mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2002956 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GARRIGUES BEAULAC ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 mars 2020 et 3 novembre 2021, Mme B A, représentée par Me Beaulac, demande au tribunal :
1°) à titre principal :
- d'annuler la décision du 23 février 2020 par laquelle la rectrice de l'académie de Versailles a implicitement refusé de régulariser sa situation administrative à la suite de la validation de la prise en compte de ses services d'auxiliaire pour la détermination de ses droits à pension ;
- d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Versailles de régulariser sa situation administrative sous astreinte de 50 euros par jour à compter de la notification du jugement à intervenir ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice patrimonial qu'elle a subi, majorée des intérêts au taux légal à compter du 23 décembre 2019 et de leur capitalisation ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle a subi et des troubles dans ses conditions d'existence, majorée des intérêts au taux légal à compter du 23 décembre 2019 et de leur capitalisation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'Etat a commis une faute en faisant droit à sa demande de validation de ses services d'auxiliaire plus de dix ans après la présentation de sa demande ;
- la rectrice de l'académie de Versailles a commis une faute en refusant de la faire bénéficier des avancements d'échelons auxquels elle avait droit ;
- la rectrice de l'académie de Versailles était tenue de régulariser sa situation administrative ;
- elle a subi un préjudice patrimonial qu'elle évalue à 20 000 euros ;
- elle demande le versement de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A sont irrecevables dès lors qu'elles ont été présentées à titre principal ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public,
- et les observations de Me Beaulac, représentant Mme A.
Une note en délibéré présentée par Me Beaulac pour Mme A a été enregistrée le 4 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, professeure des écoles titulaire, a demandé le 21 mars 2005 la validation, pour la détermination de ses droits à pension de retraite, des services d'auxiliaire accomplis à temps partiel entre le 1er janvier 1992 et le 7 juillet 2001 antérieurement à sa titularisation. Par une décision du 1er décembre 2015, la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche a fait droit à cette demande. Estimant que les délais de validation de sa demande de détermination de ses droits à pension avaient eu une incidence sur l'avancement de sa carrière, Mme A a, par un courrier du 20 décembre 2019, demandé à la rectrice de l'académie de Versailles de régulariser sa situation administrative ou, à défaut, de lui verser 25 000 euros en réparation des préjudices subis. La rectrice ayant implicitement rejeté ces demandes, Mme A demande au tribunal, à titre principal, d'annuler la décision implicite par laquelle la rectrice de l'académie de Versailles a refusé de régulariser sa situation administrative et d'enjoindre à cette dernière, sous astreinte, d'y procéder, à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation de son préjudice patrimonial et, en toute hypothèse, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. Aux termes de l'article 5 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Les services pris en compte dans la constitution du droit à pension sont : / 1° Les services accomplis par les fonctionnaires titulaires et stagiaires mentionnés à l'article 2 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée ; / () Pour les fonctionnaires titularisés au plus tard le 1er janvier 2013, peuvent également être pris en compte pour la constitution du droit à pension les services d'auxiliaire, de temporaire, d'aide ou de contractuel, y compris les périodes de congé régulier pour longue maladie, accomplis dans les administrations centrales de l'Etat, les services extérieurs en dépendant et les établissements publics de l'Etat ne présentant pas un caractère industriel et commercial, si la validation des services de cette nature a été autorisée pour cette administration par un arrêté conjoint du ministre intéressé et du ministre des finances et si elle est demandée dans les deux années qui suivent la date de la titularisation ou d'entrée en service pour les militaires sous contrat. / Le délai dont dispose l'agent pour accepter ou refuser la notification de validation est d'un an () ". L'article R. 5 de ce code dispose que : " Lorsque, avant son affiliation au régime du présent code, un fonctionnaire ou un militaire a accompli des services de non-titulaires susceptibles d'être validés pour la retraite au titre du régime de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ou du régime applicable au personnel titulaire des administrations ou établissements mentionnés aux 3° et 5° de l'article L. 5, le service de l'Etat dont il relève procède sur sa demande à leur validation dans les conditions prévues par le présent code ". Aux termes de son article R. 7 : " () Dans chaque ministère, des arrêtés conjoints du ministre intéressé, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé des finances déterminent la nature et le point de départ des services susceptibles d'être validés pour la retraite en application de l'avant-dernier alinéa de l'article L. 5. / () La validation est subordonnée au versement rétroactif de la retenue légale calculée sur le traitement ou la solde afférent à l'indice détenu par le fonctionnaire titulaire ou le militaire à la date de la demande. () ". Enfin, aux termes de l'article 57 de la loi du 11 janvier 1984, dans sa rédaction alors en vigueur : " L'avancement d'échelon est accordé de plein droit. Il a lieu de façon continue d'un échelon à l'échelon immédiatement supérieur. / Il est fonction de l'ancienneté () ".
3. Il résulte de la combinaison des dispositions mentionnées au point précédent que si la validation de services d'auxiliaire, prévue aux articles L. 5 et R. 7 du code des pensions civiles et militaires de retraite, permet leur assimilation à une période d'activité en qualité de titulaire pour le calcul des droits à pension, la mise en œuvre d'un tel dispositif est sans rapport avec l'ancienneté des intéressés dans leur corps et leur grade, qui résulte d'une décision de classement prise lors de leur titularisation, compte tenu le cas échéant, de reprises d'ancienneté correspondant à leur activité professionnelle antérieure. Dans ces conditions, la circonstance qu'un fonctionnaire ait obtenu la validation d'une période d'activité antérieure à sa titularisation pour le calcul de ses droits à pension n'a, par elle-même, aucune incidence sur l'ancienneté de l'intéressé dans son corps.
4. En l'espèce, si la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche a, par une décision du 1er décembre 2015, fait droit à la demande de Mme A tendant à la validation de ses services d'auxiliaire exercés entre le 1er janvier 1992 et le 7 juillet 2001 pour la détermination de ses droits à pension, cette circonstance reste sans incidence sur son avancement. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que la rectrice de l'académie de Versailles aurait dû, en conséquence de cette validation, procéder à une reconstitution de sa carrière en la faisant bénéficier d'un avancement d'échelons.
5. Dans ces conditions, les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de la décision du 23 février 2020 par laquelle la rectrice de l'académie de Versailles a implicitement refusé de régulariser sa situation administrative doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, des conclusions présentées par la requérante à fin d'injonction et d'astreinte.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le préjudice patrimonial :
6. Mme A soutient qu'elle a subi un préjudice patrimonial en raison du refus de la rectrice de l'académie de Versailles de la faire bénéficier d'un avancement d'échelons à la suite de la validation de la prise en compte de ses services d'auxiliaire pour la détermination de ses droits à pension. Ainsi qu'il a été indiqué au point 3, la mise en œuvre du dispositif de l'article L. 5 du code des pensions civiles et militaires de retraite n'implique, pour l'agent concerné, aucun avancement d'échelon. Par suite, le préjudice patrimonial dont fait état Mme A est dépourvu de caractère certain. La requérante n'est dès lors pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros à ce titre.
En ce qui concerne le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence :
7. Toute illégalité fautive est, en principe et quelle qu'en soit la nature, susceptible d'engager la responsabilité de l'administration dès lors qu'elle présente un lien de causalité suffisamment direct et certain avec les préjudices invoqués, dont il appartient au demandeur d'établir la réalité et le bien-fondé.
8. Il est constant, d'une part, que Mme A a formulé, le 21 mars 2005, une demande tendant à la validation, pour la détermination de ses droits à pension, des services d'auxiliaire qu'elle a accomplis entre le 1er janvier 1992 et le 7 juillet 2001 et, d'autre part, qu'il a été fait droit à sa demande par une décision du 1er décembre 2015. En se bornant à faire valoir que la demande de l'intéressée a fait l'objet, le 18 février 2010, d'une " pré-décision " de validation et qu'une réorganisation des services instructeurs aurait eu lieu pendant cette période, la rectrice n'apporte aucun élément de nature à justifier le délai anormalement long de traitement de la demande de la requérante. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que, ce faisant, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Il sera fait une juste appréciation des préjudices dont elle se prévaut en condamnant l'Etat à lui verser, à cet égard, la somme de 500 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
9. La réclamation indemnitaire de Mme A a été reçue le 23 décembre 2019. Elle a dès lors droit, comme elle le demande, aux intérêts à compter de cette date, ainsi qu'à leur capitalisation à compter du 23 décembre 2020, première échéance à laquelle une année entière d'intérêts était due, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser 500 euros à Mme A. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 23 décembre 2019 et capitalisation de ces intérêts à compter du 23 décembre 2020 ainsi qu'à chaque échéance annuelle suivante.
Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée pour information à la rectrice de l'académie de Versailles.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère
M. Goupillier, conseiller,
assistés de Mme Charleston, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
Le rapporteur,
signé
C. C La présidente,
signé
E. Coblence
La greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026