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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2003708

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2003708

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2003708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantZERBIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 12 mars 2020, enregistrée le 26 mars 2020 suivant au greffe du tribunal de Cergy-Pontoise, le président du tribunal administratif de Paris a transmis la requête présentée par la SARL EDH 75.

Par cette requête enregistrée initialement le 28 janvier 2020 et un mémoire complémentaire du 5 juillet 2022, la SARL EDH75, représentée par Me Zerbib demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 novembre 2019 rejetant son recours gracieux formé contre la décision du 25 septembre 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 21 720 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 7 659 euros.

2°) dire et juger qu'elle n'est pas redevable de la contribution spéciale à hauteur de 21 720 euros et du paiement de la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine, à hauteur de 7 659 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- le caractère contradictoire de la procédure a été méconnu, ses observations n'ayant pas été prises en compte ;

- les droits de la défense ont été méconnus, l'OFII ne l'ayant pas informée de son droit à demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel les manquements ont été établis ;

- le délit d'emploi irrégulier n'est pas établi dès lors qu'elle est de bonne foi et qu'elle a été trompée par les salariés étrangers ;

- la décision n'a pas été précédée d'un examen attentif du dossier en méconnaissance des dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 septembre 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 27 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 août 2022 à 12h.

Vu :

-le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Colin, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Riedinger, rapporteur publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle effectué, le 15 janvier 2019 sur un chantier de rénovation situé à Taverny (95), les services de police ont constaté la présence de trois salariés étrangers en situation de travail, dépourvus d'un titre les autorisant à séjourner et à travailler en France, employés par la SARL EDH75. Le 25 septembre 2019, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de mettre à la charge de ladite société la somme de 21 720 euros au titre de la contribution spéciale, en application des dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail et la somme de 7 659 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement en application des dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 29 novembre 2019, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours gracieux formé le 18 novembre 2019 par la société requérante à l'encontre de la décision du 25 septembre 2019. La SARL EDH75 doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de la décision du 25 septembre 2019 et de la décision du 29 novembre 2019 rejetant son recours gracieux, et la décharge des sommes mises à sa charge.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article

L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ".

3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat () ". Aux termes de l'article L. 8271-17 du même code dans sa rédaction alors applicable : " Outre les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger non autorisé à travailler. () ". Aux termes de l'article R. 8253-3 du même code : " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 8253-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours ". Enfin, l'article R. 8253-4 de ce code dispose : " A l'expiration du délai fixé, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration décide, au vu des observations éventuelles de l'employeur, de l'application de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1, la liquide et émet le titre de perception correspondant. ".

4. Si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271-17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France, et fondant le versement de la contribution spéciale, soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, ainsi d'ailleurs que le précise désormais l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, entré en vigueur le 1er janvier 2016, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Par suite, l'OFII est tenu d'informer l'intéressé de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel ont été établis les manquements qui lui sont reprochés.

5. Il ressort du courrier de l'OFII du 18 juillet 2019 que si la société a été informée de l'existence d'un procès-verbal d'infraction établi le 15 janvier 2019 par les services de police du Val-d'Oise, elle n'a pas été informée de son droit à en demander la communication. La SARL EDH75 a demandé communication d'une copie du procès-verbal par mail du 11 octobre 2019, que l'OFII lui a transmise par mail le 11 octobre 2019 et par courrier le 7 novembre 2019 (pièce n°5) soit après l'établissement de la sanction prise par la décision du 25 septembre 2019. Si un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de celle-ci ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie, le vice de procédure tiré de cette absence d'information préalable de la SARL EDH75 est bien de nature à l'avoir privée d'une garantie et constitue, dès lors, une irrégularité de nature à entacher la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la SARL EDH75 est fondée à demander l'annulation des décisions du 25 septembre 2019 et du 29 novembre 2019. Par voie de conséquence, la société requérante doit également être déchargée de l'obligation de payer les contributions litigieuses.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application de l'article L. 761-1 précité.

D É C I D E :

Article 1er : La décisions du directeur général de l'OFII du 25 septembre 2019 et du 29 novembre 2019 sont annulées.

Article 2 : La SARL EDH75 est déchargée des contributions spéciale et forfaitaire mises à sa charge.

Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL EDH75, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, président,

Mme Colin, première conseillère,

Mme Debourg, conseillère,

assistées de Mme Pradel, greffière.

Lu en audience publique le 16 mars 2023.

La rapporteure,

signé

C. COLIN

La présidente,

signé

H. LE GRIEL

La greffière,

signé

E. PRADEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour ampliation, la greffière.

2003708

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