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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2002363

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2002363

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2002363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantEVODROIT-SCP INTER BARREAUX D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 février 2020 et le 11 janvier 2021, la société civile immobilière (SCI) Saint Martin, représentée par Me Laplante, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2019 par lequel le maire de Saint-Martin-du-Tertre a retiré la décision de non opposition à déclaration préalable du 12 août 2019 n° DP 09556619B0009 déposée en vue de réaliser des travaux d'exhaussements du sol pour permettre l'exploitation d'une ancienne carrière en terre agricole sur un terrain situé rue Roger Salengro à Saint-Martin-du-Tertre ainsi que la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Martin-du-Tertre la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 22 octobre 2019 n'est pas motivé ;

- le maire de Saint-Martin-du-Tertre a entaché sa décision d'une erreur de droit en procédant au retrait de la décision de non-opposition à déclaration préalable au-delà du délai de trois mois après son édiction en méconnaissance de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;

- elle n'a jamais entendu exploiter une installation classée de stockage de déchets.

Par deux mémoires enregistrés le 29 octobre 2020 et le 18 février 2021, la commune de Saint-Martin-du-Tertre, représentée par Me Ferreira Piton, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI Saint Martin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle pouvait également fonder sa décision de retrait sur la fraude à laquelle la SCI Saint-Martin s'est livrée pour obtenir la décision de non opposition à déclaration préalable du 12 août 2019 et pouvait dès lors retirer cette décision sans condition de délai ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 juillet 2022 à 12h.

La SCI Saint-Martin, représentée par Me Laplante, a produit une pièce, enregistrée le 24 novembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme L'Hermine, conseillère ;

- les conclusions de M. Charpentier, rapporteur public ;

- et les observations de Me Kebe, substituant Me Laplante, avocat de la SCI Saint-Martin.

Considérant ce qui suit :

1. Par une déclaration préalable du 20 février 2019, la SCI Saint-Martin a déclaré un projet d'exhaussement du sol en vue de l'exploitation d'une ancienne carrière en terre agricole, sur un terrain situé rue Roger Salengro à Saint-Martin-du-Tertre. Le délai d'instruction a fait l'objet d'une prolongation et a été porté au 20 avril 2019, en vue de consulter l'architecte des Bâtiments de France. La demande de la SCI Saint-Martin a fait l'objet d'un premier arrêté d'opposition le 11 avril 2019, " annulé et remplacé " par un arrêté du 28 mai 2019, lui-même retiré par un arrêté du 8 août 2019. Après avoir délivré à la SCI un certificat de non-opposition à déclaration préalable le 12 août 2019, le maire de la commune de Saint-Martin-du-Tertre a cependant décidé de procéder, par arrêté du 22 octobre 2019, au retrait de cette décision. Le maire de Saint-Martin-du-Tertre a implicitement rejeté le recours gracieux formé par la SCI Saint Martin le 16 décembre 2019. La société demande au tribunal d'annuler cet arrêté et la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision contestée vise les textes dont le maire de Saint-Martin-du-Tertre a entendu faire l'application, notamment les dispositions des articles L. 424-5, R. 425-1 du code de l'urbanisme ainsi que l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France du 11 avril 2019, les observations émises par la direction départementale des territoires du 21 mars 2019 et l'avis du service des carrières du 4 mars 2019. La décision précise les motifs qui ont conduit le maire de Saint-Martin-du-Tertre à retirer la décision de non-opposition à la déclaration préalable de travaux tenant à l'absence de prise en compte des recommandations émises par ces différents services et notamment l'absence de production d'une étude de délimitation pédologique et floristique, qui doit être jointe à l'appui d'une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur une zone humide délimitée en application des articles L. 214-7-1 et R. 211-108 du code de l'environnement, et de précisions sur les mesures de compensation des atteintes à la biodiversité que la SCI Saint-Martin doit mettre en place ainsi que le prévoit l'article L. 163-1 du code de l'environnement créé par l'article 69 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. En outre, il ressort des pièces du dossier que la SCI Saint-Martin a eu communication des avis de l'architecte des Bâtiments de France et du service des carrières qui ont été annexés à l'arrêté du 11 avril 2019 par lequel le maire s'est opposé à sa déclaration préalable. Dans son avis du 11 avril 2019, l'architecte des Bâtiments de France relève, notamment, que : " le projet engendre des mouvements de terre trop importants modifiant les niveaux. Ainsi, le projet est de nature à modifier la perception du paysage urbain protégé ". Le service des carrières a, quant à lui, dans son avis du 4 mars 2019, recommandé la réalisation d'études portant sur le sous-sol du terrain permettant de déterminer les éventuels travaux à réaliser pour la mise en sécurité de ce terrain. Dans ces conditions, eu égard à la circonstance que la société requérante a, antérieurement à l'intervention de la décision attaquée, été plusieurs fois informée des recommandations et de la teneur des avis émis par l'architecte des Bâtiments de France et du service des carrières, la décision attaquée est suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) un mois pour les déclarations préalables () ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : / c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques () ". Enfin, l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme dispose que : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire () ".

5. Le retrait par l'administration d'une décision d'opposition à une déclaration préalable ne rend pas le demandeur titulaire d'une décision implicite de non-opposition. Toutefois, le pétitionnaire peut confirmer sa demande auprès de l'autorité compétente sans avoir à reprendre l'ensemble des formalités exigées lors de l'instruction de la demande initiale. L'autorité compétente dispose alors d'un délai d'un mois à compter de cette confirmation pour se prononcer sur la demande et, le cas échéant, retirer la décision tacite d'opposition. À défaut de notification d'une décision expresse dans ce délai, le silence gardé par l'autorité compétente donnera naissance à une décision de non-opposition à la déclaration préalable.

6. Il ressort des pièces du dossier que le délai d'instruction de la déclaration préalable déposée par la SCI Saint Martin le 20 février 2019 a été prolongé d'un mois en vue de consulter l'architecte des Bâtiments de France. Par un arrêté du 11 avril 2019, le maire de Saint-Martin-du-Tertre s'est opposé à la déclaration préalable de la SCI Saint-Martin. Le maire a retiré cet arrêté et s'est de nouveau opposé à la déclaration préalable déposée par la société requérante par un arrêté du 28 mai 2019. Cet arrêté a lui-même été retiré par un arrêté du 8 août 2019. Contrairement à ce que soutient la SCI Saint-Martin, le retrait de ces différents arrêtés d'opposition à la déclaration préalable n'ont pas eu pour effet de faire naître une décision implicite de non-opposition. À cet égard, le 12 août 2019, le maire de Saint-Martin-du-Tertre a délivré un certificat de non-opposition qui doit être regardé comme une décision expresse de non-opposition à la déclaration préalable qu'il a retirée par un arrêté du 22 octobre 2019. Le maire de Saint-Martin-du-Tertre, qui a respecté le délai de trois mois qui lui était imparti pour retirer la décision de non-opposition ainsi que le prévoit l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Saint Martin n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 octobre 2019 par lequel le maire de Saint-Martin-du-Tertre a retiré la décision du 12 août 2019 de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 12 février 2019.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Martin-du-Tertre, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCI Saint-Martin demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SCI Saint-Martin une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Martin-du-Tertre et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Saint-Martin est rejetée.

Article 2 : La SCI Saint-Martin versera à la commune de Saint-Martin-du-Tertre une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Saint-Martin et à la commune de Saint-Martin-du-Tertre.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président,

Mme Garona, conseillère,

Mme L'Hermine, conseillère,

assistés de Mme Galan, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

M. L'Hermine

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

M. A

.

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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