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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2105513

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2105513

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2105513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantEVODROIT-SCP INTER BARREAUX D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 avril 2021 et le 20 juin 2022, la Sarl JPM Immobilier, représentée par Me Julien Auchet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2020 par lequel le maire de la commune de Ronquerolles a refusé de lui délivrer un permis d'aménager un terrain situé 389 rue des Castors ;

2°) d'enjoindre à la commune de lui délivrer un permis d'aménager dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 500 euros par jour ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le maire s'est estimé lié par l'avis de l'architecte des bâtiments de France émis sur le fondement de l'article R. 425-30 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il lui oppose des motifs tirés de la conformité de la future construction aux règles d'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation en ce qu'il a retenu que le projet porte atteinte au site inscrit de la corne nord-est du Vexin français ;

- il est entaché d'un détournement de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, la commune de Ronquerolles, représentée par Me Ligneul, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la Sarl JPM Immobilier la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir à titre principal que la requête est irrecevable et à titre subsidiaire que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée le 21 octobre 2022 par ordonnance du 19 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baude, rapporteur,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

- et les observations de Me Pinguet, représentant la société JPM Immobilier.

Considérant ce qui suit :

1. La Sarl JPM Immobilier a fait l'acquisition le 16 octobre 2020 d'un terrain bâti situé 389 rue des Castors à Ronquerolles (95), dans le site inscrit de la " corne nord-est du Vexin français ", alors qu'était en cours d'instruction une demande de permis d'aménager ce terrain déposée par le précédent propriétaire ayant pour objet de l'autoriser à détacher un lot à bâtir de la parcelle. Par un arrêté en date du 30 octobre 2020, le maire de la commune de Ronquerolles a refusé de délivrer le permis d'aménager sollicité. Par la présente requête, la Sarl JPM Immobilier demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Ronquerolles :

2. Il ressort des pièces du dossier que la Sarl JPM Immobilier a fait l'acquisition le 16 octobre 2020 de la propriété pour l'aménagement de laquelle l'ancien propriétaire avait sollicité du maire de la commune de Ronquerolles un permis d'aménager, que le maire a refusé de délivrer par l'arrêté en litige du 30 octobre 2020. Dès lors la société n'avait pas à notifier son recours à l'ancien propriétaire, celui-ci n'étant pas titulaire d'une autorisation au sens de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, et justifie ainsi de son intérêt à agir dans le présent litige.

3. Il ressort en outre des pièces du dossier que le courrier du 23 décembre 2020 par lequel la société a demandé au maire de retirer la décision attaquée en raison de son illégalité avait pour objet d'exercer un recours gracieux, conservatoire du délai du recours contentieux, alors même qu'il n'évoquait que l'insuffisante motivation de la décision et qu'il indiquait que la requérante était prête à faire évoluer son projet.

4. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'écarter les fins de non-recevoir opposées en défense par la commune.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 424-5-1 du code de l'urbanisme, applicable aux refus de permis d'aménager : " si la décision comporte rejet de la demande (), elle doit être motivée ".

6. Il ressort des termes de la décision que le maire a motivé celle-ci par l'atteinte que le projet du pétitionnaire portait au site inscrit et par le caractère difficilement constructible du projet au vu de la pente du terrain, au visa des dispositions légales notamment du code de l'urbanisme et du plan local d'urbanisme en vigueur dans la commune sur lesquelles il s'est fondé pour prendre sa décision de refus. Par suite l'arrêté attaqué est suffisamment motivé.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le maire de la commune de Ronquerolles se serait estimé lié par l'avis de l'architecte des bâtiments de France.

8. En troisième lieu, si la société fait valoir que l'architecte des bâtiments de France avait donné un premier avis favorable le 24 septembre 2020 et que la commune insatisfaite aurait sollicité un second avis, elle ne l'établit pas. Par suite, le moyen tiré du détournement de procédure dont serait entaché l'arrêté du 30 octobre 2020 ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis () d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique ". Et aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis. ".

10. Il résulte de ces dispositions que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient en conséquence à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

11. La société requérante fait valoir que pour refuser le permis d'aménager sollicité, le maire de la commune de Ronquerolles a opéré un contrôle prématuré de compatibilité de son projet avec les règles d'urbanisme relatives à la constructibilité. Toutefois, s'agissant d'une demande de permis d'aménager ayant pour objet le détachement d'un lot à bâtir, le maire de la commune était fondé à opposer à la société des règles de constructibilité, au vu des caractéristiques de la demande d'aménagement, s'il apparaissait que l'application de ces règles conduirait à refuser ultérieurement des autorisations d'urbanisme. Le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'une erreur de droit doit ainsi être écarté.

12. En cinquième lieu, pour refuser à la société JM Immobilier le permis d'aménager, le maire de la commune s'est fondé sur la circonstance que le terrain était difficilement constructible en raison de sa pente, qu'y bâtir une construction emportera nécessairement son décaissement, et que le talus longeant la voie publique sera altéré par l'aménagement d'un accès automobile, portant atteinte au site inscrit " Corne Nord-Est du Vexin français ". Toutefois, il n'est pas établi que la difficulté de construire sur le terrain en pente faisant l'objet de la demande de permis rende celui-ci inconstructible. Il ne ressort pas d'avantage des pièces du dossier que le décaissement futur du terrain d'assiette ou l'aménagement d'un accès en pente douce à l'extrémité basse du terrain d'assiette soient de nature à porter atteinte au site inscrit alors que le projet se situe en zone urbanisée, que des maisons sont construites à proximité immédiate de l'emprise proposée pour la future maison, que l'ampleur du décaissement ne pouvait encore être appréciée avec certitude au vu de la demande et que la localisation de l'accès en partie basse du terrain présente l'intérêt de préserver la continuité en un seul tenant du talus végétalisé le long de la rue des Castors. Par suite la société requérante est fondée à soutenir que le maire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un permis d'aménager.

13. Il résulte de ce qui précède que la société requérante est fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté du 16 octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

15. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve de toute modification de fait ou de droit, d'enjoindre au maire de la commune de Ronquerolles de délivrer à la SARL JPM immobilier un permis d'aménager dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la commune de Ronquerolles une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 octobre 2020 du maire de la commune de Ronquerolles est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au maire de la commune de Ronquerolles de délivrer à la SARL JPM Immobilier un permis d'aménager dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : La commune de Ronquerolles versera à la SARL JPM Immobilier une somme de 1 500 en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à la SARL JPM Immobilier et à la commune de Ronquerolles.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Edert, président,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

signé

F.E. Baude La présidente,

signé

S. Edert

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise n ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 210055132

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