement auprès de la mairie. Or, il n'apparait pas que la société La Genetraye aurait déposé de nouvelle demande de raccordement. Et le courrier en litige du 8 janvier 2019 du maire de Chaumontel, qui ne fait ainsi pas suite à une demande, se borne à rappeler le cadre juridique applicable aux parcelles d'implantation du projet et à informer la société La Genetraye de l'intention du maire de ne pas accueillir une éventuelle future demande de raccordement. Il ne peut, dès lors, eu égard notamment à sa teneur, être regardé comme un refus d'autorisation de raccordement mais revêt le caractère d'une simple déclaration d'intention. Par suite, la commune de Chaumontel est fondée à soutenir que ce courrier ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de la société La Genetraye, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte de la requête ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Chaumontel, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société requérante au titre des frais exposés par elle. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL La Genetraye une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Chaumontel sur le fondement des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL La Genetraye est rejetée.

Article 2 : La SARL La Genetraye versera à la commune de Chaumontel une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) La Genetraye et à la commune de Chaumontel.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente ;

Mme Zaccaron Guérin, conseillère ;

M. Rossi, conseiller ;

Assistés de Mme Galan, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

C. Zaccaron Guérin

La présidente,

Signé

V. PoupineauLa greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La Greffière

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