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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2101211

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2101211

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2101211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantEVODROIT-SCP INTER BARREAUX D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2021, la société civile immobilière (SCI) Saint-Martin, représentée par Me Laplante, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise, d'une part, l'a mise en demeure de régulariser sa situation, soit en déposant un dossier d'autorisation ainsi que le prévoient les articles R. 181-13 et suivants du code de l'environnement, soit en cessant son activité et ce, dans un délai de trois mois à compter de la notification de l'arrêté, d'autre part, a suspendu son activité à compter de la notification l'arrêté et, enfin, lui a enjoint de procéder à l'évacuation des déchets présents sur le site, dans un délai d'un mois à compter de la notification de cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté n'était pas compétent ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure, faute pour le préfet du Val-d'Oise d'avoir pris en compte les observations qu'elle a présentées dans le cadre de la procédure contradictoire préalable, en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionné.

Par deux mémoires enregistrés les 15 septembre 2021 et 23 novembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il y a toujours lieu de statuer sur la requête de la SCI Saint Martin ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la commune de Saint-Martin-du-Tertre qui n'a pas présenté d'observations.

Par une ordonnance du 23 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 décembre 2022.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme L'Hermine, conseillère ;

- les conclusions de M. Charpentier, rapporteur public ;

- et les observations de Mme A, représentant le préfet du Val-d'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 24 août 2020, le préfet du Val-d'Oise, d'une part, a mis en demeure la SCI Saint-Martin de régulariser sa situation en raison de l'installation classée pour la protection de l'environnement qu'elle exploite sur la parcelle n° B 619 située rue Salengro à Saint-Martin-du-Tertre, soit en déposant un dossier d'autorisation ainsi que le prévoient les articles R. 181-13 et suivants du code de l'environnement, soit en cessant son activité et ce, dans un délai de trois mois à compter de la notification de l'arrêté, d'autre part, a suspendu son activité à compter de la notification de l'arrêté et, enfin, lui a enjoint de procéder à l'évacuation des déchets présents sur le site, dans un délai d'un mois à compter de la notification de cet arrêté.

Le préfet du Val-d'Oise a implicitement rejeté le recours gracieux formé par la SCI Saint-Martin le 22 septembre 2020. La société doit être regardée comme demandant l'annulation de l'arrêté du 24 août 2020 et de la décision rejetant son recours gracieux.

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. Maurice Barate, secrétaire général de la préfecture du Val-d'Oise qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté

n° 19-022 du 17 juin 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à l'effet de signer toutes décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Val-d'Oise à l'exception des mesures de réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 et des arrêtés de conflits. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable " ; L'article L. 121-2 du même code dispose que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ". En vertu de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, une procédure contradictoire préalable particulière est applicable à la décision de suspension d'activité, aux mesures conservatoires et sanctions susceptibles d'être prises à l'encontre de l'exploitant d'une installation classée pour la protection de l'environnement.

4. Les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent, en l'absence de dispositions législatives ayant instauré une procédure contradictoire particulière, les règles générales de procédure applicables aux décisions qui doivent être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne sauraient dès lors être utilement invoquées à l'encontre d'un arrêté pris sur le fondement de l'article L. 171-7 du code de l'environnement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peut dès lors qu'être écarté.

5. En troisième lieu, l'article L. 171-7 du code de l'environnement dispose que : " Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. / Elle peut, par le même acte ou par un acte distinct, suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages, l'utilisation des objets et dispositifs ou la poursuite des travaux, opérations, activités ou aménagements jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la déclaration ou sur la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification, à moins que des motifs d'intérêt général et en particulier la préservation des intérêts protégés par le présent code ne s'y opposent () ". L'article L. 171-11 de ce code dispose que : " Les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction ".

6. Il résulte des dispositions de l'article L. 171-11 du code de l'environnement que les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 de ce code, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue.

7. L'article L. 511-1 du code de l'environnement dispose que : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique ". L'article L. 512-1 du même code de l'environnement dispose que : " Sont soumises à autorisation les installations qui présentent de graves dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés à

l'article L. 511-1 ". Aux termes de l'article R. 511-9 de ce code : " La colonne "A" de l'annexe au présent article constitue la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ". Selon cette annexe, la rubrique 2760-2 b) prévoit que l'installation de stockage de déchets non dangereux non inertes est soumise à autorisation.

8. Il résulte de l'instruction qu'au cours d'une visite inopinée réalisée le 24 décembre 2019 sur la parcelle n° B 619 située rue Salengro à Saint-Martin-du-Tertre, l'inspecteur des installations classées a constaté la création d'une voie d'accès avec l'apport, pour la stabiliser, de déchets non inertes composés de bois, de plastique mélangés à du béton. Si le rapport de cet inspecteur, établi le 15 janvier 2020, relève l'absence de non-conformité au code de l'environnement, il indique que l'apport de ces déchets révèle l'existence de travaux préparatoires avant le stockage de déchets. Lors d'une seconde visite inopinée en date du 22 avril 2020, l'inspecteur des installations classées a constaté un apport supplémentaire de déchets inertes et non inertes d'un volume de 50 m3 qui doit être qualifié d'installation de stockage de déchets non dangereux non inertes. Si la société requérante soutient que ces déchets, enfouis dans les broussailles, ont été mis au jour lors de la réalisation des travaux d'exhaussement et de nettoyage de la parcelle et qu'elle n'a pas apporté de déchets non inertes sur celle-ci, elle ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. En outre, la circonstance que la société utiliserait les déchets inertes dans un but de valorisation au sens des dispositions de l'article L. 541-32 du code de l'environnement, afin de remblayer le terrain dans le cadre de travaux d'exhaussement, et qu'elle n'aurait aucune intention d'exploiter une installation de déchets non inertes, ne fait pas obstacle à ce qu'un tel stockage relève de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement. Par suite, eu égard au volume et à la nature des déchets se trouvant sur la parcelle de la SCI Saint-Martin, la société requérante s'est livrée, au sens des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, à l'exploitation d'une installation de stockage de déchets non dangereux non inertes, sans l'autorisation requise par les dispositions des articles L. 512-1 et R. 511-9 du code de l'environnement. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait soulevé par la requérante doit être écarté.

9. Il résulte des dispositions de l'article L. 171-7 du code de l'environnement que, lorsque l'inspecteur des installations classées a constaté, selon la procédure requise par le code de l'environnement, l'inobservation de conditions légalement imposées à l'exploitant d'une installation classée, le préfet, sans procéder à une nouvelle appréciation de la violation constatée, est tenu d'édicter une mise en demeure de satisfaire à ces conditions dans un délai déterminé. En revanche, le préfet, qui n'est pas tenu, par les dispositions de cet article, de suspendre l'exploitation d'une installation classée pour laquelle une demande d'autorisation est en cours d'instruction, peut autoriser, à titre provisoire, l'entreprise qui a formulé cette demande à poursuivre son exploitation pour des motifs d'intérêt général tirés des conséquences d'ordre économique ou social qui résulteraient de son interruption. La société requérante ne peut dès lors utilement soutenir que le préfet, en la mettant en demeure de régulariser sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification de l'arrêté litigieux soit en déposant un dossier d'autorisation, soit en cessant son activité, aurait pris une mesure disproportionnée. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'inspection des installations classées relatif à la visite inopinée du 22 avril 2020, qu'un apport supplémentaire de déchets inertes et non inertes d'un volume de 50 m3 a été apporté depuis la visite du 24 décembre 2019 et que les déchets déposés sur la parcelle sont inertes et non inertes. Cette parcelle, qui est bordée par de nombreuses habitations, est située en zone Na par le plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Martin-du-Tertre, c'est-à-dire en zone naturelle de carrières abandonnées dans laquelle toute installation de stockage de déchets est interdite. Par suite, le préfet a légalement pu prononcer à l'encontre de la SCI Saint-Martin la suspension de son activité jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la demande d'autorisation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Saint Martin n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 24 août 2020 et de la décision rejetant son recours gracieux. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Saint Martin est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Saint-Martin et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Val-d'Oise à la commune de Saint-Martin-du-Tertre.

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président,

Mme Garona, première conseillère,

Mme L'Hermine, conseillère,

assistés de Mme Galan, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

La rapporteure,

signé

M. L'Hermine

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

M. B

.

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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