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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2003660

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2003660

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2003660
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCESIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 25 mars 2020, 2 août 2023 et 21 février 2024, M. et Mme A, représentés par Me Da Silva, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2010, 2011 et 2012, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction des impositions supplémentaires mises à leur charge à concurrence d'un montant correspondant à l'application de la majoration de 25 % de la base imposable aux contributions sociales au titre des années 2010, 2011 et 2012 en ce qui concerne les revenus distribués ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les dépenses de travaux que la société Location de Matériels du Val Hubert (SARL LMVH) a engagés sur un bien immobilier sis 8 rue de la Chalandie à Chaville l'ont été dans le seul intérêt de l'entreprise et non de M. A, gérant de la société et propriétaire du bien, de sorte qu'elles se rattachent à un acte normal de gestion en application de l'article 39-1 du code général des impôts ;

- en conséquence, ces dépenses de travaux ne peuvent être analysées comme des revenus distribués, par application des dispositions de l'article 111 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les requérants ont bénéficié d'un dégrèvement en cours d'instance ;

- les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh,

- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL LMVH, qui exerce une activité d'achat, de vente, de location de matériel industriel neuf et d'occasion, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er juin 2009 au 31 mai 2012 en matière d'impôt sur les sociétés, et jusqu'au 31 décembre 2012 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Le service vérificateur a considéré que les travaux réalisés sur un bien immobilier sis 8 rue de la Chalandie à Chaville, où se situe le siège de la société et appartenant au gérant de celle-ci, M. A, n'ont pas été engagés dans l'intérêt de la SARL LMVH et constituaient un acte anormal de gestion. Les charges se rapportant à ces travaux ont été reprises dans leur intégralité. Par une proposition de rectification du 23 septembre 2013, reçue le 2 octobre 2013, la SARL LMVH s'est vue notifier des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis de l'intérêt de retard et de la majoration pour manquement délibéré, pour un montant total de 216 095 euros. Parallèlement, à la suite d'une proposition de rectification du 9 décembre 2013, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux assorties de l'intérêt de retard et de la majoration pour manquement délibéré ont été mises à la charge de M. et Mme A, au titre des années 2010, 2011 et 2012 pour un montant global de 665 936 euros, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, à raison des revenus regardés comme distribués sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts. Ces cotisations supplémentaires ont été mises en recouvrement le 31 janvier 2016. M. et Mme A ont présenté une réclamation le 15 mars 2016, à l'issue de laquelle l'administration a accordé un dégrèvement partiel par une décision du 7 février 2020, à hauteur de 76 326 euros. M. et Mme A demandent au tribunal la décharge en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux restant à leur charge.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision en date du 7 août 2020, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise a prononcé le dégrèvement, en droits et pénalités, à concurrence d'une somme de 271 571 euros des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles M. et Mme A ont été assujettis au titre des années 2010, 2011 et 2012. Les conclusions de la requête de M. et Mme A sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur le bien-fondé des impositions restant en litige :

En ce qui concerne l'impôt sur le revenu :

3. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () c. Les rémunérations et avantages occultes ; () ".

4. Il résulte de l'instruction que M. et Mme A ont présenté leurs observations à la proposition de rectification en date du 9 décembre 2013, qui leur a été notifiée le 11 décembre 2013, par un courrier en date du 13 janvier 2014. Dès lors, M. et Mme A ayant répondu après le délai légal de trente jours qui leur était imparti, il leur appartient, en application de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, d'établir le caractère exagéré des impositions restant en litige.

5. Lors des opérations de contrôle de la SARL LMVH, le service a remis en cause la déduction de son résultat imposable des dépenses de travaux réalisés dans le pavillon appartenant à M. A, située au 8 rue de la Chalandie à Chaville, considérant que les dépenses de construction n'ont pas été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise mais pour l'amélioration d'un immeuble à usage d'habitation non affecté à l'activité de la société LMVH. A la suite de l'avis de la commission départementale des impôts directs et taxe sur le chiffre d'affaires du 21 mai 2015, laquelle a considéré que les travaux en litige devaient être pris en compte à hauteur de 50 % pour une activité professionnelle, et de la réclamation contentieuse des requérants du 15 mars 2016, l'administration a accordé un premier dégrèvement partiel par une décision du 7 février 2020, retenant un prorata d'utilisation professionnelle d'un sixième des dépenses engagées, ce pourcentage traduisant l'affectation du seul bureau de 20.63 m2 situé au rez-de-chaussée du bâtiment à l'activité professionnelle. Puis, par une décision du 7 août 2020, l'administration fiscale a ensuite retenu un prorata de 50 % d'utilisation professionnelle du bâtiment en cause, considérant ainsi que la moitié des dépenses de travaux se rattachent à la gestion normale de l'entreprise et ont été exposés dans l'intérêt de l'exploitation.

6. Pour justifier du caractère professionnel de la totalité des dépenses de travaux, les époux A soutiennent que les travaux de construction ont été exposées exclusivement dans l'intérêt de l'entreprise.

7. Toutefois, en premier lieu, il résulte de l'instruction que les travaux litigieux portent sur l'extension et la rénovation d'un pavillon. Ces travaux consistaient en l'agrandissement d'un immeuble de deux étages avec un sous-sol. Ainsi, le rez-de-chaussée se compose d'un hall d'entrée, d'un patio, d'une salle de réception, d'une cuisine, d'un bureau, d'une véranda et d'une terrasse. S'agissant du premier étage, il se compose de deux chambres, d'un dressing, d'une salle de bain et d'une terrasse, tandis que le deuxième étage se compose de trois chambres et d'une salle de bain. En ce qui concerne le sous-sol, il se compose d'un garage avec quatre places de stationnement, d'un cellier, d'une cave, d'une cave à vins et d'une chaufferie buanderie. Ainsi, ce bâtiment apparaît comme étant aménagé pour l'habitation, la demande de permis de construire ne faisant d'ailleurs pas mention d'un changement de destination de ce bâtiment et de son affectation à une utilisation professionnelle.

8. En deuxième lieu, si M. et Mme A font valoir que le siège social de la société LMVH est établi à l'adresse du bâtiment en cause et que les travaux engagés dans ce bâtiment sont en adéquation avec l'objet social de la société, ces circonstances ne permettent toutefois pas d'établir le caractère professionnel de ces dépenses de travaux. Par ailleurs, si les requérants se prévalent du bail commercial conclu entre M. A et la SARL LMVH pour la période du 1er mai 2007 au 31 avril 2016, ce contrat prévoit néanmoins, en son article 5 relatif à la destination, que les " biens immobiliers devront, en tout état de cause, être utilisés pour l'exercice d'une activité commerciale qui ne pourra remettre en cause l'affectation ou la nature des locaux loués. () ", ce qui implique nécessairement l'absence de changement de destination du bâtiment. En outre, si les requérants font valoir que ce bail commercial ne leur permet de bénéficier des travaux d'amélioration réalisés qu'à l'expiration du bail, cette circonstance ne suffit pas à écarter le caractère personnel des dépenses afférentes à ces travaux. De plus, si M. et Mme A font valoir que des réunions sont organisées dans ce bâtiment avec les sociétés du groupe auquel appartient la société LMVH, lorsqu'il est nécessaire de les organiser en Ile-de-France, que les travaux litigieux ont ainsi favorisé " la création d'un pool d'accueil et de communication numérisé ", et qu'ils ont permis à la société de bénéficier d'un " avantage direct profitable en réduisant ses propres frais de structure ", et d'éviter " les frais d'hôtel et de restaurant lors des réunions organisées en région parisienne () ", ces seules allégations ne sont corroborées par aucune pièce. Enfin, si les époux A soutiennent que les travaux en cause, conformes à l'objet social de la société LMVH, ont contribué au développement de son activité d'investisseur de " loueur de biens professionnels et immobiliers ", ils ne produisent toutefois aucun justificatif. Enfin, si M. et Mme A indique retirer un avantage économique de ces travaux, ils ne l'établissent pas, en se bornant à produire un extrait de compte de résultat de la société de l'exercice clos le 31 mai 2015 faisant état de revenus locatifs qui seraient issus de la location du bâtiment en cause.

9. Dans ces conditions, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que les dépenses de travaux effectués dans l'immeuble situé 8 rue de la Chalandie à Chaville ont été engagés intégralement dans l'intérêt de la SARL LMVH. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a imposé entre les mains des requérants à l'impôt sur le revenu la moitié du montant des travaux en litige sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts.

10. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu restant en litige auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2010 à 2012, ainsi que des pénalités y afférentes.

En ce qui concerne les prélèvements sociaux :

11. En premier lieu, en application des articles 1600-O C, 1600-O D, 1600-O E, 1600-O F bis, 1600-O G à 1600-O J du code général des impôts, c'est à bon droit que les revenus de capitaux mobiliers en litige ont été assujettis aux prélèvements sociaux.

12. Toutefois, en second lieu, aux termes de l'article 158 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " () 7. Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par un coefficient de 1,25. Ces dispositions s'appliquent : () 2° Aux revenus distribués mentionnés aux c à e de l'article 111, aux bénéfices ou revenus mentionnés à l'article 123 bis et aux revenus distribués mentionnés à l'article 109 résultant d'une rectification des résultats de la société distributrice () ".

13. Par sa décision n°2016-610 QPC du 10 février 2017, le Conseil constitutionnel, saisi le 7 décembre 2016 par le Conseil d'Etat (décision du 2 décembre 2016, n°403171), a déclaré conforme à la Constitution le c) du paragraphe I de l'article 136-6 du code de la sécurité sociale dans sa rédaction issue de la loi n°2008-1425 du 27 décembre 2008 de finances pour 2009, sous la réserve d'interprétation formulée au paragraphe 12 de ladite décision. Dans cette réserve, le Conseil constitutionnel a estimé que les dispositions contestées ne sauraient, sans méconnaître le principe d'égalité devant les charges publiques, être interprétées comme permettant l'application du coefficient multiplicateur de 1,25 prévu au premier alinéa du 7 de l'article 158 du code général des impôts pour l'établissement des contributions sociales assises sur les rémunérations et avantages occultes mentionnés au c de l'article 111 du même code.

14. Il résulte de l'instruction, et notamment des conséquences financières mentionnées en pages 10 à 15 de la proposition de rectification du 9 décembre 2013, que le montant des revenus de capitaux mobiliers fondés sur le c de l'article 111 du code général des impôts mis à la charge de M. et Mme A a été, conformément aux dispositions précitées au point 12 ci-dessus, multiplié par un coefficient de 1,25 au titre des années 2010 à 2012 pour déterminer les cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu auxquelles ils devaient être assujettis. Ces mêmes conséquences financières laissent apparaître que cette base majorée du coefficient de 1,25 a servi à assoir les prélèvements sociaux mis à la charge des requérants. Par suite, les requérants sont fondés à demander que les bases imposables aux prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis et qui restent en litige au titre des années 2010 à 2012 soient réduites du montant de cette majoration.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A sont seulement fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, de la différence entre les cotisations supplémentaires de cotisations sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2010 à 2012 et qui restent en litige et celles résultant de la réduction prononcée en application du point 14 ci-dessus.

Sur les frais liés au litige :

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. et Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme A tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2010 à 2012, à concurrence, en droits et pénalités, de la somme de 271 571 euros.

Article 2 : Les bases d'imposition de M. et Mme A aux contributions sociales au titre des années 2010 à 2012 sont réduites du montant correspondant à la majoration de 25 % prévue au 2° du 7 de l'article 158 du code général des impôts.

Article 3 : M. et Mme A sont déchargés, en droits et pénalités, de la différence entre les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2010 à 2012 restant en litige et celles résultant de l'application de l'article 2 ci-dessus.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 28 février 2024, à laquelle siégeaient :

T. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La rapporteure,

signé

Z. Saïh

Le président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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