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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2012768

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2012768

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2012768
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOTON

Texte intégral

Vu, I, la procédure suivante enregistrée sous le numéro 2012768 :

Par une requête enregistrée le 11 décembre 2020, M. A B, représenté par Me Soton, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquels il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- il n'a exercé aucune activité occulte en France, dès lors que son activité de technicien informatique était exercée au Maroc pour une société de droit anglais, Etik consulting, via sa société de droit marocain, Sha consulting ;

- les bases de liquidation sont exagérées, dès lors que le service aurait dû tenir compte de la réalité économique et retenir un taux de charge de 34 % ;

- la majoration de 80 % arrêtée sur le fondement de l'article 1728 du code général des impôts, est non fondée, dès lors qu'il n'y a eu aucune activité occulte ;

- la majoration de 40 % pour manquement délibéré est également non fondée, en l'absence de manquement délibéré.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 mai 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu, II, la procédure suivante enregistrée sous le numéro 2012770 :

Par une requête enregistrée le 11 décembre 2020, M. B, représenté par Me Soton, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 et de la majoration de 80 % pour activité occulte, infligée sur le fondement du c. de l'article 1728 du CGI, pour la période du 1er janvier 2016 au 30 juin 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B reprend les mêmes moyens que ceux invoqués dans la requête enregistrée sous le numéro 2012768 et ajoute que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée contestés méconnaissent les dispositions de l'article 259 du code général des impôts, dès lors que son activité de technicien informatique était exercée à l'étranger au profit d'une société de droit anglais.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 mai 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prost, premier conseiller ;

- et les conclusions de M. Barraud, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2012768 et 2012770 concernent un même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin de statuer par un seul jugement.

2. M. B a fait l'objet d'un examen contradictoire de situation fiscale personnelle au titre des revenus perçus en 2016 et 2017 à l'occasion de laquelle l'administration a identifié une activité occulte de technicien informatique et lui a notifié, par une proposition de rectification en date du 12 décembre 2019, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2016 et 2017 et des pénalités correspondantes. L'administration a également procédé à une vérification de comptabilité de cette activité au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, étendue à l'exercice 2018 en matière de taxe sur la valeur ajoutée, et lui a notifié, par une proposition de rectification en date du 10 décembre 2019, selon la procédure d'évaluation d'office, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de cette période, ainsi que des majorations et intérêts de retard. Par deux réclamations préalables datées du 20 juillet 2020, M. B a contesté l'ensemble de ces impositions supplémentaires. L'administration a, par deux décisions datées du 12 octobre 2020, rejeté ces réclamations.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

3. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / 1° à l'impôt sur le revenu, les contribuables qui n'ont pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de leurs revenus () ". Aux termes de l'article L. 73 du même livre : " Peuvent être évalués d'office : () 2° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus non commerciaux ou des revenus assimilés lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 97 du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal () ". Aux termes de l'article L. 193 du livre précité : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". Enfin, aux termes de l'article R. 193-1 de ce livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ".

4. Il est constant que M. B n'a déclaré aucune activité et n'a présenté aucune comptabilité au titre de son activité de technicien informatique. Si M. B soutient que cette activité était exercée au Maroc et facturée via sa société de droit marocain, Sha consulting, à la société de droit anglais, Etik consulting, l'administration a constaté, sans être contredite par le requérant, que la société Sha Consulting n'a été déclarée ni au Maroc, ni en France, n'avait aucune adresse postale au Maroc et n'avait aucune existence légale. M. B, qui ne conteste pas l'existence d'une activité de technicien informatique, ne fournit aucun élément à même de justifier qu'il exerçait cette activité au Maroc. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a évalué d'office les bénéfices non commerciaux que M. B a tirés de son activité occulte de technicien informatique. Par suite, il appartient au requérant d'établir le caractère exagéré des impositions mises à sa charge.

En ce qui concerne le bien-fondé des rectifications :

5. Aux termes de l'article 92 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices () de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus () ". Aux termes de l'article 93 du même code : " 1. Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession () ".

6. Ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, M. B ne conteste pas avoir exercé une activité de technicien informatique, n'avoir pas déclaré cette activité en France, ni même fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce. Enfin, il n'établit pas que cette activité aurait été exercée au Maroc, ainsi qu'il le soutient. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le service a estimé que le requérant avait exercé une activité occulte de technicien informatique.

7. Pour établir le montant des sommes réintégrées dans les revenus de M. B, le service s'est fondé sur le montant total des factures émises auprès de la société Etik consulting et les sommes versées par cette société et encaissées sur les comptes bancaires, français et marocain, du requérant. Si M. B, qui a indiqué au cours du contrôle qu'il n'avait aucune charge, soutient à l'instance que l'administration aurait dû, par souci de réalisme économique, retenir un taux de charges de 34 % habituellement retenu dans ce type d'activité, il ne produit aucun élément à même de justifier l'existence de charges effectives, ni même le taux de charges dont il demande l'application. Dans ces conditions, le requérant, à qui incombe la charge de la preuve, n'établit pas que les rectifications en litige auraient un caractère exagéré. Par suite, l'administration était fondée à réintégrer ces sommes dans ses revenus.

8. Aux termes de l'article 259 du code général des impôts : " Le lieu des prestations de services est situé en France : / 1° Lorsque le preneur est un assujetti agissant en tant que tel et qu'il a en France : / a) Le siège de son activité économique, sauf lorsqu'il dispose d'un établissement stable non situé en France auquel les services sont fournis ; / b) Ou un établissement stable auquel les services sont fournis ; / c) Ou, à défaut du a ou du b, son domicile ou sa résidence habituelle () ".

9. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration a regardé l'activité de technicien informatique comme ayant été exercée en France. L'administration fait valoir, sans être contredite sur ce point, que la société Etik consulting disposait d'un établissement stable en France et a régularisé sa situation fiscale en France. Par suite, en se bornant à soutenir que le service a méconnu les dispositions précitées, dès lors que son activité était exercée depuis l'étranger au profit d'une société de droit anglais, M. B ne conteste pas utilement les rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui ont été mis à sa charge.

En ce qui concerne les pénalités :

10. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte () ".

11. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le service doit être regardé comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'exercice par M. B d'une activité occulte en France au titre des années en litige. Par suite, c'est à bon droit qu'il a assorti de la majoration de 80 % les suppléments d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2016 et les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2016 au 30 juin 2017, en application des dispositions précitées de l'article 1728 du code général des impôts.

12. Aux termes de aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

13. Pour justifier l'application des majorations pour manquement délibéré au titre de l'année 2017, le service s'est fondé notamment sur la circonstance que M. B avait facturé à la société Etik consulting des prestations de technicien informatique, via une société écran, la société Sha consulting, n'ayant aucune existence juridique et légale, dans le but de dissimuler à l'administration fiscale les recettes résultant de cette activité et d'éluder l'impôt. L'administration précise que le requérant n'avait déclaré au titre de l'année 2017 que 8 800 euros de revenu alors qu'il a finalement déclaré au cours du contrôle, pour le seul premier semestre de cette même année, un résultat de 38 686 euros. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de l'intention délibérée d'éluder l'impôt de M. B et du bien-fondé de la pénalité appliquée sur le fondement des dispositions du a. de l'article 1729 du code général des impôts.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des requêtes présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés aux litiges :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie perdante, les sommes que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental par intérim des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

F.-X. PROST

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 et 2012770

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