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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2105174

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2105174

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2105174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantEVODROIT-SCP INTER BARREAUX D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 avril 2021 et 6 mai 2022, la société à responsabilité limitée Caravane Center Ile-de-France, représentée par Me To, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-0087 du 10 février 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a retiré son habilitation " professionnel de l'automobile " n° 11710 ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a suspendu son habilitation révélée le 22 janvier 2021 ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux contre cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de restaurer son accès au système d'immatriculation des véhicules dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de l'arrêté du 10 février 2021 :

- cet arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il a été rendu au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable prévue par le code des relations entre le public et l'administration ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de la décision de suspension ;

- il est entaché d'une erreur de droit puisque seule la sanction de résiliation est prévue par la convention d'habilitation ; en tout état de cause, la décision de retrait méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration s'agissant notamment des conditions de délai ;

- il est entaché d'erreurs de fait ;

- la sanction de retrait de son habilitation est disproportionnée.

S'agissant de la décision de suspension de l'habilitation :

- elle a été rendue au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance de l'article X de la convention d'habilitation individuelle qu'elle a conclue avec l'État ;

- elle n'est justifiée par aucun des motifs prévus par la convention.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- des incohérences ont été constatées entre les informations portées sur le livre de police et les informations enregistrées au système d'immatriculation des véhicules (SIV), notamment des déclarations d'achat non enregistrées au SIV ;

- les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par le préfet du Val-d'Oise a été enregistré le 19 mai 2022 (non communiqué).

Par une ordonnance du 10 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme L'Hermine, conseillère ;

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public ;

- les observations de Me Pinguet, avocat de la société Caravane Center Ile-de-France ;

- et les observations de Mme A, représentante du préfet du Val-d'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 avril 2009, la société Caravane Center Ile-de-France a conclu avec l'État une convention l'habilitant à intervenir sur le système d'immatriculation des véhicules (SIV), notamment pour délivrer des cartes grises. A la suite d'un contrôle administratif réalisé par les services du préfet du Val-d'Oise, ce préfet a informé la société Caravane Center Ile-de-France, par un courrier du 30 novembre 2020, de l'engagement d'une procédure de retrait de cette habilitation en raison de dysfonctionnements qu'il avait constatés et de la suspension de son habilitation à l'issue du délai de huit jours qui lui a été imparti pour présenter ses observations. Par un courrier du 2 février 2021, la société Caravane Center Ile-de-France a formé un recours gracieux contre la décision de suspension de son habilitation, qui a été implicitement rejeté. Par un arrêté du 10 février 2021, le préfet du Val-d'Oise a procédé au retrait de l'habilitation accordée à la société Caravane Center Ile-de-France. Par la présente requête, la société Caravane Center Ile-de-France demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a suspendu son habilitation, la décision rejetant son recours gracieux contre cette décision et l'arrêté du 10 février 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de suspension de l'habilitation de la société Caravane Center Ile-de-France et de la décision rejetant son recours gracieux :

2. Aux termes de l'article L. 330-1 du code de la route : " Il est procédé, dans les services de l'Etat et sous l'autorité et le contrôle du ministre de l'intérieur, à l'enregistrement de toutes informations concernant les pièces administratives exigées pour la circulation des véhicules ou affectant la disponibilité de ceux-ci. / Ces informations peuvent faire l'objet de traitements automatisés, soumis aux dispositions de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés ". Aux termes de l'article R. 322-1 du code de la route, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Tout propriétaire d'un véhicule à moteur, d'une remorque dont le poids total autorisé en charge est supérieur à 500 kilogrammes ou d'une semi-remorque et qui souhaite le mettre en circulation pour la première fois doit faire une demande de certificat d'immatriculation en justifiant de son identité. / () Cette demande de certificat d'immatriculation est adressée au ministre de l'intérieur par le propriétaire, soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules : " () Les demandes d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion sont adressées au ministre de l'intérieur soit par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur () ".

.

3. La décision de retrait d'habilitation pour l'utilisation du système d'immatriculation des véhicules, prise à la suite du constat de manquements aux obligations attachées à ladite habilitation, présente le caractère d'une mesure de police prise dans le cadre d'une législation encadrant l'immatriculation des véhicules et destinée à assurer la sauvegarde de l'ordre public. Cette mesure, prise par le préfet, autorité de police générale dans le département, ne peut être prononcée, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que si elle présente un caractère adapté, nécessaire et proportionné à la gravité des troubles susceptibles d'être portés à l'ordre public.

4. En l'espèce, si la société requérante soutient que la décision de suspension de son habilitation a été édictée en méconnaissance de la convention l'habilitant à intervenir sur le système d'immatriculation des véhicules (SIV) qu'elle a conclue avec l'État, cette décision a été prise par le préfet du Val-d'Oise en vertu de ses pouvoirs de police qu'il détient au titre de la législation encadrant l'immatriculation des véhicules. Par suite, la société requérante ne peut utilement soutenir que la décision de suspension méconnaîtrait l'article X de la convention d'habilitation individuelle qu'elle a conclue avec l'État et qu'elle n'est justifiée par " aucun motif conventionnel ".

5. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 février 2021 :

En ce qui concerne la matérialité des faits reprochés à la société Caravane Center Ile-de-France :

S'agissant du véhicule immatriculé FD-977-MD :

6. Il ressort des pièces du dossier, que le préfet du Val-d'Oise a sollicité de la société requérante, par un courrier du 30 octobre 2020, " la transmission des dossiers suivants que vous avez enregistrés dans le cadre de votre habilitation au SIV " dont le dossier du véhicule immatriculé FD-977-MD. Si la société a transmis au préfet la demande de certificat d'immatriculation d'un véhicule neuf qu'elle a réalisée pour ce véhicule le 30 janvier 2019, il ressort de l'extrait du système d'immatriculation des véhicules, produit en défense, que la société a sollicité, pour ce même véhicule, un " changement de titulaire en série normale " le 16 mars 2020 à 16h15 et qu'elle n'a pas transmis le dossier de cette demande au préfet du Val-d'Oise. Le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit dès lors être écarté.

S'agissant du véhicule immatriculé FS-783-PC :

7. Aux termes de l'article R. 322-1 du code de la route, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Tout propriétaire d'un véhicule à moteur, d'une remorque dont le poids total autorisé en charge est supérieur à 500 kilogrammes ou d'une semi-remorque et qui souhaite le mettre en circulation pour la première fois doit faire une demande de certificat d'immatriculation en justifiant de son identité. Le propriétaire doit également pouvoir justifier, à la demande du ministre de l'intérieur : / 1° De la souscription, pour le véhicule considéré, d'une assurance conforme aux dispositions de l'article L. 211-1 du code des assurances ; / () 3° De son domicile () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules : " Dossiers de demande d'immatriculation. / Les demandes d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion sont adressées au ministre de l'intérieur soit par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur. / Les pièces suivantes, détaillées en annexe 1 du présent arrêté, doivent pouvoir être mises à disposition pour l'instruction d'une demande d'immatriculation. () / 1. A.- Véhicule neuf prêt à l'emploi d'origine ayant fait l'objet d'une réception nationale ou communautaire / 1. A. 1. Justificatifs administratifs / () Les justificatifs d'identité et d'adresse / () Le justificatif d'assurance du véhicule / () ".

8. Il ressort des pièces du dossier, notamment du dossier de demande de certificat d'immatriculation du véhicule immatriculé FS-783-PC communiqué au préfet du Val-d'Oise, que la demande de certificat d'immatriculation datée du 10 septembre 2020 comprend un justificatif de domicile de l'acquéreur du 23 juillet 2020 ainsi qu'un certificat d'assurance daté du 10 septembre 2020. Par suite, ainsi que le soutient la société requérante, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur des faits inexacts.

S'agissant du véhicule immatriculé FL-159-AS :

9. Il n'est pas contesté que le dossier de demande d'immatriculation du véhicule immatriculé FL-159-AS ne comportait ni la copie du permis de conduire de l'acquéreur ni un justificatif de domicile le concernant. Si la société soutient qu'elle a transmis les pièces manquantes au préfet du Val-d'Oise le 5 décembre 2020, cette circonstance est sans incidence sur le caractère irrégulier de la demande de certificat d'immatriculation qu'elle a déposée pour ce véhicule le 23 octobre 2019. Le moyen doit être écarté.

S'agissant de la substitution de motif sollicitée en défense :

10. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

11. Le préfet du Val-d'Oise invoque, dans son mémoire en défense communiqué à la société Caravane Center Ile-de-France, un autre motif, tiré des incohérences entre les informations mentionnées sur le livre de police et les informations mentionnée sur le système d'immatriculation des véhicules (SIV) notamment des déclarations d'achat non mentionnées au SIV de sept véhicules qu'il désigne. Toutefois, le préfet du Val-d'Oise, qui ne précise ni la nature du manquement allégué ni les dispositions qui auraient été méconnues, n'assortit pas la substitution de motif qu'il doit être regardé comme invoquant, des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il avait entendu se fonder initialement sur ce motif qu'il invoque. Il n'y a dès lors pas lieu de procéder à la substitution demandée.

En ce qui concerne la proportionnalité de la décision de retrait de l'habilitation délivrée à la société Caravane Center Ile-de-France :

12. En l'espèce, le contrôle administratif réalisé par le préfet du Val-d'Oise le 30 octobre 2020 sur l'activité de la société Caravane Center Ile-de-France a révélé que la constitution et le traitement d'un dossier de demande d'immatriculation réalisé par cette société en octobre 2019. En outre, la société Caravane Center Ile-de-France s'est bornée à communiquer le dossier de demande de certificat d'immatriculation d'un véhicule neuf daté de janvier 2019 et a omis de communiquer le dossier, concernant ce même véhicule, de demande de changement de titulaire qu'elle a déposée sur le SIV en mars 2020. Eu égard au nombre limité des manquements constatés, dont le caractère répété ne ressort pas des pièces du dossier, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur d'appréciation en procédant au retrait de l'habilitation dont bénéficiait la société requérante.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la société Caravane Center Ile-de-France est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 10 février 2021 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a retiré l'habilitation dont elle est titulaire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté du 10 février 2021 implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que l'habilitation individuelle pour l'utilisation du système d'immatriculation des véhicules " SIV " soit délivrée à la société requérante sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer cette habilitation à la société Caravane Center Ile-de-France dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement d'une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la société Caravane Center Ile-de-France et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 10 février 2021 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a retiré l'habilitation individuelle pour l'utilisation du système d'immatriculation des véhicules " SIV " dont la société Caravane Center Ile-de-France était titulaire est annulée.

Article 2 : L'État versera à la société Caravane Center Ile-de-France une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la société Caravane Center Ile-de-France est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Caravane Center Ile-de-France et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président,

M. Ausseil, conseiller,

Mme L'Hermine, conseillère,

Assistés par Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La rapporteure,

signé

M. L'Hermine

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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