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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2009664

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2009664

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2009664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHAMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2020, M. C et Mme E, représentés par Me Chamas, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 juin 2020 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a accordé le concours de la force publique autorisant leur expulsion à compter du 15 juillet 2020 du logement de fonctions qu'ils occupent sis 46 rue des Meuniers à Bagneux (92220) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire.

Par lettre du 20 juillet 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a été mis en demeure de produire des observations en réponse à la requête de M. C et Mme E, en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 6 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 septembre 2021 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- les instructions ministérielles n° D20006369 du 3 juin 2020 et n° D20008000 du 2 juillet 2020, relatives aux enjeux de l'hébergement d'urgence dans le contexte sanitaire

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure,

- et les conclusions de M. Louvel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le tribunal d'instance d'Antony a, par jugement du 17 octobre 2019, autorisé l'expulsion de M. C, Mme E et de leurs trois enfants, d'un logement de fonction sis 46 rue des Meuniers à BAGNEUX (92220). Par une décision du 10 juin 2020, dont les requérants demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a accordé le concours de la force publique autorisant leur explusion de ce logement à compter du 15 juillet 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. D B, sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet, consentie par un arrêté PCI n°2019-73 du 22 novembre 2019, du préfet des Hauts-de-Seine, publié le 3 décembre suivant au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () " En outre, aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Les décisions accordant le concours de la force publique, qui sont des mesures d'exécution d'une décision de justice, ne sont pas au nombre des décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 19 juin 2020 ne peut qu'être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, le code des procédures civiles d'exécution dispose, en son article L. 153-1 : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation " ; en son article L. 153-2 : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique. " et en son article R. 121-21 : " Le délai d'appel et l'appel lui-même n'ont pas d'effet suspensif. ". En outre, aux termes de l'article 579 du code de procédure civile : " Le recours par une voie extraordinaire et le délai ouvert pour l'exercer ne sont pas suspensifs d'exécution si la loi n'en dispose autrement. ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative est normalement tenue d'accorder le concours de la force publique en vue de l'exécution d'une décision de justice revêtue de la formule exécutoire et rendue opposable à la partie adverse. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Tout d'abord, le jugement du tribunal d'instance du 17 octobre 2019 était susceptible d'exécution, à la date de la décision attaquée, alors même que l'intéressé avait fait appel de ce jugement devant la cour d'appel de Versailles, cet appel n'étant pas suspensif.

8. Ensuite, les circonstances alléguées que d'une part, M. C n'est pas propriétaire mais locataire du logement sis 3 rue Bezout à Paris (75014), que cet appartement présente une surface de trente mètres carrés et qu'il n'est pas habitable par une famille de cinq personnes comprenant trois enfants nés en 2014, 2017 et 2018 et que d'autre part, trois mains courantes mensongères et diffamatoires ont été déposées à leur encontre en 2018, ne sont pas de nature à caractériser un trouble à l'ordre public justifiant que le préfet refuse de concourir à leur expulsion.

9. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que sont intervenues, postérieurement à l'ordonnance d'expulsion, des circonstances susceptibles de porter atteinte à la dignité humaine des requérants.

10. D'une part, s'il est vrai que le contexte épidémique lié à la crise sanitaire provoquée par la pandémie de Covid-19 a été pris en compte dans les instructions ministérielles des 3 juin et 2 juillet 2020 susvisées, ce contexte n'a nullement eu pour effet d'interdire aux préfets l'octroi de la force publique pour l'exécution des décisions de justice. La circonstance alléguée que M. C est diabétique de type 1 et qu'il est ainsi exposé à un plus fort risque que le reste de la population de contracter une forme grave de Covid-19 n'est pas une circonstance susceptible de porter atteinte à sa dignité humaine qui aurait dû faire obstacle à l'octroi de la force publique par le préfet en vue de son expulsion.

11. D'autre part, l'ordonnance d'expulsion du tribunal d'instance d'Antony ne fait aucunement mention des trois enfants de M. C. Ces derniers n'ont donc pas été visés par cette mesure. En outre, les circonstances alléguées que la plus jeune de ces enfants, scolarisée en très petite section de maternelle, connaîtra une rupture de sociabilisation, et que les deux autres enfants de la fratrie seront tenus de changer d'école, bien que postérieures, ne sont pas de nature à caractériser une atteinte à la dignité humaine de ces enfants, justifiant que le préfet refuse d'octroyer le concours de la force publique pour l'expulsion des requérants.

12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 11, que M. C et Mme E ne peuvent être regardés comme justifiant de considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou susceptibles d'attenter à la dignité de la personne humaine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C et Mme E ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 10 juin 2020 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a accordé le concours de la force publique autorisant leur expulsion à compter du 15 juillet 2020 du logement de fonction qu'ils occupent, sis 46 rue des Meuniers à Bagneux (92220).

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme à ce titre, les conclusions de M. C en ce sens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et Mme E est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A C, Mme F E et au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.

Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin Le président,

signé

P. Thierry

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 20096642

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