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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2006749

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2006749

jeudi 4 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2006749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantPIEROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2020, M. A C, représenté par Me Pierot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision en date du 9 avril 2020 par laquelle le directeur territorial de Cergy de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente,

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 744-6 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile et à son corolaire le droit aux conditions matérielles d'accueil ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vulnérabilité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la réalité du manquement à l'obligation de se présenter aux autorités.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 14 décembre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Féral, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant soudanais né le 5 août 1992, a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure dite " Dublin " le 16 octobre 2017 et accepté le lendemain le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'intéressé a été transféré aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile. Revenu en France, il a déposé une demande d'asile le 9 avril 2018 qui a été enregistrée en procédure " Dublin ". Le 22 novembre 2019, à l'expiration du délai de transfert, M. C s'est présenté auprès des services préfectoraux et sa demande d'asile a été enregistrée en procédure " accélérée ". Par une décision du 9 avril 2020, dont il demande l'annulation, le directeur territorial de Cergy de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision en date du 14 décembre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par une décision du 2 janvier 2019, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 février 2019, le directeur général de l'OFII a donné délégation à M. D, directeur territorial à Cergy, à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction de Cergy telles que définies par la décision du 31 décembre 2013 modifiée portant organisation générale de l'OFII, au nombre desquelles figurent les décisions refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, le signataire de la décision contestée disposait d'une délégation régulière pour ce faire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ". Aux termes de l'article R. 744-14 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / () ".

5. Il ressort des pièces, notamment du formulaire d'offre de prise en charge de l'OFII produit en défense et signé par le requérant, que M. C a certifié avoir été évalué par un agent de l'OFII, dans une langue qu'il comprend et avec le concours d'un interprète, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, le 17 octobre 2017. Les dispositions précitées des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposaient pas à l'OFII de lui accorder un nouvel entretien lors de l'examen de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, d'autant que l'intéressé ne présente aucun élément relatif à son état de vulnérabilité. Ainsi, le moyen tiré de ce que M. C n'a bénéficié d'aucune évaluation de sa vulnérabilité par un agent de l'OFII en méconnaissance des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il en est de même du moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaitrait ces dispositions.

6. En troisième lieu, en se bornant à soutenir en des termes généraux qu'il ne dispose d'aucune ressource et se trouve dans l'impossibilité de subvenir à ses besoins, sans apporter aucune précision permettant d'apprécier sa situation, M. C n'établit pas que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation de vulnérabilité.

7. En quatrième lieu, les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

8. En l'espèce, d'une part, la circonstance que la demande d'asile de M. C a de nouveau été enregistrée en procédure dite " Dublin " le 9 avril 2018 puis requalifiée en " procédure normale " le 16 décembre 2019 n'imposait pas à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. D'autre part, le requérant, qui ne fait état de la présence d'aucun membre de sa famille sur le territoire français et qui était âgé de vingt-huit ans à la date de la décision attaquée, ne produit aucun document attestant d'une vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que l'OFII ne produit aucun élément de nature à démontrer les manquements qui lui sont imputés, il ne conteste pas qu'après avoir été transféré vers l'Allemagne, Etat responsable de sa demande d'asile, il est revenu sur le territoire français à une date qu'il ne précise pas, méconnaissant ainsi les exigences de la procédure " Dublin ". A cet égard, il ne fournit aucune précision sur les raisons pour lesquelles il est revenu sur le territoire français après l'exécution de son transfert et ne soutient pas ni n'allègue qu'il n'aurait pas été en mesure de faire valoir devant les autorités allemandes ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine. De plus, il ne justifie pas des raisons pour lesquelles il est resté sans attestation de demandeur d'asile valide entre le 10 janvier 2019 et le 21 novembre 2019. Or, en vertu des dispositions alors codifiées à l'article D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne la suspension des droits à l'allocation, sauf s'il est imputable à l'administration. Par suite, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII aurait méconnu les dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En cinquième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le directeur territorial de l'OFII pouvait, sans méconnaître le droit d'asile, refuser le rétablissement à M. C des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 9 avril 2020 par laquelle le directeur territorial de Cergy de l'OFII lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent, par conséquent, qu'être rejetées

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Pierot et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

Mme Lorin, première conseillère et M. Amazouz, premier conseiller,

assistés de Mme Chanson, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2022.

Le président,

signé

R. FéralL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

signé

C. Lorin

La greffière,

signé

A. Chanson

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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