mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2009715 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | LATOURNERIE WOLFROM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 septembre 2020 et un mémoire enregistré le 9 juin 2023, M. B C, Mme D A et la société civile immobilière (SCI) Girco, représentés par Me Nicolas Uzan, demandent au tribunal :
1°) de condamner la Société du Grand Paris à leur verser une indemnité de 305 437, 76 euros en réparation des préjudices résultant des travaux de comblements réalisés dans les tréfonds de la parcelle cadastrée E 65 leur appartenant à Châtillon ;
2°) de condamner la Société du Grand Paris à leur verser une indemnité, à titre principal, de 476 530 euros, et à titre subsidiaire de 112 216, 60 euros, en réparation des préjudices résultant des travaux de comblements réalisés dans les tréfonds de la parcelle cadastrée E 66 leur appartenant à Châtillon ;
3°) de mettre à la charge de la Société du Grand Paris une somme de 6 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la Société du Grand Paris a réalisé des travaux de comblement sans autorisation dans les tréfonds des parcelles cadastrées E 65 et E 66 leur appartenant à Châtillon ;
- leur préjudice de jouissance et moral s'élève à 305 437, 76 euros pour la parcelle E 65 et à 476 530 euros ou, à titre subsidiaire, à 112 216,60 euros pour la parcelle E 66.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2023, la Société du Grand Paris, représentée par Me Jean Latournerie, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°2010-597 du 3 juin 2010 relative au Grand Paris ;
- la loi n°2023-1269 du 27 décembre 2023 relative aux services express régionaux métropolitains ;
- le décret n° 2014-1607 du 24 décembre 2014 déclarant d'utilité publique et urgents les travaux nécessaires à la réalisation du tronçon de métro automatique reliant les gares de Pont-de-Sèvres et Noisy-Champs du réseau de transport public du Grand Paris (dite " ligne rouge - 15 Sud "), dans les départements des Hauts-de-Seine, de Seine-et-Marne, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne et emportant mise en compatibilité des documents d'urbanisme des communes d'Alfortville, Bagneux, Boulogne-Billancourt, Cachan, Champigny-sur-Marne, Champs-sur-Marne, Châtillon, Clamart, Créteil, Issy-les-Moulineaux, Maisons-Alfort, Malakoff, Noisy-le-Grand, Saint-Maur-des-Fossés, Sèvres et Vanves ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Stéphane Eustache, premier conseiller,
- les conclusions de M. Arnaud Boriès, rapporteur public,
- les observations de Me Uzan pour M. C F,
- et les observations de Me Worms, substituant Me Latournerie, représentant la Société des grands projets.
Considérant ce qui suit :
1. M. C et Mme A d'une part, la société civile immobilière (SCI) Girco d'autre part, sont respectivement propriétaires des parcelles cadastrées E65 et E66 à Châtillon. Par un courrier du 17 juillet 2020, ils ont demandé à la Société du Grand Paris le versement d'une indemnité de 305 437,76 euros et d'une indemnité de 476 530 euros en réparation des préjudices résultant des travaux de comblement réalisés dans les tréfonds de ces deux parcelles. Leur demande préalable ayant été rejetée, ils demandent au tribunal de condamner la Société du Grand Paris, devenue la Société des grands projets en application de l'article 7 de la loi du 3 juin 2010 modifiée par la loi du 27 décembre 2023 visée ci-dessus, à leur verser ces mêmes sommes.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. D'une part, même lorsqu'ils sont réalisés par des personnes privées, les travaux immobiliers exécutés dans un but d'intérêt général et pour le compte d'une personne publique ont le caractère de travaux publics. S'il appartient à la juridiction administrative de statuer sur les actions en responsabilité dirigées par la victime, qu'elle ait la qualité de participant, d'usager ou de tiers, à l'encontre du maître de l'ouvrage ou des participants à l'exécution des travaux publics, il en va différemment lorsque le fondement de l'action engagée par la victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'exécution de travaux publics réside dans un contrat de droit privé.
3. D'autre part, dans le cas d'une décision administrative portant atteinte à la propriété privée, le juge administratif, compétent pour statuer sur le recours en annulation d'une telle décision et, le cas échéant, pour adresser des injonctions à l'administration, l'est également pour connaître de conclusions tendant à la réparation des conséquences dommageables de cette décision administrative, hormis le cas où elle aurait pour effet l'extinction du droit de propriété.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les travaux litigieux ont été exécutés pour le compte de la Société du Grand Paris, qui est un établissement public de l'État à caractère industriel et commercial en vertu de l'article 7 de la loi du 3 juin 2010 visée ci-dessus.
5. Comme en dispose cet article, cet établissement " a pour mission principale de concevoir et d'élaborer le schéma d'ensemble et les projets d'infrastructures composant le réseau de transport public du Grand Paris et d'en assurer la réalisation, qui comprend la construction des lignes, ouvrages et installations fixes () " et peut " acquérir, au besoin par voie d'expropriation ou de préemption, les biens de toute nature, immobiliers et mobiliers, nécessaires à la création et à l'exploitation des infrastructures du réseau de transport public du Grand Paris ".
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les travaux de construction de la " ligne rouge - 15 Sud " du réseau de transport public du Grand Paris, déclarés d'utilité publique et urgents par le décret du 24 décembre 2014 visé ci-dessus, ont notamment consisté à creuser un tunnel à plus de 29 mètres de profondeur dans une partie des tréfonds de la parcelle cadastrée E65 à Châtillon. Cette partie des tréfonds a d'ailleurs été acquise par la Société du Grand Paris après expropriation, pour une somme totale de 35 215, 42 euros.
7. Or il résulte de l'instruction, et notamment de l'arrêté du 14 août 2018 du préfet des Hauts-de-Seine portant autorisation d'occupation temporaire, par la Société du Grand Paris, d'emprises en tréfonds situées dans des propriétés privées sur le territoire de la commune de Châtillon, que le creusement du tunnel mentionné au point précédent a nécessité au préalable de combler des carrières situées dans les tréfonds des parcelles cadastrées E65 et E66 à Châtillon. Ces travaux de comblement ont ainsi été poursuivis dans un but d'intérêt général.
8. En troisième lieu, s'il est constant que ces travaux de comblement ont été réalisés sans l'autorisation préalable des propriétaires des tréfonds ayant été comblés, il résulte de l'instruction, et notamment des énonciations de l'ordonnance du 9 juillet 2020 du juge des référés du tribunal judiciaire de Nanterre, que ces travaux n'ont pas eu pour effet de déposséder définitivement ces personnes de leur droit de propriété. A cet égard, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la Société du Grand Paris aurait commis un " détournement du droit de l'expropriation " et que les travaux litigieux seraient constitutifs d'une emprise irrégulière.
9. Il résulte de ce qui précède que les travaux litigieux revêtent le caractère de travaux publics. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le fondement de l'action indemnitaire engagée par les requérants réside dans un contrat de droit privé, les conclusions tendant à l'indemnisation des dommages causés par l'exécution de ces travaux publics relèvent de la compétence de la juridiction administrative.
Sur la responsabilité :
10. Si les tréfonds en cause présentaient, avant la réalisation des travaux litigieux, un risque d' " aléa fort " en raison de carrières " non consolidées " et " non remblayées " identifiées en leur sein par le plan de prévention de l'inspection générale des carrières, il ne résulte pas de l'instruction que ces carrières nécessitaient d'être comblées, en l'absence du projet de tunnel mentionné ci-dessus, pour assurer la stabilité du sous-sol et des constructions en surface. Il résulte de l'instruction que leur comblement a été entrepris pour les seuls besoins du creusement de ce tunnel, dont ils doivent être regardés comme un accessoire préalable et indispensable.
11. Dans ces conditions, les requérants, qui ne recherchent pas la responsabilité de la Société du Grand Paris en qualité d'usagers de la ligne 15 du réseau de transport public du Grand Paris, doivent être regardés comme des tiers par rapport aux travaux de comblement en cause. En cette qualité et au vu de la teneur de leurs écritures, ils doivent être regardés comme recherchant la responsabilité sans faute de la Société du Grand Paris. Il leur appartient dès lors de démontrer, outre l'existence d'un lien de causalité entre les travaux de comblement litigieux et les préjudices qu'ils invoquent, le caractère grave et spécial de ces derniers.
Sur les préjudices :
12. En premier lieu, si les requérants soutiennent que le comblement des carrières situées dans les tréfonds de leurs parcelles interdit la construction d'" immeubles avec parkings et caves ", ils ne produisent toutefois aucun élément précis et circonstancié à l'appui de leurs allégations, alors que, d'une part, leurs terrains présentaient, avant la réalisation des travaux litigieux, un " aléa fort " susceptible de limiter leur constructibilité en profondeur et que, d'autre part, le tunnel mentionné ci-dessus a été creusé à plus de 29 mètres de profondeur.
13. En second lieu, si les personnels de la Société du Grand Paris ont été autorisés, par l'arrêté du 14 août 2018 du préfet des Hauts-de-Seine mentionné ci-dessus, à occuper " temporairement " les tréfonds des propriétés de M. et Mme C et E " afin d'accéder aux carrières souterraines " devant être comblées et d'y injecter des " coulis de comblement " aux moyens de tuyaux selon la méthode dite " à pied d'œuvre ", il est constant que le comblement définitif des tréfonds en cause a été exécuté sans l'autorisation des requérants.
14. Pour autant, il résulte de l'instruction, et notamment du constat d'huissier réalisé le 28 mai 2019, que les travaux litigieux ont été réalisés depuis la voie publique et qu'ils ont permis de réduire les risques naturels que présentaient les terrains appartenant aux requérants, sans porter atteinte, ainsi qu'il a été dit, à leur constructibilité. En outre, si les requérants soutiennent ne pas avoir été informés de la nature des travaux de comblement et s'être opposés à leur réalisation, ils ne font pas état, à l'appui de leur demande indemnitaire, de circonstances particulières relatives aux conditions d'exécution de ces travaux et n'établissent pas avoir subi un préjudice moral d'une gravité suffisante pour leur ouvrir droit à indemnisation dans les conditions rappelées au point 11.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la Société du Grand Paris, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la Société du Grand Paris, devenue la Société des grands projets, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C F est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la Société du Grand Paris sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, Mme D A, à la société civile immobilière Girco et à la Société des grands projets.
Copie en sera transmise pour information au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience publique du 29 mai 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Thomas Bertoncini, président de chambre,
- Mme Zohra Saïh, première conseillère.
- M. Stéphane Eustache, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
S. Eustache
Le président de la 8ème chambre,
signé
T. Bertoncini
La greffière,
signé
N. Magen
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,
N. Magen
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026