lundi 7 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2100463 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | NUNES |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 12 janvier 2021 et 26 avril 2022, sous le n° 2100463, Mme C A, représentée par Me Nunes, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2020 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a procédé à la rétention de ses documents d'identité ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui restituer son passeport, son dernier titre de séjour et l'ultime récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée ne lui est pas opposable dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée, les services de la préfecture des Hauts-de-Seine lui ayant uniquement remis un récépissé de rétention de ses documents d'identité qui en révèle l'existence ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière et en méconnaissance du devoir de loyauté de l'administration dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine, qui ne lui avait pas notifié l'arrêté d'expulsion dont elle fait l'objet, l'a sciemment induite en erreur en lui adressant une convocation l'invitant à se présenter en préfecture le 17 décembre 2020 avec ses documents d'identité en vue du renouvellement de son titre de séjour ;
- pour les mêmes motifs, la décision en litige est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les stipulations de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 du protocole additionnel n° 4 à cette convention ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est constitutive d'une voie de fait en tant qu'elle porte sur son dernier titre de séjour et son ultime récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour, les dispositions de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant uniquement la rétention du passeport ou du document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière ;
- elle porte une atteinte grave, injustifiée et disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et à son droit à la possession de son bien, garantis par le paragraphe 1 de l'article 2 et l'article 1er du protocole additionnel n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.
II. Par une requête et des pièces, enregistrées respectivement les 20 décembre 2021 et 31 décembre 2021, Mme A, représentée par Me Nunes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2020 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son expulsion du territoire français ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 700 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors, d'une part, que la commission d'expulsion a rendu son avis le 6 novembre 2020 sans qu'elle ait été invité à s'y présenter par un bulletin de notification, valant convocation et énonçant les faits motivant cette procédure, en méconnaissance des articles R. 522-4 et R. 522-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, que la commission a rendu son avis alors même qu'elle n'avait pas pu encore bénéficier de l'aide juridictionnelle qu'elle avait sollicité le 17 septembre 2020, en méconnaissance de l'article 43-1 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 et du 7° de l'article R. 522-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 521-1 et des 3° et 4° de l'article L. 521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son protocole additionnel n° 4 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Amazouz, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes visées ci-dessus n° 2100463 et n° 2115851, présentées pour Mme A, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme A, ressortissante guyanienne née le 2 février 1965, est entrée en France en 1993 selon ses déclarations. Le 14 janvier 2020, l'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " expirant le 15 novembre 2019. Par un arrêté du 24 novembre 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son expulsion du territoire français. Par une décision du 17 décembre 2020, le préfet a procédé à la rétention de ses documents d'identité. Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2020 et la décision du 17 décembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 24 novembre 2020 portant expulsion du territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - Sauf en cas d'urgence absolue, l'expulsion ne peut être prononcée que dans les conditions suivantes : / 1° L'étranger doit être préalablement avisé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ; / 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative () ". Aux termes de l'article L. 522-2 de ce code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " La convocation prévue au 2° de l'article L. 522-1 doit être remise à l'étranger quinze jours au moins avant la réunion de la commission. Elle précise que l'intéressé a le droit d'être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et d'être entendu avec un interprète. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans les conditions prévues par la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Cette faculté est indiquée dans la convocation. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par le président de la commission. / () Devant la commission, l'étranger peut faire valoir toutes les raisons qui militent contre son expulsion. Un procès-verbal enregistrant les explications de l'étranger est transmis, avec l'avis motivé de la commission, à l'autorité administrative compétente pour statuer. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article R. 522-4 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf en cas d'urgence absolue, l'étranger à l'encontre duquel une procédure d'expulsion est engagée doit en être avisé au moyen d'un bulletin de notification, valant convocation devant la commission prévue aux articles L. 522-1 et L. 522-2. / () ". Aux termes de l'article R. 522-5 de ce code, dans sa réaction alors applicable : " Le bulletin de notification doit : / 1° Aviser l'étranger qu'une procédure d'expulsion est engagée à son encontre ; / 2° Enoncer les faits motivant cette procédure ; / 3° Indiquer la date, l'heure et le lieu de la réunion de la commission prévue aux articles L. 522-1 et L. 522-2 à laquelle il est convoqué ; / () 6° Faire connaître à l'étranger qu'il peut se présenter seul ou assisté d'un conseil et demander à être entendu avec un interprète ; / 7° Informer l'intéressé qu'il peut demander l'aide juridictionnelle dans les conditions prévues par la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 et préciser que l'aide juridictionnelle provisoire peut lui être accordée par le président de la commission ; () ". Aux termes de l'article 43-1 du décret du 19 décembre 1991, visé ci-dessus : " Sans préjudice de l'application des dispositions relatives à l'admission provisoire, la juridiction avisée du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle est tenue de surseoir à statuer dans l'attente de la décision statuant sur cette demande. / () ".
4. D'une part, si Mme A soutient que la commission d'expulsion a rendu son avis le 6 novembre 2020 sans qu'elle ait été invité à s'y présenter par un bulletin de notification, valant convocation et énonçant les faits motivant cette procédure, le préfet des Hauts-de-Seine produit le bulletin de notification d'une procédure d'expulsion, daté du 12 octobre 2020, adressé à l'intéressée par courrier recommandé, ainsi que l'accusé de réception postal du pli contenant ce bulletin faisant état d'une distribution le 23 octobre 2020. Ce bulletin, qui comporte l'ensemble des informations prévues par l'article R. 522-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que la procédure d'expulsion est motivée par le fait que la présence en France de l'intéressée représente une menace grave pour l'ordre public, telle que visée par l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et énonce, ainsi, les faits motivant cette procédure. D'autre part, si la requérante fait valoir que la commission a rendu son avis alors même qu'elle n'avait pas pu encore bénéficier de l'aide juridictionnelle, il ressort de l'avis de la commission du 6 novembre 2020 et du compte-rendu des débats devant la commission qu'elle a été admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et qu'elle était présente devant la commission et représentée par un avocat. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
6. L'arrêté prononçant l'expulsion de Mme A vise notamment les dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquelles la décision attaquée a été prise, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne que l'intéressée a été condamnée le 6 décembre 2018 à une peine de trois ans d'emprisonnement et 5 000 euros d'amende douanière pour des faits en lien avec le trafic de stupéfiants et qu'elle est connue des services de police pour des faits d'infractions à la législation sur les stupéfiants notamment, datant de 2000 à 2004. Il énonce que l'intéressée est célibataire et mère de trois enfants majeurs qui ne sont pas à sa charge, que son insertion ne semble pas importante et qu'elle ne semble pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Il précise également que l'intéressée ne peut bénéficier d'aucune des protections prévues par les articles L. 521-2 et L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, cet arrêté conclut qu'au regard de l'ensemble de son comportement, la présence de Mme A sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, la décision en litige comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
7. En troisième lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions ont été abrogées à compter du 25 juillet 2006 par la loi n° 2006-911 du 24 juillet 2006. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Sous réserve des dispositions des articles L. 521-2, L. 521-3 et L. 521-4, l'expulsion peut être prononcée si la présence en France d'un étranger constitue une menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 521-2 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'expulsion que si cette mesure constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que les dispositions de l'article L. 521-3 n'y fassent pas obstacle : / () 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ; / () ". Les périodes passées en détention au titre d'une peine de privation de liberté ne peuvent s'imputer dans le calcul des dix ans mentionnés par les dispositions précitées du 4° de l'article L. 521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. A supposer que Mme A puisse être regardée comme justifiant d'un séjour régulier en France depuis le 10 novembre 2010, il ressort des pièces du dossier, notamment du bulletin n° 2 de son casier judiciaire, produit par le préfet des Hauts-de-Seine, qu'elle a été incarcérée entre les 1er décembre 2016 et 24 juillet 2017, soit pendant une période de sept mois et vingt-trois jours. Ainsi, compte tenu de cette période passée en détention, elle ne justifie pas résider régulièrement en France depuis plus de dix ans, à la date de l'arrêté attaqué, soit le 24 novembre 2020. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'expulsion sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la décision attaquée méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 521-2 de ce code.
10. En cinquième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
11. Pour prononcer l'expulsion de Mme A, le préfet des Hauts-de-Seine s'est notamment fondé sur la circonstance que l'intéressée a été condamnée, le 6 décembre 2018, par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de trois ans d'emprisonnement et 5 000 euros d'amende douanière pour des faits, commis entre janvier 2016 et le 28 novembre 2016, de transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, acquisition non autorisée de stupéfiants et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, ainsi que sur le fait que l'intéressée était connue des services de police pour faits des faits d'infractions à la législation sur les stupéfiants, datant de 2000 à 2004. Si la requérante, qui n'apporte aucune explication sur les signalements dont elle a fait l'objet entre 2000 et 2004, fait valoir que les faits pour lesquels elle a été condamné en décembre 2018, datant de début 2016, sont anciens et remontent à l'époque où elle était toxicomane, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'elle présentait une addiction aux produits stupéfiants à l'époque desdits faits, qui, contrairement à ce qu'elle indique, ont été commis sur une période de près d'une année. En outre, si l'intéressée se prévaut de ce qu'elle n'a plus aucune addiction depuis l'été 2016 et qu'elle travaille en tant qu'aide à domicile auprès de personnes âgées, elle ne justifie pas de gages de réinsertion suffisants en se bornant à produire un rapport social de l'association Aurore en date du 30 novembre 2021, qui mentionne uniquement qu'elle est suivie par cette association, qu'elle a intégré un dispositif d'hébergement d'urgence depuis novembre 2018, qu'elle a suivi une formation entre juin et décembre 2021 et qu'elle a occupé un emploi jusqu'en avril 2021. Ainsi, compte tenu de la gravité des faits reprochés à l'intéressée, de leur caractère encore récent à la date de l'arrêté en litige et de l'absence de gages de réinsertion suffisants, le préfet des Hauts-de-Seine a pu estimer qu'elle présentait une menace grave et actuelle pour l'ordre public sans méconnaître les dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Mme A, qui se prévaut de la durée de son séjour sur le territoire français et de l'absence d'attaches effectives à l'étranger, soutient qu'elle est mère de deux enfants de nationalité française et qu'elle justifie de liens privés, sociaux et professionnels suffisamment anciens, intenses et stables ainsi que d'une intégration certaine dans la société française. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 11 du présent jugement, la présence de l'intéressée en France est constitutive d'une menace grave pour l'ordre public. En outre, la requérante, âgée de cinquante-cinq ans à la date de l'arrêté contesté, célibataire, ne démontre pas, par la seule production des documents d'identité de deux de ses enfants majeurs, qui ne sont pas à sa charge, que sa présence auprès d'eux revêtirait pour elle un caractère indispensable. De même, la requérante n'apporte aucun élément précis sur les autres liens de toute nature qu'elle aurait noués sur le territoire français. Par ailleurs, la circonstance que l'intéressée est suivie par une association, qu'elle a intégré un dispositif d'hébergement d'urgence depuis novembre 2018 et qu'elle a occupé un emploi d'assistante de vie à compter du 28 mai 2019 ne suffisent pas à démontrer l'existence d'une insertion sociale et professionnelle stable et ancienne. Enfin, l'intéressée ne justifie pas davantage de circonstances particulières de nature à faire obstacle à ce qu'elle poursuive normalement sa vie à l'étranger et, en particulier, dans son pays d'origine, où elle n'établit pas être dépourvu de toute attaches ou ne pas être en mesure de s'y réinsérer. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier de la gravité des faits commis par l'intéressée, la décision d'expulsion attaquée ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts de préservation de l'ordre public en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2020 prononçant son expulsion du territoire français.
En ce qui concerne la décision du 17 décembre 2020 portant rétention des documents d'identité :
15. Aux termes de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ". Aux termes de l'article R. 611-41-3 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " L'autorité administrative habilitée à retenir le passeport ou le document de voyage d'un étranger en situation irrégulière en application de l'article L. 611-2 est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police. "
16. En premier lieu, si Mme A soutient que la décision attaquée ne lui est pas opposable dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée, les conditions et les modalités de notification d'un acte administratif sont sans influence sur sa légalité. En tout état de cause, le récépissé de rétention des documents d'identité, valant justification d'identité, remis à l'intéressée en préfecture le 17 décembre 2020, révèle l'existence de la décision prise par le préfet des Hauts-de-Seine le même jour. Par suite, le moyen invoqué par Mme A ne peut qu'être écarté.
17. En deuxième lieu, le récépissé de rétention des documents d'identité remis à Mme A le 17 décembre 2020 a été signé par Mme E, chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui a reçu une délégation à cette fin, par un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine PCI n° 2020-127 en date du 2 octobre 2020, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Si ce récépissé est de nature à révéler l'existence d'une décision de rétention des documents d'identité, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que Mme E aurait pris cette décision non formalisée qui doit être réputée émaner, en l'espèce, du préfet, seule autorité administrative habilitée à procéder à une telle rétention. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.
18. En troisième lieu, le récépissé de rétention des documents d'identité de Mme A, qui révèle l'existence de la décision contestée, mentionne l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce que Mme A fait l'objet d'un arrêté d'expulsion du 24 novembre 2020, notifié le 17 décembre 2020. Ce récépissé précise également que ses documents d'identité lui seront restitués dès qu'elle exécutera la mesure d'éloignement prise à son encontre, le jour de son départ par les services de la police aux frontières. Ainsi, le récépissé de rétention des documents d'identité de Mme A comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
19. En quatrième lieu, Mme A fait valoir que le préfet des Hauts-de-Seine, qui ne lui avait pas notifié l'arrêté d'expulsion dont elle fait l'objet, l'a sciemment induite en erreur en lui adressant une convocation piège l'invitant à se présenter en préfecture le 17 décembre 2020 avec ses documents d'identité, en vue du renouvellement de son titre de séjour, dans le seul but de procéder à la rétention de son passeport, de son dernier titre de séjour et se son ultime récépissé de demande de titre de séjour. Toutefois, la lettre de convocation en date du 1er décembre 2020 qui a été adressée à la requérante indiquait qu'elle était invitée à se présenter en préfecture le 17 décembre 2020, à la " suite de [sa] demande de renouvellement de [son] titre de séjour ". Bien qu'elle l'invite à se munir de son passeport, d'un justificatif de domicile, de sa carte de séjour et de son récépissé, rien dans les termes de cette convocation ne permet de penser qu'une suite favorable avait été réservée à sa demande de titre de séjour et qu'il s'agissait d'une manœuvre de la part du préfet, destinée à la voir se présenter en préfecture en vue de procéder à la rétention de ses documents d'identité. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que, pour les raisons qu'elle expose, la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière et en méconnaissance du devoir de loyauté de l'administration. Elle n'est pas davantage fondée à soutenir que, pour les mêmes raisons, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les stipulations de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi qu'en tout état de cause, celles de l'article 4 du protocole additionnel n° 4 à cette convention, relatif à l'interdiction des expulsions collectives.
20. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 18 du présent jugement, le récépissé de rétention des documents d'identité de Mme A précise que ses documents d'identité lui seront restitués dès qu'elle exécutera la mesure d'éloignement prise à son encontre, le jour de son départ par les services de la police aux frontières. En outre, comme il a été dit au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine l'aurait sciemment induite en erreur en lui adressant une convocation l'invitant à se présenter en préfecture dans le seul but de procéder à la rétention de ses documents d'identité. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait, pour ces raisons, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
21. En sixième lieu, une décision d'expulsion, eu égard à sa portée, a par elle-même pour effet de mettre fin au titre qui autorisait l'étranger à séjourner en France jusqu'à son intervention. Il s'ensuit qu'un arrêté ordonnant l'expulsion d'un ressortissant étranger a pour effet de mettre fin au titre de séjour qui permettait à ce ressortissant de résider en France avant son expulsion. L'autorité administrative est, en conséquence, en droit de retenir le document matérialisant le titre de séjour de l'étranger alors qu'il a fait l'objet d'une mesure d'expulsion exécutoire. En l'espèce, l'arrêté d'expulsion, notifié à Mme A le 17 décembre 2020, a mis fin à son droit au séjour à compter de sa notification. Ainsi, dès cette notification, soit le 17 décembre 2020, l'autorité administrative pouvait procéder légalement à la rétention du titre de séjour périmé de l'intéressée et du dernier récépissé de demande de titre de séjour. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une voie de fait.
22. En septième et dernier lieu, Mme A soutient que la décision attaquée porte une atteinte grave, injustifiée et disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et à son droit à la " possession de son bien ", garantis par le paragraphe 1 de l'article 2 et l'article 1er du protocole additionnel n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point précédent, le préfet des Hauts-de-Seine pouvait procéder légalement à la rétention du titre de séjour périmé de l'intéressée et du dernier récépissé de demande de titre de séjour. En outre, le récépissé de rétention des documents d'identité qui a été remis à Mme A lui permet de justifier de son identité le temps nécessaire à l'exécution de la mesure d'expulsion dont elle fait l'objet. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porte atteinte à sa liberté d'aller et venir et, en tout état de cause, à son droit à la " possession de son bien ", l'article 1er du protocole additionnel n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont elle invoque à cet égard la méconnaissance étant relatif à l'interdiction de l'emprisonnement pour dettes.
23. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas davantage fondée à demander l'annulation de la décision du 17 décembre 2020 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a procédé à la rétention de ses documents d'identité.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées dans l'instance n° 2100463 :
24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée du 17 décembre 2020, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie perdante, les sommes que Mme A demande au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes visées ci-dessus de Mme A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président, M. B et M. D, premiers conseillers, assistés de Mme Khalfaoui, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
S. BLe président,
signé
R. FÉRALLa greffière,
signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation
Le Greffier
2 et 2115851
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026