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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2105356

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2105356

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2105356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantALBERT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 avril 2021 et le 6 février 2023, Mme B E, représentée par Me Albert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2020 du maire de la commune de Montlignon la mettant en demeure de réaliser l'entretien dans les trente jours de la parcelle cadastrée AD 38 dont elle est copropriétaire sur le territoire de la commune ainsi que la décision d'acceptation du recours gracieux sous conditions du 18 février 2021 et la décision de rejet du 24 mars 2021 de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Montlignon la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté n'est pas motivé ou, à tout le moins, qu'il ne l'est pas suffisamment en méconnaissance des articles L 211-2 et L 211-5 du code de relations entre le public et l'administration ;

- le maire a entaché l'arrêté contesté d'une erreur matérielle des faits des lors que le rapport de constatation du 14 décembre 2020 sur lequel il se fonde, comporte des erreurs, inexactitudes et contradictions ;

- le lien de causalité entre l'absence d'entretien de sa parcelle et les détériorations des concessions du cimetière n'est pas établi ni par les photographies ni par le rapport de constatation ;

- l'arrêté en litige n'est pas justifié par des risques spécifiques et n'est pas adapté à l'objectif poursuivi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, la commune de Montlignon, représentée par Me Gentilhomme, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de la requérante la somme de 3 500 € au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le motif tiré de la détérioration des concessions du cimetière par la végétation de la parcelle de la requérante, à le supposer même non établi, peut-être neutralisé dès lors que l'arrêté en litige est également fondé sur trois autres motifs qui le justifient légalement ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à Mme C A, en tant que copropriétaire de la parcelle en litige, qui n'a pas présenté d'observation.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gentilhomme, représentant la commune de Montlignon.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une mise en demeure du 23 octobre 2020, demeurée infructueuse, de procéder aux travaux d'entretien dans un délai de trente jours, de la parcelle cadastrée AD 38 dont Mme B E et Mme A sont propriétaires sur le territoire de la commune de Montlignon, le maire de cette commune a, par un arrêté du 28 décembre 2020, constaté le défaut d'entretien de cette parcelle, mis en demeure Mme E et Mme A de procéder aux opérations d'entretien requises dans un délai de trente jours, et a indiqué qu'il serait sinon procédé d'office par la commune, à l'issue de ce délai, au nettoyage du terrain ainsi qu'à la mise à leur charge des dépenses engendrées. Mme E a formé, le 16 février 2021, un recours gracieux à l'encontre de cette décision, à laquelle le maire de Montlignon a répondu le 18 février 2021. Le 24 mars 2021, le maire de la commune de Montlignon a informé la requérante que la commune allait engager les travaux nécessaires pour l'élagage du terrain, aux frais de ses propriétaires. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation de l'arrêté du 28 décembre 2020 et des décisions des 18 février et 24 mars 2021.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " doivent être motivées les décisions qui: 1o Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police; " L'article L.211-5 du même code dispose que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. En l'espèce, l'arrêté du 28 décembre 2020 vise expressément l'article L. 2213-25 du code général des collectivités territoriales sur le fondement duquel il a été pris et fait mention du rapport de constatation du 14 décembre 2020 établi par les services de la police municipale et de la mise en demeure du 23 octobre 2020 adressée à la requérante. En outre, l'arrêté en litige mentionne " le défaut d'entretien " de la parcelle cadastrée AD 38 dont elle est copropriétaire, le risque de prolifération des animaux nuisibles, la présence d'ambroisie, et l'absence d'effet de la première mise en demeure qui lui a été adressée. Enfin, contrairement à ce qu'affirme la requérante, il ne renvoie pas, pour sa motivation, à un autre acte, mais précise seulement que les terrains non entretenus sont en infraction avec les dispositions précitées du code général des collectivités territoriales et avec l'arrêté municipal n° 2020-241 portant règlement municipal de voirie. Il résulte de ces éléments que l'arrêté contesté du 28 décembre 2020 comporte bien les considérations de droit et de faits qui en constituent le fondement permettant ainsi à la requérante de le contester utilement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la requérante soutient que l'arrêté en litige est entaché d'erreurs matérielles dès lors que le rapport de constatation du 14 décembre 2020 sur lequel il se fonde, comporte des inexactitudes, des erreurs et des contradictions. Toutefois, les erreurs, inexactitudes ou contradictions du rapport de constatation que relève la requérante quant à l'identification de certaines tombes sont sans influence sur la légalité de l'arrêté en litige dès lors que ces éléments ne sont pas repris par le maire de la commune de Montlignon dans les motifs dudit arrêté qui mentionne uniquement des " détériorations importantes dues aux racines sur les concessions du cimetière ". Par ailleurs, en se bornant à soutenir que l'arrêté attaqué mentionne la présence d'ambroisie sur le terrain de la requérante alors qu'il est fait mention dans le rapport de constatation d'une pousse d'érable au pied d'une tombe qui serait la cause des dégradations, la requérante n'établit pas que l'arrêté en litige serait entaché d'une erreur matérielle. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2213-25 du code général des collectivités territoriales : " Faute pour le propriétaire ou ses ayants droit d'entretenir un terrain non bâti ou une partie de terrain non bâtie situé à l'intérieur d'une zone d'habitation ou à une distance maximum de 50 mètres des habitations, dépendances, chantiers, ateliers ou usines lui appartenant, le maire peut, pour des motifs d'environnement, lui notifier par arrêté l'obligation d'exécuter, à ses frais, les travaux de remise en état de ce terrain après mise en demeure. Si, au jour indiqué par l'arrêté de mise en demeure, les travaux de remise en état du terrain ou de la partie de terrain prescrits n'ont pas été effectués, le maire peut faire procéder d'office à leur exécution aux frais du propriétaire ou de ses ayants droit. "

6. D'une part, l'arrêté attaqué se fonde sur le motif tiré de ce que la prolifération de végétaux sur la parcelle de la requérante cause des dégradations importantes à des concessions funéraires dans le cimetière communal. La requérante soutient que le lien de causalité entre les détériorations importantes des concessions du cimetière communal constatées et la végétation présente sur sa parcelle, n'est pas établi. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des nombreuses photographies produites par la commune de Montlignon, prises sous des angles différents, et selon différents points de vue, ainsi que du rapport de constatation du 14 décembre 2020 établi par les services de la police municipale, que les plantes, arbres et végétation, laissés à l'abandon sur la parcelle de la requérante, ont non seulement envahi le mur mitoyen du cimetière communal, mais aussi certaines concessions, et que celles-ci ainsi que le sol du cimetière subissent des dégradations en raison notamment de leurs racines. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'entretien normal des sépultures par les concessionnaires ne saurait suffire à remédier aux dégradations constatées.

7. D'autre part, l'arrêté attaqué se fonde également sur l'absence d'entretien de la parcelle de la requérante et les risques qui en résultent pour les riverains en matière de prolifération d'animaux nuisibles. Il ressort des pièces du dossier, en particulier d'un courrier d'une riveraine, habitant en face de la parcelle, que des rats sont présents et qu'elle a été obligée de faire dératiser sa propriété. Le devis établi par la société de dératisation qui est intervenue à cet effet mentionne que la source " d'infestation " trouve son origine dans la parcelle de la requérante. Ce motif justifie d'ailleurs à lui seul l'arrêté en litige au regard des dispositions précitées de l'article L. 2213-25 du code général des collectivités territoriales. Dès lors, c'est à bon droit et sans commettre d'erreur de droit, que le maire a fait usage des pouvoirs que lui confèrent ces dispositions. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, si la requérante soutient que la mesure est disproportionnée, compte tenu des risques de prolifération des nuisibles qui viennent d'être rappelés et des dégradations subies par certaines concessions du cimetière, l'arrêté attaqué en se bornant à prescrire des travaux d'entretien sur la parcelle pour sa remise en état n'apparait pas disproportionné. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 28 décembre 2020, de la décision du 18 février 2021 et de la décision du 24 mars 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Montlignon présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de Mme E la somme de 1 000 €.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Mme E versera à la commune de Montligon la somme de 1 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à la commune de Montlignon et à Mme C A.

Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Feral, président, Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère et M. Amazouz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

signé

S. FLe président,

signé

R. FERAL

La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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