vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2007695 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | EVODROIT-SCP INTER BARREAUX D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 août 2020, la société SERAL ELEC, représentée par Me Dutheuil-Lécouvé, avocate, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté, en date du 6 février 2020, par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé l'arrêt pour une durée de deux mois de son activité sur le chantier situé 10 rue Clos de Marcouville à Pontoise et fait apposer l'annexe 1 de l'arrêté litigieux à l'entrée du chantier, et ce durant toute la durée de fermeture, ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur son recours gracieux en date du 1er avril 2020 ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 37 500 euros en réparation de ses préjudices;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société SERAL ELEC soutient que la décision attaquée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire ;
- est entachée d'une erreur de fait, dès lors que les cinq ouvriers en situation irrégulière sur le chantier litigieux n'étaient pas employés par la société SERAL ELEC, comme l'a relevé le préfet du Val-d'Oise, mais par la société Prime ;
- l'État a commis une illégalité fautive qui est de nature à engager sa responsabilité ;
- l'illégalité fautive de l'État est la conséquence directe de ses préjudices ;
- elle est fondée à demander la réparation de son préjudice financier, à hauteur de 27 500 euros, et de son préjudice moral, à hauteur de 10 000 euros.
La société SERAL ELEC a produit des pièces, enregistrées le 10 novembre 2022.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 novembre 2020, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que :
- les moyens invoqués par la société SERAL ELEC à l'encontre de l'arrêté du 6 février 2020 ne sont pas fondés ;
- la société requérante ne peut imputer un quelconque préjudice à l'État.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prost, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Barraud, rapporteur public ;
- et les observations de Me Laplante, avocat, substituant Me Dutheuil-Lécouvé.
Considérant ce qui suit :
1. Les services de la police aux frontières du Val-d'Oise ont effectué, le 27 janvier 2020, un contrôle sur un chantier situé 10 rue du Clos de Marcouville à Pontoise, au cours duquel ils ont constaté la présence de cinq ouvriers en situation irrégulière au regard du droit au séjour et du droit du travail. À la suite de ce contrôle, le préfet du Val-d'Oise a, par un arrêté en date du 6 février 2020, prononcé l'arrêt de l'activité de la société SERAL ELEC sur ce chantier pour une durée de deux mois. La société SERAL ELEC a formé un recours gracieux en date du 1er avril 2020 qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, la société SERAL ELEC demande, d'une part, l'annulation de cet arrêté, ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur son recours gracieux et, d'autre part, l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 8221-1 du code du travail : " Sont interdits : / 1° Le travail totalement ou partiellement dissimulé, défini et exercé dans les conditions prévues aux articles L. 8221-3 et L. 8221-5 () 3° Le fait de recourir sciemment, directement ou par personne interposée, aux services de celui qui exerce un travail dissimulé. ". Aux termes de l'article L. 8272-2 du même code : " Lorsque l'autorité administrative a connaissance d'un procès-verbal relevant une infraction prévue aux 1° à 4° de l'article L. 8211-1 ou d'un rapport établi par l'un des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 8271-1-2 constatant un manquement prévu aux mêmes 1° à 4°, elle peut, si la proportion de salariés concernés le justifie, eu égard à la répétition ou à la gravité des faits constatés, ordonner par décision motivée la fermeture de l'établissement ayant servi à commettre l'infraction, à titre temporaire et pour une durée ne pouvant excéder trois mois. () Lorsque l'activité de l'entreprise est exercée sur des chantiers de bâtiment ou de travaux publics ou dans tout lieu autre que son siège ou l'un de ses établissements, la fermeture temporaire prend la forme d'un arrêt de l'activité de l'entreprise sur le site dans lequel a été commis l'infraction ou le manquement () ". Aux termes de l'article R. 8272-7 du même code : " Le préfet du département dans lequel est situé l'établissement () peut décider, au vu des informations qui lui sont transmises, de mettre en œuvre à l'égard de l'employeur verbalisé l'une ou les mesures prévues aux articles L. 8272-2 et L. 8272-4, en tenant compte de l'ensemble des éléments de la situation constatée, et notamment des autres sanctions qu'il encourt. Préalablement, il informe l'entreprise, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa réception par le destinataire, de son intention en lui précisant la ou les mesures envisagées et l'invite à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. À l'expiration de ce délai, au vu des observations éventuelles de l'entreprise, le préfet peut décider de la mise à exécution de la ou des sanctions appropriées. Il notifie sa décision à l'entreprise par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa réception par le destinataire et transmet immédiatement une copie au procureur de la République. Il en adresse copie au préfet du siège de l'entreprise si l'établissement est situé dans un département différent. ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ".
3. Il est constant que le préfet du Val-d'Oise a décidé, par l'arrêté en date du 6 février 2020 contesté, d'infliger à la société SERAL ELEC une sanction portant arrêt du chantier précité pour une durée de deux mois, sans recourir à la procédure contradictoire, en raison de l'urgence qu'il y avait, selon lui, à prendre une telle sanction.
4. Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que la circonstance que les services de la police aux frontières aient constaté, lors du contrôle effectué le 27 janvier 2020 sur le chantier précité, la présence de cinq ouvriers, sur dix présents, en situation irrégulière, lui imposait de prendre, en urgence, une décision d'interdiction de chantier à l'encontre de la société SERAL ELEC afin " de ne pas laisser une telle situation perdurer ". Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que l'infraction de travail dissimulé aurait perduré sans l'adoption, en urgence, de la décision contestée, dès lors que le contrôle du 27 janvier 2020 a été mené sur réquisition du Procureur de la République, près le Tribunal judiciaire de Pontoise, à qui il incombe de faire cesser de faire cesser les infractions. Au demeurant, il ne résulte pas davantage de l'instruction que ce seul constat suffise à lui seul à justifier la condition d'urgence, les dispositions législatives et réglementaires précitées instituant précisément une procédure contradictoire à l'occasion d'un tel constat. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise a méconnu la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées et a, ainsi, privé la société requérante d'une garantie. Par suite, la société SERAL ELEC est fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'un vice de procédure.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 6 février 2020 doit être annulé, ainsi que, par voie conséquence, le refus implicite de rejet né du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur le recours gracieux formé, le 1er avril 2020, par la société SERAL ELEC.
Sur conclusions aux fins d'indemnisation :
6. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.
7. La société SERAL ELEC fait valoir que les cinq ouvriers présents sur le chantier étaient employés par la société Prime avec laquelle elle avait signé un contrat de sous-traitance. Toutefois, si la société SERAL ELEC produit, à l'instance, ce contrat de sous-traitance, une attestation sur l'honneur de la société Prime en date du 16 décembre 2019 relative à la lutte contre le travail clandestin, la liste des personnels de la société Prime susceptibles d'intervenir sur le chantier précité datée du 16 décembre 2019, la copie de cartes d'identification professionnelle du BTP, les papiers d'identité ou les titres de séjour et déclarations préalables à l'embauche de certains des salariés de la société Prime, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des documents précités, que les cinq ouvriers en situation irrégulière, qui ont tous affirmé lors de leur audition qu'ils étaient salariés de la société SERAL ELEC, étaient effectivement des salariés de la société Prime. Enfin, il résulte également de l'instruction que la société Mendes, avec laquelle la société SERAL ELEC avait signé un contrat de sous-traitance, a également regardé les cinq ouvriers en situation irrégulière comme étant employés par la société requérante. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que le préfet du Val-d'Oise, qui s'est fondé sur le procès-verbal de police en date du 27 janvier 2020, aurait considéré que ces ouvriers étaient employés par la société SERAL ELEC en l'absence du vice de procédure mentionné au point 4 du présent jugement, et aurait pris la même décision.
8. Au demeurant, si la société SERAL ELEC se prévaut d'un préjudice financier qui découlerait de la résiliation du contrat qu'elle avait signé en qualité de sous-traitante avec la société Mendes électricité, le 2 août 2019, pour un montant de 25 700 euros hors taxe, en vue de la réalisation de travaux d'électricité au sein de vingt logements sur le chantier précité qui en comprenait 136, il résulte du courrier de la société SERAL ELEC, en date du 17 février 2020, adressé à la société Mendes électricité qu'elle informe cette société que le contrat de sous-traitance a été entièrement exécuté, dès lors que plus de vingt logements avaient été réalisés ainsi qu'en attestent les quitus donnés par les locataires. Dans ces conditions, la société SERAL ELEC n'établit pas l'existence d'un préjudice financier à la date du présent jugement ou que la faute de l'administration serait la cause directe du préjudice financier dont elle se prévaut.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la société SERAL ELEC doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté, en date du 6 février 2020, du préfet du Val-d'Oise et la décision implicite de rejet du recours gracieux de la société SERAL ELEC en date du 1er avril 2020 sont annulés.
Article 2 : L'État versera à la société SERAL ELEC la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus de la requête de la société SERAL ELEC est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société SERAL ELEC et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.
Le rapporteur,
signé
F-X. PROST
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026