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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2001963

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2001963

jeudi 4 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2001963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantGONIDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n° 1905852 en date du 14 février 2020, enregistrée le même jour au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Versailles a transmis la requête présentée par M. B.

Par cette requête, M. A B, représenté par Me Godinec, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision en date du 26 février 2019 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision en date du 24 mai 2019 par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours présenté contre la décision du 26 février 2019 ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter de l'arrêt du versement dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser la même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le directeur général de l'OFII a commis une erreur matérielle et une erreur de droit sur la qualification du recours qu'il lui avait présenté ;

- la décision du 26 février 2019 méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa demande d'asile a été enregistrée en procédure normale ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il a respecté l'ensemble de ses obligations dans le cadre de la procédure d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Féral, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 1er mars 1998, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 7 août 2017 en procédure " Dublin ". Le même jour, l'intéressé a accepté l'offre de prise en charge de l'Office de l'immigration et de l'intégration (OFII) et s'est vu accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par courrier du 23 mars 2018, l'OFII l'a informé de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il avait été déclaré en fuite par les services de la préfecture des Yvelines. Le 14 février 2019, à l'expiration du délai de transfert, M. B s'est présenté en préfecture et sa demande d'asile a été enregistrée en procédure normale. Par décision du 26 février 2019, dont il demande l'annulation, l'OFII a procédé au retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont M. B bénéficiait. L'intéressé a présenté un recours contre cette décision auprès du directeur général de l'OFII qui, par décision du 24 mai 2019, dont il demande également l'annulation, l'a rejeté.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, la directrice territoriale de l'OFII a procédé par décision du 26 février 2019 au retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. B au motif qu'il n'a pas respecté les obligations auxquelles il a consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge. Il ressort du recours en date du 11 mars 2019 adressé par le conseil de M. B au directeur général de l'OFII que celui-ci lui demandait de procéder au retrait de la cette décision en date du 26 février 2019. Le directeur général de l'OFII a analysé ce recours comme une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil et, par décision du 24 mai 2019, a refusé de procéder à ce rétablissement au motif qu'il ne justifiait pas le non-respect des obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge et que sa situation ne faisait apparaitre aucun facteur particulier de vulnérabilité. M. B soutient qu'en statuant ainsi, le directeur général de l'OFII s'est mépris sur la portée du recours dont il était saisi et a commis une erreur de droit.

5. D'une part, l'erreur invoquée par le requérant sur la portée de son recours est sans influence sur la légalité de la décision du 26 février 2019. D'autre part, alors même qu'il a analysé le recours du requérant comme une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, en indiquant qu'après avoir procédé à un nouvel examen de sa situation il ne justifiait pas le non-respect des obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge et en confirmant ainsi le motif qui a fondé la décision du 26 février 2019, le directeur général de l'OFII a implicitement mais nécessairement également écarté la demande de retrait de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que le directeur général de l'OFII a commis une erreur matérielle et une erreur de droit doit être écarté.

6. En deuxième lieu, par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a jugé que les dispositions des articles L. 744-7 et L.744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui créaient, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Il a, par suite, annulé les dispositions réglementaires prises pour leur application. Toutefois, le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, limiter ou supprimer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux demandeurs d'asile qui quittent leur lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du même code ou qui ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Ainsi, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

7. D'une part, la seule détention d'une attestation de demande d'asile en cours de validité, même en procédure normale, ne suffit pas à conférer au demandeur d'asile un quelconque droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dès lors que celui-ci est notamment subordonné au respect des exigences des autorités chargées de l'asile. Ainsi, l'OFII n'était pas tenu d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B dès lors que sa demande d'asile avait été enregistrée en procédure normale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 26 février 2019 2019 méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa demande d'asile a été enregistrée en procédure normale doit être écarté.

8. D'autre part, à supposer même que M. B soit regardé comme justifiant de son impossibilité de se rendre à la préfecture le 22 février 2018 pour l'exécution de son transfert vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile en raison de l'impossibilité dans laquelle il s'est trouvé de pouvoir retirer sa convocation, il ne conteste pas ne pas s'être présenté, le 14 mars 2018, au second rendez-vous qui lui avait été fixé. En outre, M. B n'apporte aucune explication sur les raisons pour lesquelles il est resté sans attestation de demandeur d'asile valide entre le 3 mai 2018 et le 13 février 2019, période au cours de laquelle, placé en procédure dite " Dublin ", il aurait dû exécuter son transfert vers le pays responsable de sa demande d'asile, méconnaissant ainsi les exigences des autorités chargées de l'asile. En outre, le requérant n'apporte aucun élément de nature à attester d'un état de vulnérabilité ou de besoins particuliers en matière d'accueil. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée du 26 février 2019 méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au respect de ses obligations en matière d'asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Godinec et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

Mme Lorin, première conseillère et M. Amazouz, premier conseiller,

assistés de Mme Chanson, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2022.

Le président,

signé

R. FéralL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

signé

C. Lorin

La greffière,

signé

A. Chanson

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 201963

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