vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2011329 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | COLMANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2020, M. A B, représenté par Me Colmant, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2020 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, s'est opposé à sa déclaration de reprise de fonctions en qualité de notaire salarié au sein de la société civile professionnelle (SCP) " Jacqueline Piedelièvre, Isabelle Poirier et Sylvie Dupont, notaires associés " à Sceaux (92) ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations dans le cadre d'une procédure contradictoire préalable ;
- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits, dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne peuvent être regardés comme des manquements à l'honneur et à la probité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une intervention, enregistrée le 20 novembre 2020, la SCP " Jacqueline Piedelièvre, Isabelle Poirier et Sylvie Dupont, notaires associés ", représentée par Me Baratelli, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de M. B et qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 73-609 du 5 juillet 1973 modifié, relatif à la formation professionnelle dans le notariat et aux conditions d'accès aux fonctions de notaire ;
- le décret n° 93-82 du 15 janvier 1993 modifié, portant application de l'article 1er ter de l'ordonnance n° 45-2590 du 2 novembre 1945 et relatif aux notaires salariés ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Buisson,
- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B exerçait les fonctions de notaire salarié au sein de l'office de la SELARL à associé unique " Flore de Saint-Maurice, notaire " à Antony (92), où il avait été nommé par un arrêté du 10 avril 2019. Il a déposé, le 1er février 2019, un dossier par horodatage pour être nommé notaire sur un office à créer dans la zone d'installation libre de Saclay (91). Après tirage au sort le 28 mai 2019, le rang de M. B lui permettait d'espérer être nommé dans un office créé dans la zone de Saclay. M. B, souhaitant anticiper son installation dans un office de cette zone, a quitté ses fonctions de notaire au sein de l'office " Flore de Saint Maurice, notaire " après rupture conventionnelle le 29 novembre 2019. Par une décision du 30 juillet 2020, le garde des sceaux, ministre de la justice a rejeté la demande de nomination de M. B en qualité de notaire dans un office à créer dans la zone de Saclay, au motif que l'intéressé, après avoir quitté ses fonctions en novembre 2019, a exercé illégalement la profession de notaire et qu'il a ainsi fait preuve d'un comportement contraire à l'honneur et à la probité. Par une décision du 27 octobre 2020, le garde des sceaux a fait opposition à la déclaration de M. B de reprise de fonctions en qualité de notaire salarié au sein de l'office de la SCI " Jacqueline Piedelièvre, Isabelle Poirier et Sylvie Dupont, notaires associés " à Sceaux (92), en se fondant sur les mêmes motifs. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision du 27 octobre 2020.
Sur l'intervention de la SCP " Jacqueline Piedelièvre, Isabelle Poirier et Sylvie Dupont " :
2. La SCP " Jacqueline Piedelièvre, Isabelle Poirier et Sylvie Dupont ", qui souhaite recruter M. B comme notaire salarié au sein de son étude, justifie d'un intérêt suffisant à l'annulation de la décision litigieuse. Par suite, son intervention est admise.
Sur le cadre juridique du litige :
3. D'une part, aux termes de l'article 1 du décret n° 93-82 du 15 janvier 1993 modifié, portant application de l'article 1er ter de l'ordonnance n° 45-2590 du 2 novembre 1945 et relatif aux notaires salariés : " Les notaires salariés sont soumis aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'exercice des fonctions de notaire par des personnes physiques, à la déontologie et à la discipline notariale ainsi qu'aux dispositions du présent décret. " En vertu de l'article 9 de ce décret, le notaire salarié est nommé par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, pour exercer dans un office.
4. D'autre part, aux termes de l'article 17 du même décret, dans sa rédaction alors applicable : " L'exercice de ses fonctions d'officier public par le notaire salarié, ainsi que celui de ses mandats professionnels, sont suspendus à compter du jour de la rupture du contrat de travail quelle qu'en soit la cause. / De ce jour, il ne peut plus se prévaloir de la qualité d'officier public ou du titre de notaire. / Pendant une période d'un an, l'intéressé peut reprendre, sans attendre qu'intervienne l'arrêté prévu au troisième alinéa et sans nouvelle nomination, des fonctions de notaire salarié en déposant une simple déclaration, par téléprocédure sur le site internet du ministère de la justice, accompagnée d'une copie de son contrat de travail, dans les dix jours suivants sa signature, auprès du garde des sceaux, ministre de la justice. / L'intéressé adresse une copie de cette déclaration, à la chambre des notaires dans le ressort de laquelle se situe l'office au sein duquel il souhaite exercer. / Le garde des sceaux, ministre de la justice, peut, dans le délai d'un mois, faire opposition, par décision motivée, à l'effet de cette déclaration. En l'absence d'opposition, le garde des sceaux, ministre de la justice, constate par arrêté que le notaire salarié a repris l'exercice de ses fonctions. () ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ". Il résulte de ces dispositions que le garde des sceaux ne peut se fonder, pour écarter un notaire de l'exercice de sa profession, sur des motifs liés à la personne de l'intéressé sans l'avoir mis en mesure de présenter ses observations sur les griefs retenus contre lui.
6. Un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
7. Il ressort des pièces du dossier que, par une lettre du 24 juin 2020, le garde des sceaux, ministre de la justice a informé M. B qu'il envisageait de refuser de faire droit à sa demande de nomination dans un office à créer dans la zone de Saclay (Essonne), au motif que l'intéressé ne remplissait pas les critères d'honorabilité exigés par l'article 3 du décret n° 73-609 du 5 juillet 1973 et l'a invité à présenter ses observations dans le délai d'un mois. La décision refusant à M. B sa nomination dans un office à créer à Saclay a été prise le 30 juillet 2020, après la réception d'observations de l'intéressé, le 23 juillet 2020. Toutefois, il est constant qu'avant de prendre la décision du 27 octobre 2020 d'opposition à sa déclaration de reprise de fonctions, M. B n'a pas été mis à même de présenter ses observations sur cette deuxième décision. En outre, le garde des sceaux, qui disposait d'un délai d'un mois pour s'opposer à la déclaration de reprise de fonctions de l'intéressé, n'est pas fondé à se prévaloir, dans les circonstances de l'espèce, de l'existence d'une situation d'urgence pour estimer qu'il pouvait s'affranchir des exigences de la procédure contradictoire. Enfin, la circonstance que l'intéressé a été mis à même de présenter des observations préalablement à la décision du 30 juillet 2020 et que les deux décisions ont été prises pour les mêmes motifs est sans incidence sur la procédure administrative ayant conduit à l'édiction de la décision du 27 octobre 2020. Par suite, M. B a été effectivement privé de la garantie, résultant de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, de pouvoir présenter des observations écrites avant l'intervention de la décision. Par suite, la décision du 27 octobre 2020 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice s'est opposé à la déclaration de reprise de fonctions de M. B est intervenue selon une procédure irrégulière.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de cette décision.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'intervention de la SCP " Jacqueline Piedelièvre, Isabelle Poirier et Sylvie Dupont " est admise.
Article 2 : La décision du garde des sceaux, ministre de la justice du 27 octobre 2020 est annulée.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au garde des sceaux, ministre de la justice et à la SCP " Jacqueline Piedelièvre, Isabelle Poirier et Sylvie Dupont ".
Délibéré après l'audience du 7 juin 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Buisson, président ;
- M. Ausseil, conseiller ;
- Mme L'Hermine, conseillère ;
assistés de Mme Pradeau, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.
Le président-rapporteur,
signé
L. Buisson
L'assesseur le plus ancien,
signé
M. AusseilLa greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au Garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026