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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2004249

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2004249

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2004249
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPELGRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés les 27 avril 2020, 30 août, 15 septembre, 15 décembre 2021 et 24 août 2022, M. A C, représenté par Me Pelgrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 février 2020 du ministre de l'intérieur fixant la liste des candidats admis au premier concours d'admission dans le corps des sous-officiers de gendarmerie pour la session d'octobre 2019 en tant qu'il n'y figure pas ;

2°) d'annuler, par voie de conséquence, la délibération du jury du 21 février 2020 arrêtant la liste des candidats admis à ce concours ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de l'inscrire sur la liste des candidats admis au premier concours d'admission dans le corps des sous-officiers de gendarmerie au titre de la session d'octobre 2019 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 21 février 2020 du ministre de l'intérieur est entachée d'un vice de procédure dès lors que la composition du jury, qui ne comportait pas de psychologue, était irrégulière ;

- cette décision est en entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa valeur professionnelle lors de l'épreuve orale d'entretien et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le jury s'est fondé sur des éléments étrangers à l'appréciation de la qualité de sa prestation lors de cette épreuve pour lui attribuer une note éliminatoire de 4 sur 20 ; son excellente prestation lors de l'épreuve écrite de culture générale et la qualité de son curriculum vitae démontrent que le jury n'a pu se fonder que sur des éléments étrangers à la valeur professionnelle, en particulier sur ses opinions syndicales ; cette décision méconnaît également l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 et révèle une rupture du principe d'égalité de traitement des candidats ;

- cette décision est constitutive d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2021, le ministre de l'intérieur, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'arrêté du 27 avril 2011 fixant les programmes, les conditions d'organisation et de déroulement ainsi que les coefficients attribués aux différentes épreuves des concours prévus à l'article 13-1 du décret n° 2008-952 du 12 septembre 2008 portant statut particulier du corps des sous-officiers de gendarmerie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a présenté sa candidature à la session d'octobre 2019 du " premier concours " d'admission dans le corps des sous-officiers de gendarmerie. Par une décision du 21 février 2020, suite à la délibération du jury du même jour, le ministre de l'intérieur a fixé les listes des candidats admis à cette session, sur laquelle M. C ne figure pas. Celui-ci a par ailleurs eu communication de son relevé de note faisant état de la note éliminatoire de 4 sur 20 qui lui a été attribuée à l'épreuve d'admission d'entretien oral avec le jury. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de la délibération du jury du 21 février 2020 relative à la session d'octobre 2019 du premier concours d'admission dans les corps des sous-officiers de gendarmerie.

I. Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du vice de procédure :

2. Aux termes de l'article 10 de l'arrêté du 27 avril 2011 dans sa version applicable au litige : " L'organisation de chaque concours nécessite la mise en place : / 1° D'un jury comprenant : / a) Pour les concours prévus aux 1° et 2° de l'article 13-1 du décret du 12 septembre 2008 susvisé : / -un officier général de gendarmerie, président ; / -des correcteurs pour les épreuves écrites ; / -des examinateurs pour les épreuves orales ; / -des psychologues militaires ou civils ; / -des officiers chargés de l'organisation et du contrôle de l'exécution de l'épreuve sportive. (). "

3. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal de la réunion plénière d'admission du premier concours d'admission dans le corps des sous-officiers de la gendarmerie (session 2019), que le capitaine M., psychologue, figurait au nombre des membres du jury de ce concours. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure lié à l'absence d'un psychologue parmi les membres du jury manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les conditions d'examen de la candidature de M. C et l'appréciation de sa valeur professionnelle :

4. Aux termes de l'annexe I de l'arrêté du 27 avril 2011 applicable au litige : " La phase d'admission comprend : () [une] " Epreuve orale d'entretien avec le jury (durée : 10 minutes de préparation et 20 minutes d'entretien ; coefficient 7). / Cette épreuve consiste en un entretien avec le jury sur un sujet d'ordre général portant principalement sur les grandes questions d'actualité ainsi que sur les motivations du candidat. Après le tirage au sort d'un sujet, le candidat bénéficie d'une préparation de 10 minutes avant une restitution de 20 minutes. Le jury a toute latitude pour élargir la discussion. / Elle vise à mettre en valeur l'aptitude du candidat à l'état de sous-officier de gendarmerie au regard de sa personnalité, de sa motivation, de sa culture générale, de ses facultés d'expression et de raisonnement, de sa vivacité d'esprit et de son équilibre émotionnel. / L'évaluation de l'aptitude professionnelle, les inventaires de personnalité et l'entretien avec le ou les psychologues constituent une aide à la décision des groupes d'examinateurs. / Le candidat devra se présenter à cette épreuve avec un curriculum vitae. / Pour cet entretien, le jury dispose, à titre indicatif, du dossier du candidat. "

5. S'il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de contrôler l'appréciation faite par un jury de la valeur des candidats, il lui appartient en revanche de vérifier que le jury a formé cette appréciation sans méconnaître les normes qui s'imposent à lui.

6. M. C soutient en premier lieu qu'eu égard à la valeur de sa candidature, la délibération du jury contestée est entachée d'un défaut d'examen. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et en particulier des termes mêmes du courrier de recours gracieux du 25 février 2020 adressé par M. C au directeur général de la gendarmerie nationale, qu'au cours de l'épreuve orale d'entretien avec le jury du 8 janvier 2020, l'intéressé a d'abord effectué une présentation sur le sujet qu'il a tiré au sort, " Le sport, école de la vie ' ", dont il estime qu'elle était " originale et précise ", puis qu'une conversation s'en est suivie avec les membres de jury, sur différents thèmes de société et relatifs à son passé professionnel et personnel. Le requérant n'établit ni même n'allègue que cet entretien aurait eu une durée anormalement courte ni qu'il aurait été privé de la possibilité de faire valoir ses qualités au cours de celui-ci. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen approfondi de sa valeur professionnelle manque en fait et doit être écarté.

7. M. C soutient en deuxième lieu que la délibération du jury du 21 février 2020 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ce dernier s'est fondé sur des éléments étrangers à l'appréciation de la qualité de sa prestation lors de l'épreuve orale d'entretien pour lui attribuer une note éliminatoire de 4 sur 20. A l'appui de ses allégations, M. C se fonde sur le décalage existant, selon lui, entre la faiblesse de cette note et la note de 19,37 sur 20 obtenue à l'épreuve d'admissibilité de composition de culture générale, ainsi qu'à la qualité de son curriculum vitae, de son parcours scolaire et de ses expériences professionnelles, dont il résulte selon lui que le jury n'a pu fonder son appréciation que sur des critères extérieurs à sa valeur professionnelle, en particulier sur ses opinions syndicales. Il soutient à cet égard que " les questionnements du capitaine examinateur ont bel et bien tourné autour de [ses] activités syndicales qui avaient manifestement retenu son attention ". Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C avait lui-même fourni un curriculum vitae dans lequel son activité syndicale de délégué du personnel chez Marks et Spencer entre 2014 et 2017 figurait de manière détaillée et que, comme il a été dit au point 6, les sujets abordés lors de cet oral ont été variés. Dans ces conditions, le requérant n'apporte aucun élément de fait susceptible de faire présumer que le jury a fondé son appréciation sur ses opinions syndicales ni sur aucun autre critère extérieur à sa valeur professionnelle. Le moyen tiré de ce que la délibération contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit dès lors être écarté. A supposer que M. C ait entendu soulever un moyen tiré de ce que la délibération du jury est entachée d'un détournement de pouvoir, ce moyen ne peut qu'être écarté, pour les mêmes motifs.

En ce qui concerne les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 et de la rupture d'égalité :

8. Aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " La liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires. / Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, (). / Aucune mesure concernant notamment le recrutement () ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération :/ 1° Le fait qu'il a subi ou refusé de subir des agissements contraires aux principes énoncés au deuxième alinéa du présent article ; / 2° Le fait qu'il a formulé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire respecter ces principes ; / 3° Ou bien le fait qu'il a témoigné d'agissements contraires à ces principes ou qu'il les a relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ".

9. Le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il lui soumette des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. Si M. C soutient que la décision attaquée est discriminatoire et révèle une rupture d'égalité, il n'apporte, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés ci-dessus au point 7, aucun élément de fait permettant de faire présumer l'existence d'une discrimination à son égard en raison de ses opinions syndicales. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 et de la rupture d'égalité doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation de la délibération du jury du 21 février 2020 relative à la session d'octobre 2019 du premier concours d'admission dans les corps des sous-officiers de gendarmerie doivent être rejetées.

II. Sur les conclusions accessoires :

12. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens, présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère,

M. Goupillier, conseiller,

assistés de Mme Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

V. B

La présidente,

signé

Mme D

La greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2004249

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