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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2005013

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2005013

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2005013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPIEROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2020, M. B A, représenté par Me Pierot, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de suspension de ses conditions matérielles d'accueil par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et/ou de la décision de " retrait/refus " de ses conditions matérielles d'accueil prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil, à compter de la décision implicite de suspension de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de la somme de 1 200 euros.

M. A soutient que la décision contestée :

- est entachée d'incompétence ;

- n'est ni écrite ni motivée, en méconnaissance des articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- est entachée d'un vice de procédure, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'ayant procédé ni à une évaluation de sa vulnérabilité ni à un entretien personnel avec lui avant son intervention ;

- est illégale, dès lors qu'il se trouve dans une situation de particulière vulnérabilité et de grande précarité ;

- porte atteinte au droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, demandeur d'asile de nationalité afghane, doit être regardé comme demandant au Tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, née du silence gardé sur cette demande, formée par une lettre de son conseil en date du 7 mai 2020, par la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Si, comme en l'espèce, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement, au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil, ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

3. La décision contestée étant née, ainsi qu'il a été dit au point 1, du silence gardé par la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge sur la demande que lui avait adressée le conseil de M. A, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été prise par une autorité incompétente ne peut qu'être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015 : " () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée () La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis () ".

5. La décision contestée n'est pas au nombre des décisions énumérées par les dispositions précitées. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'a pas revêtu le caractère d'une décision écrite doit être écarté.

6. M. A n'établit pas ni même n'allègue avoir demandé à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge de lui communiquer les motifs de la décision attaquée, comme le permet l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision contestée ne peut, dès lors, qu'être écarté.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant.

8. Aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge de mettre M. A à même de présenter ses observations sur les manquements qui lui avaient été reprochés et ont conduit à la suspension de ses conditions matérielles d'accueil.

9. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision contestée : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale () ".

10. Lorsqu'il est saisi d'une demande rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas tenu de procéder à un nouvel entretien de vulnérabilité avec le demandeur d'asile. En défense, l'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient, sans être contredit, que, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, M. A a pu bénéficier d'un entretien au cours duquel sa situation a été évaluée et que cette " évaluation a été réitérée et prise en compte préalablement à la décision contestée ". Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas été procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité avant l'intervention de la décision contestée.

11. M. A soutient qu'il est sans domicile, qu'il ne dispose d'aucune ressource et qu'il est donc soumis à des conditions de vie rudes et insalubres. Le requérant fait également valoir qu'il est exposé un risque particulièrement élevé de contracter la covid-19. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui est né le 2 mars 1990, qui ne conteste pas avoir été déclaré en fuite en raison de son refus d'embarquer sur le vol qui devait le conduire en Italie le 5 avril 2018 dans le cadre de la procédure Dublin, et qui ne joint à sa requête aucun document médical, se trouvait, lorsqu'il a présenté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil dans une situation de particulière vulnérabilité. Le refus implicite contesté ne saurait, dès lors, être regardé comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ou comme ayant porté atteinte au droit d'asile.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

14. Eu égard à l'urgence de l'affaire, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Les dispositions législatives visées ci-dessus font, en revanche, obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

F.-X. PROSTLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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