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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2000181

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2000181

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2000181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPARASTATIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 janvier 2020, M. D C demande au Tribunal d'annuler l'arrêté, notifié le 23 décembre 2019, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile.

M. C soutient qu'il est menacé de persécutions en cas de retour dans son pays.

Par une décision en date du 13 décembre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par un mémoire en date du 4 mai 2022, M. C, représenté par Me Parastatis, avocate, conclut aux mêmes fins que précédemment, et demande, en outre, au Tribunal :

1°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision fixant son pays de nationalité comme pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative, qui s'engage en ce cas à renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

la décision de refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

" la décision fixant le pays de destination " :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet des Hauts-de-Seine a produit une pièce, enregistrée le 4 mai 2020, et invité le Tribunal à rejeter les conclusions présentées par M. C.

Par des lettres en date du 30 mai 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation d'une décision " fixant le pays de nationalité du requérant comme pays de destination ", l'arrêté notifié le 23 décembre 2019, ne contenant pas l'énoncé d'une telle décision.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision en date du 28 février 2011, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de reconnaître à M. C, qui est de nationalité pakistanaise, la qualité de réfugié. Cette décision a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 28 novembre 2011. Par une décision en date du 20 juin 2018, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a déclaré irrecevable la première demande de réexamen présentée par M. C. Cette décision a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 30 octobre 2018. M. C a présenté au préfet des Hauts-de-Seine, dans le cadre des articles L. 741-1 et L. 741-2, dans leur rédaction alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une demande tendant à la délivrance d'une attestation de demande d'asile en vue de présenter à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides une nouvelle demande de réexamen. Par l'arrêté contesté, notifié le 23 décembre 2019, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande et rappelé à M. C, dans les motifs et le dispositif de sa décision, l'obligation qui lui a été faite, en l'occurrence par un arrêté pris par la même autorité en date du 11 juillet 2019, notifié le même jour, de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine ou de tout autre pays dans lequel il est légalement admissible.

Sur les conclusions aux fins d'annulation d'une " décision fixant le pays de destination " :

2. Il ne ressort d'aucun des termes de l'arrêté contesté que le préfet des Hauts-de-Seine aurait, par cette décision, fait obligation à M. C de quitter le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité. Par suite, et ainsi que les parties en ont été informées, il y a lieu de rejeter comme irrecevables les conclusions du requérant aux fins d'annulation de cette prétendue décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile :

3. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la seule décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir qu'énonce l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine notifié le 23 décembre 2019 est celle qui rejette la demande de M. C, présentée à une date indéterminée dans le cadre des articles L. 741-1 et L. 741-2, dans leur rédaction alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tendant à la délivrance d'une attestation de demande d'asile afin de lui permettre de déposer une nouvelle demande de réexamen. Les moyens de la requête de M. C doivent, par suite, être regardés comme articulés à l'encontre de cette décision.

4. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivé.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas, avant de statuer sur la demande de M. C, procédé à un examen sérieux et suffisamment approfondi de la situation de l'intéressé.

6. L'arrêté contesté ne porte pas refus de délivrance d'un titre de séjour et ne prononce pas l'éloignement du territoire français du requérant. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui protège le droit qu'a toute personne au respect de sa vie privée et familial, ne peut, dès lors, qu'être écarté comme inopérant.

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes du dernier alinéa de l'article 513-2, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont reprises aujourd'hui au dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

8. M. C fait valoir qu'il ne peut retourner au Pakistan sans craintes pour sa sécurité. Toutefois et ainsi qu'il a été dit au point 1, l'Office français de protection des réfugiés et la Cour nationale du droit d'asile ont refusé de reconnaître au requérant la qualité de réfugié. En outre, M. C ne produit devant le Tribunal aucun élément nouveau qu'il n'aurait pas déjà soumis ou été en mesure de soumettre à l'examen de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou à la Cour nationale du droit d'asile avant l'intervention de leurs décisions, de nature à établir que sa vie ou sa liberté seraient menacées ou qu'il risquerait d'être personnellement exposé à des peines ou traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans le pays dont il a la nationalité. Enfin, et ainsi qu'il a été dit au point 6, la décision attaquée n'a, par elle-même, ni pour objet, ni pour effet, d'imposer à M. C de rejoindre le Pakistan. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et des dispositions rappelées au point 7 ne peuvent qu'être écartés.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine aurait, en refusant de délivrer à M. C l'attestation que celui-ci lui avait demandée, entaché son appréciation d'une erreur manifeste.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 dela loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

11. Les dispositions susmentionnées font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par M. C doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme A et M. B, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

C. ALa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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