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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1910593

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1910593

mardi 10 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1910593
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET FIDAL CAEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 22 août 2019, 6 octobre 2021, 5 septembre et 10 novembre 2022, Mme E A de l'Epine, représentée par Me Thumser, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A de l'Epine soutient que :

- l'administration a irrégulièrement eu recours à la procédure de taxation d'office ;

- a méconnu sa propre doctrine fiscale ;

- a méconnu les dispositions de l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales ;

- la réponse aux observations du contribuable est insuffisamment motivée ;

- l'administration a méconnu les dispositions de l'article 4B du code général des impôts, dès lors qu'elle n'a pas sur le territoire français son foyer ou son lieu de séjour principal ;

- a méconnu les stipulations de la convention franco-marocaine.

Par des mémoires en défense enregistrés les 21 février 2020, 28 mars et 20 septembre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par Mme A de l'Epine ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-marocaine du 29 mai 1970 tendant à éliminer les doubles impositions et à établir des règles d'assistance mutuelle administratives en matière fiscale ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, conseiller ;

- les conclusions de M. Barraud, rapporteur public ;

- et les observations de Me Thumser, avocat.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A de l'Epine a réalisé au cours de l'année 2015 des plus-values de cessions de valeurs mobilières résultant de la cession de ses parts dans la SASU Flona, et estimé que ces plus-values n'étaient pas imposable, dès lors qu'à cette époque, elle n'était pas fiscalement domiciliée en France, mais au Maroc. Par une proposition de rectification du 27 novembre 2018, l'administration a regardé ces plus-values comme imposables en France, et mis en recouvrement les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu correspondant le 30 avril 2019. Mme A de l'Epine demande au Tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes, pour un montant total de 51 274 euros.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Par suite, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer - en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office - si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.

3. D'une part, aux termes de l'article 150-0 A du code général des impôts : " I.-1. Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices non commerciaux et aux bénéfices agricoles ainsi que des articles 150 UB et 150 UC, les gains nets retirés des cessions à titre onéreux, effectuées directement, par personne interposée ou par l'intermédiaire d'une fiducie, de valeurs mobilières, de droits sociaux, de titres mentionnés au 1° de l'article 118 et aux 6° et 7° de l'article 120, de droits portant sur ces valeurs, droits ou titres ou de titres représentatifs des mêmes valeurs, droits ou titres, sont soumis à l'impôt sur le revenu () ". Aux termes de l'article 244 bis C du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article 244 bis B, les dispositions de l'article 150-0 A ne s'appliquent pas aux plus-values réalisées à l'occasion de cessions à titre onéreux de valeurs mobilières ou de droits sociaux effectuées par les personnes qui ne sont pas fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B, ou dont le siège social est situé hors de France, ainsi qu'aux plus-values réalisées par ces mêmes personnes lors du rachat par une société émettrice de ses propres titres () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 4 B du code général des impôts : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : / a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; / b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; / c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques () ". Les conditions posées au a, b et c du 1. de l'article 4 B sont alternatives et permettent chacune de déterminer la domiciliation fiscale en France.

5. Pour justifier que son foyer se situait au Maroc, et non en France, au cours de l'année 2015, Mme A de l'Epine produit à l'appui de son recours une attestation de résidence émanant des autorités marocaines, du 21 décembre 2018, indiquant qu'elle était immatriculée du 9 octobre 2007 jusqu'à cette date, et un certificat de radiation du registre des Français établis à l'étranger qui indique que l'intéréssée résidait à Marrakech du 18 juin 2008 au 24 novembre 2018. Il résulte également des pièces produites par Mme A de l'Epine que celle-ci était propriétaire, lors de l'année en litige, d'un bien immobilier au sein de la résidence " Les Terrasses de Gueliz " à Marrakech, que ses enfants C et B bénéficiaient d'un suivi scolaire en présentiel auprès de la structure d'accompagnement scolaire Alaamouna située dans cette même ville, et que son fils B y faisait l'objet d'un suivi pédiatrique de la part du docteur D. Dans ces conditions, l'administration fiscale, qui se borne à contester le caractère probant de ses pièces et à se prévaloir de l'acte notarié du 2 octobre 2015 qui indique que la requérante résidait à Vaucresson, cette mention ayant au demeurant été rectifié par un acte du 7 mars 2019, n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que Mme A de l'Epine était résidente fiscale en France au titre de l'année en litige.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A de l'Epine et fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le paiement à Mme A de l'Epine d'une somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A de l'Epine est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 2 : L'État versera à Mme A de l'Epine une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A de l'Epine est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A de l'Epine et à la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2023.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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