mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2001866 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | CESIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 février 2020 et 2 août 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Location de Matériels du Val Hubert (LMVH), représentée par Me Da Silva, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er juin 2009 au 31 décembre 2012 pour un montant de 108 044 euros, ainsi que des pénalités afférentes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que les dépenses de travaux qu'elle a réalisés sur un bien immobilier sis 8 rue de la Chalandie à Chaville ont été engagés dans le seul intérêt de l'entreprise et non de son gérant, propriétaire du bien, de sorte qu'elles se rattachent à une gestion normale en application de l'article 39-1 du code général des impôts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SARL LMVH ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Saïh,
- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL LMVH, qui exerce une activité d'achat, de vente, de location de matériel industriel neuf et d'occasion, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 28 mai 2013 au 7 août 2013, au titre de la période du 1er juin 2009 au 31 mai 2012 en matière d'impôt sur les sociétés, et jusqu'au 31 décembre 2012 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Le service vérificateur a considéré que les travaux réalisés sur un bien immobilier sis 8 rue de la Chalandie à Chaville, où se situe le siège de la société et appartenant au gérant de celle-ci, M. A, n'ont pas été engagés dans l'intérêt de la SARL LMVH et constituaient un acte anormal de gestion. Les charges se rapportant à ces travaux ont été reprises dans leur intégralité. Par une proposition de rectification du 23 septembre 2013, reçue le 2 octobre 2013, la SARL LMVH s'est vue notifier des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis de l'intérêt de retard et de la majoration pour manquement délibéré, pour un montant total de 216 095 euros. A la suite de la présentation des observations de la SARL LMVH le 12 novembre 2013, d'un recours hiérarchique le 15 avril 2014, de la saisine de l'interlocuteur départemental le 6 novembre 2014 et de l'avis de la commission départementale des impôts directs et taxe sur le chiffre d'affaires du 21 mai 2015, laquelle avait considéré, sans être suivie par l'administration, que les travaux en litige devaient être pris en compte à hauteur de 50 % pour une activité professionnelle, les impositions en litige ont été mises en recouvrement le 31 décembre 2015. La SARL LMVH a présenté une réclamation le 15 mars 2016, à l'issue de laquelle l'administration a accordé un dégrèvement partiel par une décision du 13 décembre 2019, estimant que la moitié des dépenses se rattachent à la gestion normale de l'entreprise et ont été exposés dans l'intérêt de l'exploitation. La SARL LMVH demande au tribunal la décharge en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée restant à leur charge, soit 108 044 euros.
Sur le bien-fondé des impositions en litige :
En ce qui concerne les rehaussements d'impôt sur les sociétés :
2. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt.
3. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite à l'administration, si elle s'y croit fondée, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
4. Il résulte de l'instruction que la société requérante a engagé des dépenses de travaux d'agrandissement et de rénovation d'une maison individuelle appartenant à son gérant, M. A, situé 8 rue de la Chalandie à Chaville. La SARL LMVH a comptabilisé en charges les frais d'architecte et d'études avant travaux tandis qu'elle a inscrit à l'actif de son bilan les dépenses relatives aux travaux de construction et de rénovation de ce bien immobilier et procédé ensuite à leur amortissement. Lors des opérations de contrôle de la SARL LMVH, le service a remis en cause la déduction de son résultat imposable des dépenses de travaux réalisés dans le pavillon appartenant à M. A, considérant que les dépenses de construction n'ont pas été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise mais pour l'amélioration d'un immeuble à usage d'habitation non affecté à l'activité de la SARL LMVH. A la suite de l'avis de la commission départementale des impôts directs et taxe sur le chiffre d'affaires du 21 mai 2015, laquelle a considéré que les travaux en litige devaient être pris en compte à hauteur de 50 % pour une activité professionnelle, et de la réclamation contentieuse des requérants du 15 mars 2016, l'administration a retenu, par " souci de réalisme économique ", un prorata de 50 % d'utilisation professionnelle du bâtiment en cause, considérant ainsi que la moitié des dépenses de travaux se rattachaient à la gestion normale de l'entreprise et ont été exposés dans l'intérêt de l'exploitation.
5. En l'espèce, pour refuser la déductibilité totale des charges constituées par ces dépenses de travaux, l'administration a fiscale considéré que ces travaux n'avaient pas été engagées dans l'intérêt exclusif de l'entreprise eu égard à la nature des travaux litigieux, lesquels consistaient en la rénovation et l'agrandissement d'une maison individuelle à usage d'habitation, appartenant au gérant de la société LMVH, et dont la destination n'avait pas été modifiée, et au montant substantiel de ces travaux par rapport aux chiffres d'affaires moyens de la société sur les exercices clos en 2009, 2010, 2011 et 2012. L'administration a également relevé que le domicile des salariés de la société, ses principaux clients et son entrepôt de stockage se trouvent en dehors de la région Ile-de-France. Elle a également constaté l'absence de démarche de M. A auprès du service des impôts des particuliers de Sèvres afin de mettre à jour la valeur locative du bâtiment, de ce que le contrat de bail conclu avec la SARL LMVH ne comporte pas de description des biens loués et ne fait pas état des travaux à réaliser, et de ce que les loyers stipulés n'ont pas été comptabilisés ou déclarés. Enfin, l'administration a relevé que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, lors de sa séance du 21 mai 2015, a estimé que seules 50 % des dépenses de travaux pouvaient être considérées comme portant sur des locaux à caractère professionnel.
6. Pour contester l'appréciation de l'administration et justifier du caractère professionnel des dépenses de travaux, la SARL LMVH soutient que les travaux de construction ont été exposés exclusivement dans l'intérêt de l'entreprise, en faisant valoir que son siège social est établi à l'adresse du bâtiment en cause et que les travaux réalisés dans ce bâtiment sont en adéquation avec l'objet social de la société. Toutefois, ces circonstances ne permettent pas d'établir le caractère professionnel de ces dépenses de travaux et d'exclure toute utilisation privative du bâtiment. En outre, si la société requérante fait valoir que des réunions sont organisées dans ce bâtiment avec les sociétés du groupe auquel appartient la SARL LMVH, lorsqu'il est nécessaire de les organiser en Ile-de-France, que les travaux litigieux ont ainsi favorisé " la création d'un pool d'accueil et de communication numérisé ", et qu'ils ont permis à la société de bénéficier d'un " avantage direct profitable en réduisant ses propres frais de structure ", et d'éviter " les frais d'hôtel et de restaurant lors des réunions organisées en région parisienne () ", ces seules allégations ne sont corroborées par aucune pièce. Par ailleurs, si la société requérante soutient que les travaux en cause, conformes à son objet social, ont contribué au développement de son activité d'investisseur de " loueur de biens professionnels et immobiliers ", elle ne produit toutefois aucun justificatif à cet égard. Enfin, si la société requérante indique retirer un avantage économique de ces travaux, elle ne l'établit pas, en se bornant à produire un extrait de compte de résultat de son exercice clos le 31 mai 2015 faisant état de revenus locatifs qui seraient issus de la location du bâtiment en cause. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant que les dépenses en litige, au-delà de 50 % d'entre elles, n'ont pas été exposées dans l'intérêt de l'exploitation. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé d'en admettre dans cette proportion la déductibilité et qu'elle les a réintégrées dans le résultat imposable de la société.
En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
7. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. ". Aux termes de l'article 271 du même code : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. () / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures () / 2. La déduction ne peut pas être opérée si les redevables ne sont pas en possession soit desdites factures () ".
8. Il résulte de ces dispositions que l'existence d'un lien direct et immédiat entre une opération particulière en amont et une ou plusieurs opérations en aval ouvrant droit à déduction est, en principe, nécessaire pour qu'un droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée soit reconnu à l'assujetti et pour déterminer l'étendue d'un tel droit. Le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant l'acquisition de biens ou de services en amont suppose que les dépenses effectuées pour acquérir ceux-ci fassent partie des éléments constitutifs du prix des opérations taxées en aval ouvrant droit à déduction. En l'absence d'un tel lien, un assujetti est toutefois fondé à déduire l'intégralité de la taxe ayant grevé des biens et services en amont, lorsque les dépenses liées à l'acquisition de ces biens et services font partie de ses frais généraux et sont, en tant que telles, des éléments constitutifs du prix des biens produits ou des services fournis par cet assujetti. De tels coûts entretiennent, en effet, un lien direct et immédiat avec l'ensemble de son activité économique. Il y a lieu d'examiner, dans ce cas, si les dépenses effectuées pour acquérir des biens ou des services en amont font partie des frais généraux liés à l'ensemble de l'activité économique de l'assujetti.
9. Il ne résulte pas de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, que les opérations de travaux précitées auraient été engagées dans l'intérêt de l'entreprise. Ces opérations ne peuvent, dès lors, être regardées comme étant en lien direct et immédiat avec une ou plusieurs opérations en aval ouvrant droit à déduction ou comme faisant partie des frais généraux liés à l'ensemble de l'activité économique de l'assujettie. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé d'admettre la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les travaux litigieux dans la limite de 50 % de leur montant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, des majorations et intérêts de retard auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er juin 2009 au 31 décembre 2012.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la SARL LMVH et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL LMVH est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL LMVH et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 28 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
La rapporteure,
signé
Z. Saïh
Le président,
signé
T. Bertoncini La greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026