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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1914786

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1914786

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1914786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBERTRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 novembre 2019 et le 22 mars 2021, la société civile immobilière (SCI) du Grand Sentier, représentée par Me Bertrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°246-2019 du 15 novembre 2019 par lequel le maire de la commune de Soisy-sous-Montmorency a interdit de circulation et de stationnement des véhicules de plus de 3,5 tonnes entre le n° 12 et le n° 24 de la rue Léon Jouhaux du 15 novembre 2019 au 15 mars 2020 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Soisy-sous-Montmorency de procéder à l'enlèvement sans délai des blocs de pierre et de parpaing posés le long de la rue Léon Jouhaux et du Chemin des carrières, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la commune de Soisy-sous-Montmorency de faire respecter sans délai dans cette section de la rue Léon Jouhaux les règles du stationnement alterné, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Soisy-sous-Montmorency la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article R. 141-3 du code de la voirie routière, dès lors qu'elle n'est ni nécessaire, ni proportionnée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit de propriété, à la liberté d'aller et de venir et à la liberté du commerce et de l'industrie, l'accès des véhicules de plus de 3,5 tonnes étant interdit sur l'autre voie d'accès à son chantier par un arrêté du 2 octobre 2018 des maires de Montmorency et de Soisy-sous-Montmorency, empêchant tout accès à sa parcelle pour les véhicules de travaux ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors qu'il s'agit d'une interdiction visant exclusivement la SCI du Grand Sentier dans le but de l'empêcher de mener à bien ses travaux

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er février 2021 et le 9 avril 2021, la commune de Soisy-sous-Montmorency conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI du Grand Sentier la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la SCI du Grand Sentier n'a pas intérêt pour agir contre l'arrêté litigieux, dès lors qu'elle ne possède aucune propriété en bordure de la voie ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

L'ordonnance du 12 avril 2021 a fixé la clôture de l'instruction au 27 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la voirie routière ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mariam Monteagle, rapporteure,

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,

- les observations de Me Bertrand, représentant la SCI du Grand Sentier,

- et les observations de Me Miah, représentant la commune de Soisy-sous-Montmorency.

Une note en délibérée présentée par la commune de Soisy-sous-Montmorency a été enregistrée le 20 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, gérant de la SCI du Grand Sentier, est propriétaire de la parcelle n° 911 sise au 22 rue Léon-Jouhaux à Soisy-sous-Montmorency. La SCI s'est vue délivrer un permis de construire en vue de la réalisation de quatre maisons sur des parcelles situées sur la commune de Montmorency, juste derrière la maison de son gérant, les deux sites n'étant séparés que par une voie dénommée chemin de carrières, qui marque également la limite entre les deux communes. Afin de mener à bien son chantier de construction, M. A a demandé, le 23 mai 2022, au maire de Soisy-sous-Montmorency d'interdire le stationnement au niveau du 22 rue Léon Jouhaux pour faciliter la circulation des camions jusqu'à sa propriété, afin qu'après avoir traversé sa propriété et le chemin des carrières, ces camions accèdent à la parcelle en travaux sur la commune de Montmorency. Par une décision du 2 juin 2018, la commune a rejeté cette demande au motif que la société devait faire passer les camions et engins de chantier par la commune de Montmorency, qui lui avait délivré le permis de construire. Puis, par un arrêté du 2 octobre 2018, pris sur le fondement des dispositions de l'article R. 141-3 du code de la voirie routière, les maires de Montmorency et de Soisy-sous-Montmorency ont interdit la circulation de véhicule dont le poids total autorisé en charge (PTAC) était supérieur à 3,5 tonnes sur le chemin des carrières. Par un arrêté du 15 novembre 2019 pris sur le fondement des mêmes dispositions, le maire de Soisy-sous-Montmorency a également interdit la circulation et le stationnement des véhicules de plus de 3,5 tonnes entre le n°12 et le n°24 de la rue Léon Jouhaux du 15 novembre 2019 au 15 mars 2020. La société requérante demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, des véhicules de chantier travaillant pour la SCI du Grand Sentier empruntaient la rue Léon-Jouhaux pour acheminer les fournitures et engins nécessaires à la réalisation d'un chantier situé sur une parcelle proche avant l'intervention de l'arrêté litigieux. Il est d'ailleurs constant que cet arrêté a été édicté en raison de cette utilisation de la voirie par la requérante. Dans ces conditions, la circonstance que la société requérante ne soit pas propriétaire d'une parcelle sur la rue Léon Jouhaux est sans incidence sur sa qualité lui donnant intérêt pour agir contre l'arrêté réglementant la circulation dans cette rue. La fin de non-recevoir opposée par la commune en défense ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales dispose que : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation () ". Aux termes de l'article L. 2213-4 du même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, interdire l'accès de certaines voies ou de certaines portions de voies ou de certains secteurs de la commune aux véhicules dont la circulation sur ces voies ou dans ces secteurs est de nature à compromettre soit la tranquillité publique, soit la qualité de l'air, soit la protection des espèces animales ou végétales, soit la protection des espaces naturels, des paysages ou des sites ou leur mise en valeur à des fins esthétiques, écologiques, agricoles, forestières ou touristiques ". Aux termes de l'article R. 141-3 du code de la voirie routière : " Le maire peut interdire d'une manière temporaire ou permanente l'usage de tout ou partie du réseau des voies communales aux catégories de véhicules dont les caractéristiques sont incompatibles avec la constitution de ces voies, et notamment avec la résistance et la largeur de la chaussée ou des ouvrages d'art ".

4. II ressort des termes de la décision que pour interdire jusqu'au 15 mars 2020 la circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes entre les n° 12 et 24 de la rue Léon Jouhaux, le maire s'est fondé sur la double circonstance que, d'une part, les dimensions de la voie sur cette portion ainsi que sa structure ne permettaient pas le passage de véhicules de ce gabarit, et que, d'autre part, il était nécessaire de préserver la sécurité des usagers de la voirie et la tranquillité publique des riverains.

5. D'une part, pour établir que la circulation des poids lourds est de nature à dégrader la voie publique, la commune se borne à produire un premier procès-verbal établi le 15 novembre 2019 par un officier de police judiciaire et un second procès-verbal établi le même jour par la responsable assermentée du service de l'urbanisme de la commune. Toutefois, ces procès-verbaux, s'ils font état en termes généraux de dégradations de la voie publique, n'apportent aucune précision sur la nature de ces dégradations, qui ne sont ni décrites, ni photographiées, à l'exception de l'ornière créée par la circulation sur le terre-plein central enherbé situé au niveau du 12 rue Léon-Jouhaux, engendrant des traînées de boue sur le reste de la rue. En outre et en l'absence de toute justification, ces procès-verbaux ne permettent pas de faire le lien entre les dégradations sur la voirie qu'ils allèguent et la circulation des véhicules poids lourds dans cette rue, dès lors qu'il ressort du constat d'huissier établi le 6 septembre 2018 par la société requérante avant le démarrage de son chantier que la chaussée et les bordures entre le 12 et le n° 24 de la rue Léon Jouhaux présentaient déjà des fissures et des reprises dues à l'ancienneté de l'enrobé. Par ailleurs, la commune, qui n'apporte aucune précision dans ses écritures sur les dimensions de la rue Léon-Jouhaux, n'établit pas les motifs pour lesquels ces dimensions feraient obstacle au passage de véhicules lourds. Enfin, les plaintes de riverains produits par la commune n'établissent pas davantage l'existence d'un risque de dégradation de la voirie en lien avec la circulation des camions de plus de 3,5 tonnes, sinon pour relever l'ornière créée en bordure du terre-plein central au début de la rue. Ces éléments sont donc insuffisants pour établir qu'il existe un risque de dégradation certaine de la rue Léon Jouhaux sur cette portion de voie en raison du passage des camions dont le PTAC est supérieur à 3,5 tonnes.

6. D'autre part, les plaintes de riverains produites par la commune ont été transmises à la mairie entre août et septembre 2018, soit plus d'un an avant l'intervention de l'arrêté attaqué. Si ces courriels font état des inquiétudes des riverains à l'occasion du démarrage de ce chantier, craignant les nuisances qui lui seraient liées et contestant les conditions dans lesquelles le gérant de la société utilise sa propriété rue Léon-Jouhaux pour desservir la parcelle en chantier, ces pièces, peu circonstanciées, ne permettent aucunement d'établir que le passage de véhicule de plus de 3,5 tonnes dans cette rue présente un risque pour la sécurité des usagers ou pour la tranquillité publique.

7. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à soutenir que les motifs de l'arrêté sont entachés d'une erreur d'appréciation.

8. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 15 novembre 2019 par lequel le maire de la commune de Soisy-sous-Montmorency a interdit de circulation et de stationnement les véhicules de plus de 3,5 tonnes entre le n° 12 et le n° 24 de la rue Léon Jouhaux du 15 novembre 2019 au 15 mars 2020 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. D'une part, la pose de pierre et de parpaings sur le chemin des carrières pour matérialiser l'interdiction d'accès à cette voie édictée par l'arrêté du 2 octobre 2018 est sans lien avec l'arrêté annulé par le présent jugement. Il en va de même de la méconnaissance par les riverains des règles de stationnement alterné dans la rue Léon-Jouhaux. La requérante n'est donc pas fondée à solliciter du juge des mesures d'injonction sur ces deux points.

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, qui prenait fin le 15 mars 2020, a fini de produire ses effets, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'enjoindre au retrait des pierres et parpaings ayant servi à exécuter l'arrêté annulé par le présent jugement.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI du Grand Sentier, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Soisy-sous-Montmorency demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

13. Il y a lieu en revanche, sur le fondement de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune de Soisy-sous-Montmorency la somme de 1 500 euros au bénéfice de la SCI du Grand Sentier.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté n° 246-2019 du 15 novembre 2019 du maire de Soisy-sous-Montmorency est annulé.

Article 2 : La commune de Soisy-sous-Montmorency versera à la SCI du Grand Sentier la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SCI du Grand Sentier est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Soisy-sous-Montmorency présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI du Grand Sentier et à la commune de Soisy-sous-Montmorency.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme B et M. C, premiers conseillers,

Assistés de Mme Lefebvre, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022,

La rapporteure,

signé

M. BLa présidente,

signé

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commisaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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