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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2100109

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2100109

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2100109
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCOMMERCON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 janvier 2021 et 6 octobre 2023, la société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services, représentée par Me Commercon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 décembre 2020 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 13 505,35 euros en réparation des préjudices subis à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupant d'un studio sis 145 Boulevard National, 92500 Rueil-Malmaison ;

3°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 28 octobre 2020, date de réception par l'administration, de sa demande indemnitaire préalable ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 100 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupant du studio sis 145 Boulevard National, 92500 Rueil-Malmaison ;

- les préjudices subi s'élèvent à 3 570,07 euros correspondant aux indemnités d'occupation non perçues durant la période de responsabilité allant du 11 juillet 2020 au 4 janvier 2021 et à 1 500 euros correspondant aux troubles de jouissance de ce studio.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut d'une part, à la limitation de l'indemnisation demandée par la société requérante à hauteur de 1 826, 73 euros, d'autre part, à la subrogation de l'Etat dans les droits de la société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services, enfin, au rejet du surplus de la requête.

Il fait valoir que :

- le concours de la force publique a été octroyé le 22 février 2022 et qu'un protocole transactionnel a été signé entre les parties le 5 octobre 2020 pour le paiement des indemnités d'occupation dues pendant la période de responsabilité de l'Etat s'étendant du 11 juillet 2020 au 5 octobre 2020, ainsi qu'en atteste l'arrêté n°165 du 21 mai 2021 lui allouant la somme de 1 720,16 euros ;

- le préjudice moral dont l'indemnisation est demandée par la société requérante n'est pas consécutif au refus d'octroi du concours de la force publique et ne peut ainsi donner lieu à une condamnation de l'Etat ;

- les frais non compris dans les dépens dont le remboursement est demandé sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne sont pas justifiés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- la loi n°2020-546 du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ses dispositions ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services demande la condamnation de l'Etat à lui réparer le préjudice financier résultant du refus de concours de la force publique pour l'exécution d'une ordonnance de référé du tribunal d'instance de Puteaux du 5 juin 2019, autorisant l'expulsion de l'occupant d'un studio sis 145 Boulevard National à Rueil-Malmaison.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 28 décembre 2020 :

2. La décision née implicitement le 28 décembre 2020, portant rejet de la demande indemnitaire préalable formulée par la société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de cette demande. Par suite, ces conclusions en annulation sont irrecevables et doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".

3. En vertu de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille. En l'espèce, l'autorité judiciaire n'a pas, dans son ordonnance du juge des référés du 5 juin 2019 du tribunal d'instance de Puteaux, privé les occupants du bénéfice de l'application des dispositions de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles. En outre, l'article 10 de la loi n°2020-546 du 11 mai 2020 a prolongé jusqu'au 10 juillet 2020 inclus la trêve hivernale.

4. Si ces dispositions exigent des autorités de police qu'elles sursoient, au cours de la période dite de "trêve hivernale", à prêter le concours de la force publique en vue de l'expulsion d'un occupant sans titre ordonnée par l'autorité judiciaire, elles ne font pas obstacle à ce que l'administration soit valablement saisie pendant cette même période d'une demande de concours de la force publique dont le rejet est susceptible d'engager la responsabilité de l'État. Une demande de concours de la force publique formulée pendant cette période fait ainsi courir le délai à l'issue duquel, en l'absence de réponse, naît une décision implicite de refus de nature à engager la responsabilité de l'État. Cependant, un refus de concours intervenant pendant la trêve hivernale n'engage la responsabilité de l'État, au plus tôt, qu'à compter de la fin de celle-ci.

5. Il résulte de l'instruction que le commandement de quitter les lieux a été signifié à l'occupant des lieux le 20 juin 2019 et reçu en préfecture le 24 juin 2019. Par ailleurs, la société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services a requis du préfet des Hauts-de-Seine le concours de la force publique le 16 septembre 2019 (demande enregistrée le 26 septembre 2019). Le préfet disposait donc d'un délai de deux mois pour se prononcer, soit jusqu'au 26 novembre 2019. Toutefois, le refus implicite du préfet des Hauts-de-Seine intervenant pendant la période de trêve hivernale, ne peut, en application des dispositions précitées, engager la responsabilité de l'Etat qu'à la fin de celle-ci, soit à partir du 11 juillet 2020.

6. Toutefois, il résulte des articles 6, 2044 et 2052 du code civil que l'administration peut, ainsi que le rappelle désormais l'article L. 423-1 du code des relations entre le public et l'administration, afin de prévenir ou d'éteindre un litige, légalement conclure avec un particulier un protocole transactionnel, sous réserve de la licéité de l'objet de ce dernier, de l'existence de concessions réciproques et équilibrées entre les parties et du respect de l'ordre public. A cet égard, il résulte de l'instruction et notamment des termes de l'arrêté n°165 du 21 mai 2021, qu'en vertu d'un protocole transactionnel conclu le 5 octobre 2020, la société requérante a accepté une indemnisation pour la période couvrant le 11 juillet 2020 au 5 octobre 2020 et a renoncé à toutes actions et prétentions concernant les préjudices subis sur cette période en raison du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui octroyer le concours de la force publique.

8. Il y a ainsi lieu de tenir l'Etat responsable de l'inexécution de l'ordonnance du juge des référés citée au point 3 du présent jugement, entre le 6 octobre 2020 et le 4 janvier 2021, date à laquelle la société requérante a arrêté les comptes.

En ce qui concerne les préjudices allégués :

9. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, tel qu'il résulte du bail, à l'exclusion de tout éventuel supplément de loyer ou de tous frais dont il ne serait pas établi qu'ils constitueraient directement et certainement la conséquence du refus de concours de la force publique durant la période considérée et, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité, lorsque ni l'occupant ni le bailleur n'ont clairement manifesté de volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période et qu'ils ne correspondent pas à l'échéance courante du loyer ou des charges.

10. Il résulte des décomptes et pièces produits par les parties que, sur la période de responsabilité de l'Etat énoncée au point 8 du présent jugement, le montant total de la dette locative dont était redevable l'occupant s'élevait à la somme de 1 826,73 euros, calculée sur la base d'une indemnité d'occupation mensuelle de 615,53 euros sur une période de deux mois et trente jours. Il y a donc lieu de fixer à la somme de 1 826,73 euros, l'indemnité due par l'Etat à la société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services en réparation de son préjudice locatif.

11. En second lieu, la société requérante demande une indemnité complémentaire de 1 500 euros résultant de l'atteinte portée à la jouissance de son bien. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante a subi un préjudice distinct de celui précité, lié à la perte financière générée par l'impossibilité de percevoir les loyers et charges locatives du bien immobilier en cause. Il y a lieu, par suite, d'écarter la demande d'indemnisation, à ce titre, de la société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services.

12. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à la somme de 1 826,73 euros, l'indemnité due par l'Etat à la société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services en réparation du préjudice cité au point 10 du présent jugement résultant du refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique, sur la période du 6 octobre 2020 au 4 janvier 2021.

Sur la subrogation :

13. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée à la subrogation de l'Etat dans les droits que détiendrait la société Bnp Paribas immobilier résidence services à l'encontre des occupants du logement en cause, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'Etat, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par le présent jugement.

Sur les intérêts :

14. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale. Il résulte de l'instruction que la demande de la société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services a été reçue par l'administration le 28 octobre 2020. La société requérante a donc droit aux intérêts des loyers échus avant la date du 28 octobre 2020 et, pour la période postérieure à cette date, à ceux qui courent à compter de la date d'échéance de chaque loyer.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens que la société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services la somme de 1 826,73 euros. Les loyers échus avant le 28 octobre 2020 porteront intérêts à compter de cette date. Les loyers échus à compter du 28 octobre 2020 porteront intérêts à compter de leurs dates respectives d'échéance.

Article 2 : Le paiement de cette indemnité est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits de la société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services à l'encontre de l'occupant du studio en cause durant la période de responsabilité de l'Etat, à concurrence du montant de cette indemnité.

Article 3 : L'Etat versera à la société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par action simplifiée Bnp Paribas immobilier résidences services et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin La présidente,

signé

S. Edert

Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21001092

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