vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2103880 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BERSAY & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mars 2021 et 22 avril 2022, la société par actions simplifiées Keolease, représentée par Me Tissier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2020-852 du 20 octobre 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a retiré son habilitation " professionnel de l'automobile " n° 56 083 ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 20 octobre 2020 et la décision de rejet de son recours gracieux ont été rendus au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance, d'une part, de la procédure de concertation, prévue par le guide pour le candidat à l'habilitation à télétransmettre dans le système d'immatriculation des véhicules (SIV) ainsi que par la convention d'habilitation individuelle et, d'autre part, de la procédure contradictoire préalable prévue par le code des relations entre le public et l'administration ; le préfet n'a pas répondu aux observations qu'elles a présentées les 25 septembre et 12 octobre 2020 ; ils ont été rendus au terme d'une procédure irrégulière puisque le délai de deux mois entre la fin de la procédure de concertation et le retrait de l'habilitation n'a pas été respecté ;
- ils sont entachés d'une erreur de qualification juridique des faits.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'absence d'attestation sur la conformité à la règlementation ERP fait craindre de mauvaises conditions d'accueil du public et sont de nature à faire douter de la capacité de la société à assumer les opérations d'immatriculation qui lui sont confiées ;
- les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté par le préfet du Val-d'Oise a été enregistré le 11 mai 2022.
Par une ordonnance du 25 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme L'Hermine, conseillère ;
- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public;
- les observations de Me Robert-Brindejonc, avocat de la société Keolease ;
- et les observations de Mme A , représentante du préfet du Val-d'Oise.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 octobre 2012, la société Keolease a conclu avec l'État une convention l'habilitant à intervenir sur le système d'immatriculation des véhicules (SIV), notamment pour délivrer des cartes grises. Par un arrêté du 20 octobre 2020, ce préfet a procédé au retrait de l'habilitation accordée à la société Keolease. Cette société a formé, le 19 novembre 2020, un recours gracieux contre cet arrêté qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, la société Keolease demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2020 ainsi que la décision rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2020 et de la décision rejetant le recours gracieux de la société Keolease :
2. Aux termes de l'article L. 330-1 du code de la route : " Il est procédé, dans les services de l'Etat et sous l'autorité et le contrôle du ministre de l'intérieur, à l'enregistrement de toutes informations concernant les pièces administratives exigées pour la circulation des véhicules ou affectant la disponibilité de ceux-ci. / Ces informations peuvent faire l'objet de traitements automatisés, soumis aux dispositions de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés ". Aux termes de l'article R. 322-1 du code de la route, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Tout propriétaire d'un véhicule à moteur, d'une remorque dont le poids total autorisé en charge est supérieur à 500 kilogrammes ou d'une semi-remorque et qui souhaite le mettre en circulation pour la première fois doit faire une demande de certificat d'immatriculation en justifiant de son identité. / () Cette demande de certificat d'immatriculation est adressée au ministre de l'intérieur par le propriétaire, soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules : " () Les demandes d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion sont adressées au ministre de l'intérieur soit par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur () ".
3. La décision de retrait d'habilitation pour l'utilisation du système d'immatriculation des véhicules, prise à la suite du constat de manquements aux obligations attachées à ladite habilitation, présente le caractère d'une mesure de police prise dans le cadre d'une législation encadrant l'immatriculation des véhicules et destinée à assurer la sauvegarde de l'ordre public. Cette mesure, prise par le préfet, autorité de police générale dans le département, ne peut être prononcée, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que si elle présente un caractère adapté, nécessaire et proportionné à la gravité des troubles susceptibles d'être portés à l'ordre public.
4. En l'espèce, pour retirer l'habilitation accordée à la société Keolease le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur " les incohérences entre les informations portées sur le livre de police et les informations enregistrées au SIV ".
5. D'une part, ni les éléments mentionnés dans l'arrêté attaqué, ni les pièces du dossier ne permettent de déterminer avec précision la nature et le nombre de manquements commis par la société qui ont été constatés lors du contrôle administratif réalisé en août 2020. Dans ces conditions, ces manquements ne peuvent être regardés comme établis. Ainsi, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur d'appréciation en procédant au retrait de l'habilitation dont bénéficiait la société requérante.
6. D'autre part, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Le préfet du Val-d'Oise invoque, dans son mémoire en défense communiqué à la société Keolease, un autre motif, tiré de l'absence d'attestation sur la conformité des locaux de la société requérante à la règlementation relative aux établissements recevant du public. Toutefois, en se bornant à soutenir qu' " en général les garages sont des ERP de 5ème catégorie " et que " l'absence d'attestation sur la conformité à la réglementation ERP fait soupçonner de mauvaises conditions d'accueil du public éventuel, ce qui laisse craindre un danger physique ", le préfet du Val-d'Oise n'assortit pas la substitution de motif qu'il doit être regardé comme invoquant, des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il avait entendu se fonder initialement sur ce motif qu'il invoque. Il n'y a dès lors pas lieu de procéder à la substitution demandée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la société Keolease est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise a retiré l'habilitation dont elle était titulaire, ainsi que de la décision rejetant son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la société Keolease et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 20 octobre 2020 du préfet du Val-d'Oise ainsi que la décision de ce préfet rejetant le recours gracieux de la société Keolease sont annulés.
Article 2 : L'État versera à la société Keolease la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiées Keolease et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Buisson, président,
M. Ausseil, conseiller,
Mme L'Hermine, conseillère,
Assistés par Mme Pradeau, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
La rapporteure,
signé
M. L'Hermine
Le président,
signé
L. Buisson
La greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026