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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2013294

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2013294

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2013294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantEVODROIT-SCP INTER BARREAUX D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 décembre 2020 et 29 novembre 2022, M. A D et Mme C D, représentés par Me Blin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Villiers-le-Bel a délivré à la société Mega Invest un permis de construire n° PC 95680 20 00001 portant sur l'immeuble situé au 178 avenue Pierre Sémard à Villiers-le-Bel en vue de la rénovation du commerce du rez-de-chaussée de cet immeuble et de sa surélévation pour la création de trente-cinq logements, ensemble la décision du 21 octobre 2020 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Villiers-le-Bel la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir ;

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- le dossier de demande de permis de construire n'était pas complet en méconnaissance des articles R. 431-30 et R. 431-33-1 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UE 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Villiers-le-Bel ;

- il méconnaît les articles UE 5.6 et UE 5.7 du plan local d'urbanisme de la commune de Villiers-le-Bel ;

- il méconnaît les articles UE 7.2 et UE 7.3 du plan local d'urbanisme de la commune de Villiers-le-Bel ;

- il méconnaît l'article UE 15 du plan local d'urbanisme de la commune de Villiers-le-Bel.

Par un mémoire, enregistré le 25 août 2022, la commune de Villiers-le-Bel, représentée par Me Auchet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants n'ont pas intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 1er décembre 2022, la société Mega Invest, représentée par Me Laplante, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer en application des dispositions de l'articles L. 600-5-1 du code de l'urbanisme dans l'attente de la régularisation du permis de construire litigieux et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un courrier du 13 octobre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de ce que l'instruction était susceptible d'être close à compter du 1er décembre 2022.

Par une ordonnance du 17 janvier 2023, l'instruction a été close avec effet immédiat.

Un mémoire présenté pour la commune de Villiers-le-Bel a été enregistré le 15 février 2023, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté inter-préfectoral du 3 avril 2017 approuvant le plan d'exposition au bruit révisé de l'aéroport Paris-Charles de Gaulle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme L'Hermine, conseillère ;

- les conclusions de M. Charpentier, rapporteur public ;

- les observations de Me Blin , avocate de M. et Mme D ;

- les observations de Me Auchet, avocat de la commune de Villiers-le-Bel ;

- et les observations de Me Laplante, avocat de la société Mega Invest.

Une note en délibéré présentée pour la société Mega Invest a été enregistrée le 29 mars 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Le 28 juillet 2020, la société Mega Invest s'est vu délivrer un permis de construire portant sur l'immeuble situé au 178 avenue Pierre Sémard à Villiers-le-Bel en vue de la rénovation du commerce du rez-de-chaussée de cet immeuble et de sa surélévation pour la création

de trente-cinq logements. M. et Mme D ont exercé un recours gracieux le 28 août 2020 à l'encontre de ce permis qui a été rejeté par une décision du maire de la commune de Villiers-le-Bel du 21 octobre 2020. Par leur requête, ils demandant l'annulation de l'arrêté du 28 juillet 2020 et de la décision rejetant leur recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir :

2. L'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme prévoit que : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant, qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

3. Les circonstances, invoquées par les requérants, que leurs habitations respectives soient situées à environ huit mètres du projet et que celui-ci puisse être visible depuis ces habitations ne suffisent pas, par elles-mêmes, à faire regarder sa construction comme étant de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance des biens des requérants. Toutefois, ceux-ci font également valoir qu'ils seront nécessairement exposés, du fait du projet qu'ils contestent, à une dégradation de leur cadre de vie en raison de la création de vues sur leur propriété par la construction de près de trente fenêtres et d'une dizaine de balcons et de la perte d'ensoleillement de leur habitation occasionnée par le projet eu égard au volume important de celui-ci. En défense, la commune de Villiers-le-Bel se borne à affirmer qu'en l'espèce, le projet est de nature à améliorer la qualité des lieux avoisinants, que la création de vues n'est pas établie et que le bâtiment situé en face de l'habitation des requérants comprend des terrasses créant déjà des vues directes sur leur habitation. Il ressort des pièces du dossier que l'habitation des requérants est située en face de la construction existante pour laquelle le projet en litige prévoit une surélévation de 8,45 mètres à 17 mètres de hauteur, en vue de la création de trente-cinq logements comprenant pour certains des loggias et des balcons. Dans ces conditions, la construction autorisée doit, en l'état de l'instruction, être regardée comme de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance des maisons d'habitation des requérants. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Villiers-le-Bel doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UE 2 du plan local d'urbanisme de la commune de Villiers-le-Bel :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme : " Dans les zones définies par le plan d'exposition au bruit, l'extension de l'urbanisation et la création ou l'extension d'équipements publics sont interdites lorsqu'elles conduisent à exposer immédiatement ou à terme de nouvelles populations aux nuisances de bruit. / À cet effet : / () 5° Dans les zones C, les plans d'exposition au bruit peuvent délimiter des secteurs où, pour permettre le renouvellement urbain des quartiers ou villages existants, des opérations de réhabilitation et de réaménagement urbain peuvent être autorisées, à condition qu'elles n'entraînent pas d'augmentation de la population soumise aux nuisances sonores. Une telle augmentation est toutefois possible dans le cadre des opérations prévues par le I de l'article 166 de la

loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, dans les conditions fixées aux I et II dudit article () ". Le I de l'article de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 dispose que : " I. - Les contrats de développement territorial, prévus par la loi n° 2010-597 du 3 juin 2010 relative au Grand Paris, peuvent, pour répondre aux enjeux spécifiques de renouvellement urbain qu'ils identifient et dans un but de mixité sociale et d'amélioration de la qualité de vie des populations, prévoir des opérations de réhabilitation ou de réaménagement urbain en zone C des plans d'exposition au bruit. Par dérogation à la condition posée par le 5° de l'article L. 112-10 du code de l'urbanisme, ces opérations peuvent entraîner une augmentation de la population soumise aux nuisances sonores, sans toutefois qu'il puisse s'agir d'une augmentation significative () ".

5. D'autre part, l'article UE 2 du plan local d'urbanisme de la commune de Villiers-le-Bel prévoit que sont autorisées dans la zone C du plan d'exposition au bruit : " Les opérations de constructions à usage d'habitation, sous réserve qu'elles fassent l'objet d'une ou plusieurs opérations d'ensemble () : / dans le cadre d'une opération de renouvellement urbain en application de l'alinéa 5 de l'article L. 112-10 du code de l'urbanisme ; / ou située en secteur UE.cdt en respectant a minima une norme d'isolation acoustique renforcée à hauteur de 40 dB ; () ". Le lexique du plan local d'urbanisme définit l'opération d'ensemble comme : " une opération d'aménagement ou de construction avec un programme ou un plan d'ensemble, un seul PC ou un seul permis d'aménager portant sur l'ensemble des emprises foncières comprises dans le périmètre défini sur le plan de l'OAP ".

6. Il est constant que le terrain d'assiette du projet de construction autorisé par la décision contestée se situe dans la zone C du plan d'exposition au bruit de l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle, telle que délimitée par l'arrêté inter-préfectoral du 3 avril 2017 approuvant le plan d'exposition au bruit révisé de l'aéroport Paris-Charles de Gaulle. En outre, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement des orientations d'aménagement et de programmation et du règlement graphique du plan local d'urbanisme de la commune de Villiers-le-Bel, en ligne sur le site Géoportail, accessible tant au juge qu'aux parties, que la parcelle AN 077, terrain d'assiette du projet, ne se situe pas dans le périmètre d'une opération d'ensemble identifiée par les orientations d'aménagement et de programmation. Ainsi, la création de trente-cinq logements, dont la construction est envisagée par le projet en litige, ne s'inscrit dans aucune opération d'ensemble au sens de l'article UE 2 du plan local d'urbanisme de la commune de Villiers-le-Bel et ne pouvait dès lors être autorisée. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté contesté en tant qu'il autorise la construction de locaux à usage d'habitation méconnait les dispositions de l'article UE 2 du plan local d'urbanisme de la commune de Villiers-le-Bel.

7. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'apparaît en l'état de l'instruction susceptible de fonder l'annulation des décisions attaquées.

Sur l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de justice administrative :

8. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux.

Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".

Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

9. Pour l'application de ces dispositions, un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

10. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige autorise la construction

de trente-cinq logements alors que les constructions à usage d'habitation ne sont pas autorisées sur le terrain d'assiette du projet. Dans ces conditions, le vice relevé au point 6 nécessite de revoir la nature même du projet. Ce motif d'annulation n'est donc pas susceptible de faire l'objet d'une mesure de régularisation en application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

11. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du maire de Villiers-le-Bel en date du 28 juillet 2020 doit être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, la décision par laquelle il a rejeté le recours gracieux des requérants.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme D, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent la commune de Villiers-le-Bel et la société Mega Invest au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Villiers-le-Bel la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. et Mme D et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Villiers-le-Bel en date du 28 juillet 2020, ensemble la décision de rejet du recours gracieux de M. et Mme D, sont annulés.

Article 2 : La commune de Villiers-le-Bel versera à M. et Mme D la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Villiers-le-Bel présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Les conclusions de la société Mega Invest présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à Mme C D, à la commune de Villiers-le-Bel et à la société Mega Invest.

Copie en sera adressée au procureur de la République, près le tribunal judiciaire de Pontoise.

Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dussuet, président ;

Mme Garona, première conseillère ;

Mme L'Hermine, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

La rapporteure,

signé

M. L'Hermine

Le président,

signé

J-P. Dussuet

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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