jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2105743 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CHIN-NIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 avril 2021 et le 22 octobre 2021, le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine, représenté par Me Blard, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner conjointement et solidairement les sociétés Bouygues Travaux Publics, Semeru, CMS Bessac, SEFI Intrafor, Intégrale Environnement, La Lyonnaise des Eaux et Qualiconsult, ainsi que le cabinet d'études Marc Merlin, à lui verser une provision de 870 372 euros toutes taxes comprises (TTC) à parfaire, réactualisée sur l'indice BT01 du coût de la construction à la date de son paiement effectif, en réparation des préjudices que lui ont causés les désordres ayant affecté le bassin de stockage / restitution d'eaux pluviales situé place des Fêtes à Bezons (Val-d'Oise), à assortir des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de sa requête et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre conjointement et solidairement à leur charge la somme de 34 346,08 euros au titre des dépens de l'instance ;
3°) de mettre conjointement et solidairement à leur charge la somme de 35 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour trancher le litige, qui tend à engager la responsabilité des participants à l'exécution d'un marché public de travaux ;
- il est fondé à engager la responsabilité solidaire des constructeurs qui ont contribué à la réalisation de l'ouvrage présentant de nombreux désordres, tant sur le terrain de leur responsabilité décennale que sur celui de leur responsabilité contractuelle :
. à titre principal, sur le terrain de la responsabilité décennale, les désordres sont intervenus en 2015 dans le délai de dix ans et, au regard de leur gravité, en l'occurrence des pompes et un grilleur inadaptés, un radier et une colonne de chasse inefficaces, et des agitateurs inopérants, ont rendu l'ouvrage impropre à sa destination ; sur ce plan, les entreprises membres du groupement solidaires ne peuvent échapper à leur responsabilité conjointe en l'absence de convention contraire à laquelle le maître de l'ouvrage aurait été partie et qui aurait fixé la part leur revenant dans l'exécution des travaux ; contrairement à ce qu'elle affirme, la société Intégrale Environnement ne saurait être déchargée de sa part de responsabilité, fût-elle très modeste ; quant au cabinet d'études Marc Merlin, sa responsabilité dans la défaillance de conception de l'ouvrage ressort clairement du rapport d'expertise ; contrairement à ce qu'elle soutient, la société Qualiconsult a manqué à son obligation de conseil au regard des anomalies grossières qu'elle n'a pas relevées ; enfin, les exploitants de l'ouvrage sont également responsables des désordres intervenus faute de préconisation de nature à y remédier quand il était encore temps, tandis que les entreprises chargées de la maintenance ont failli dans leurs obligations d'entretien, ce qui a aggravé les désordres subis ;
. à titre subsidiaire, sur le terrain de la responsabilité contractuelle, tant la maîtrise d'œuvre que les constructeurs ont commis des fautes, en retenant des solutions techniques contraires aux stipulations contractuelles applicables et en dérogeant aux solutions techniques du programme ; de plus, les entreprises exploitantes n'ont pas entretenu et maintenu l'ouvrage comme elles y étaient tenues en vertu desdites stipulations ;
- il dispose donc sur les sociétés défenderesses d'une créance non sérieusement contestable de 870 372 euros TTC correspondant aux travaux de réfection et aux frais et honoraires de la mission de maîtrise d'œuvre complète dans le cadre des travaux de réparation des désordres sur demande de l'expert judiciaire, évalués respectivement à 760 800 et 109 572 euros TTC, qui devra être assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, conformément aux dispositions des articles 1231-6 et 1343-2 du code civil ;
- il est fondé à solliciter une condamnation TTC en vertu de la présomption de non assujettissement des collectivités territoriales à la taxe sur la valeur ajoutée, que ne renversent pas les parties défenderesses ;
- cette condamnation doit inclure les honoraires liés à l'intervention de la maîtrise d'œuvre, indispensable au bon déroulement des travaux de réfection de l'ouvrage et qui a d'ailleurs fait l'objet d'un appel d'offres ;
- la somme réclamée au titre des frais irrépétibles est justifiée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 mai 2021, le 30 août 2021 et le 1er décembre 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Qualiconsult, représentée par Me Launey, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête et des éventuels appels en garantie dirigés contre elle, ainsi qu'à sa mise hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que les sociétés Bouygues Travaux Publics, Semeru, CMS Bessac, SEFI Intrafor, Intégrale Environnement et La Lyonnaise des Eaux, ainsi que le cabinet d'études Marc Merlin, la relèvent indemne et la garantissent des éventuelles condamnations prononcées à son encontre ;
3°) en tout état de cause, à la mise à la charge in solidum du Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine et de toutes parties succombant à l'instance de la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les désordres allégués par le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine, qui relèvent de pannes affectant les pompes de vidange du bassin de stockage et de rétention d'eaux pluviales, ne lui sont pas imputables dès lors qu'elle n'avait pas de mission relative au fonctionnement des installations ; d'ailleurs, l'expert l'a mise hors de cause, tandis que le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine ne motive pas ses prétentions à son encontre ;
- les défenderesses qui forment un appel en garantie à son encontre ne motivent pas leur action récursoire ni ne démontrent une faute lui incombant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2021, les sociétés Semeru et SEFI Intrafor, représentées par Me Ginoux, concluent :
1°) à titre principal, d'une part, au rejet de la requête en tant qu'elle est dirigée contre elles, et, d'autre part, à la mise hors de cause de la société SEFI Intrafor ;
2°) à titre subsidiaire, à la limitation des éventuelles condamnations de la société Semeru à 25 % du coût de remplacement des pompes et de leur modification, soit 56 000 euros, et 25 % du coût de la maintenance de l'ouvrage, à partager avec la société Suez, soit 28 000 euros ;
3°) à ce que le cabinet d'études Marc Merlin les relève indemnes et les garantisse des éventuelles condamnations prononcées à leur encontre ;
4°) à la mise à la charge du Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine et/ou de toute partie succombant à l'instance de la somme de 1 500 euros à verser à la société SEFI Intrafor au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
5°) à la mise à la charge du cabinet d'études Marc Merlin et/ou de toute partie succombant à l'instance de la somme de 3 500 euros à verser à la société Semeru au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et des entiers dépens de l'instance.
Elles font valoir que :
- les prestations à la charge de la société SEFI intrafor, relatives aux parois moulées du bassin et de l'ouvrage en amont, aux fondations et aux opérations d'injection, notamment des bouchons d'entrée et de sortie du tunnelier, sont étrangères aux désordres invoqués par le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine ; d'ailleurs l'expert ne lui a pas imputé de désordres ;
- contrairement aux erreurs de conception, les erreurs d'exécution et/ou de maintenance sont sérieusement contestables ; ainsi, les prestations réalisées par la société Semeru l'ont été en accord avec la maîtrise d'œuvre en charge de la conception de l'ouvrage ou sur la base de ses prescriptions techniques, de sorte que le cabinet d'études Marc Merlin doit être regardé comme le seul responsable des désordres en cause ; enfin, l'expert n'a pas retenu de défaut de maintenance au regard des obligations contractuelles de la société Semeru ; en tout état de cause, il n'y a pas eu d'aggravation des désordres liée à la qualité de la maintenance ;
- les conclusions présentées au titre des dépens et des frais irrépétibles sont injustifiées ;
- les conclusions tendant au versement d'intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts sont prématurées et contestables.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 juin 2021 et le 1er juillet 2021, la société Bessac, venant aux droits et obligations de la société CSM Bessac, représentée par Me Chin-Nin, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête du Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine et de toute demande d'appel en garantie formée à son encontre, ainsi qu'à sa mise hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, d'une part, à la limitation de ses éventuelles condamnations à 25 % du coût de remplacement des pompes et de leur modification, soit 56 000 euros, et, d'autre part, à un partage d'imputabilité au sein du groupement d'exécution composé des sociétés Bouygues Travaux Publics, Semeru, SEFI Intrafor et CSM Bessac, en la mettant hors de cause ;
3°) à ce que les sociétés Bouygues Travaux Publics, Semeru, SEFI Intrafor, Intégrale Environnement, Suez Eau France, venant aux droits et obligations de la société La des Eaux, et Qualiconsult, ainsi que le cabinet d'études Marc Merlin, la relèvent indemne et la garantissent des éventuelles condamnations prononcées à son encontre ;
4°) à la mise à la charge de toute partie succombant à l'instance de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et des entiers dépens de l'instance.
Elle fait valoir que :
- les prestations à sa charge, relatives au fonçage au microtunnelier, sont étrangères aux désordres invoqués par le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine ; d'ailleurs l'expert ne lui a pas imputé de désordres ; en vertu du protocole d'accord du 24 novembre 2008, son appartenance au groupement d'entreprises d'exécution ne suffit pas à engager sa responsabilité à fin d'une condamnation conjointe et solidaire ;
- sa responsabilité contractuelle ne peut davantage être engagée dès lors que l'ouvrage a été réceptionné ; en tout état de cause, il n'existe pas de lien de causalité entre son éventuelle faute et le dommage allégué ;
- dès lors que les désordres invoqués sont imputables au maître d'œuvre et que les entreprises membres du groupement n'y ont pas concouru, elle ne saurait être appelée en garantie d'une éventuelle condamnation in solidum ;
- à titre subsidiaire, la somme réclamée par le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine en réparation de son préjudice ne saurait excéder la somme de 634 000 euros HT correspondant aux travaux de reprise préconisés par l'expert ; à ce titre, le groupement d'entreprises solidaires ne saurait être condamné au-delà de la somme de 56 000 euros HT correspondant à 25 % du coût de remplacement des pompes, conformément au partage d'imputabilité ayant fixé à 25 % les problèmes d'exécution de l'ouvrage ; sur cette base, le tribunal devra opérer un partage entre les membres du groupement ;
- aucun appel en garantie la concernant n'est susceptible de prospérer.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 juin 2021 et le 9 juillet 2021, le cabinet d'études Marc Merlin, représenté par Me Balon, conclut :
1°) au rejet de la requête et de toutes demandes de condamnation et/ou de garantie dirigées contre lui ;
2°) le cas échéant, à ce que les sociétés Semeru et La Lyonnaise des Eaux le relèvent indemne et le garantissent des éventuelles condamnations prononcées à son encontre ;
3°) à la mise à la charge du Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- à titre principal, les désordres en litige ne lui sont pas imputables, sa solution de conception de l'ouvrage, dont la défaillance technique n'est pas démontrée, n'ayant pas été remise en cause par l'expert, qui s'est proposé de la conserver et a délibérément éludé plusieurs de ses observations, sans expliquer en quoi la divergence du type de pompes par rapport au cahier des clauses techniques particulières (CCTP) pouvait être à l'origine des dysfonctionnements observés ;
- les conclusions de l'expert étant contestables, le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine ne dispose à son encontre d'aucune créance non sérieusement contestable ;
- il ne saurait en tout état de cause solliciter une condamnation TTC alors qu'il ne justifie pas ne pas bénéficier du fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée institué par les articles L. 1615-1 à L. 1615-3 du code général des collectivités territoriales ;
- à titre subsidiaire, les dysfonctionnements des pompes procèdent d'une maintenance et d'un nettoyage insuffisants, ainsi que d'un effluent différent de celui contractuellement prévu ; dans l'hypothèse où il serait condamné, il est donc fondé à appeler les sociétés Semeru et La Lyonnaise des Eaux en garantie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2021, la société Suez Eau France, venant aux droits et obligations de la société La Lyonnaise des Eaux, représentée par Me Reibell, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête et à toutes demandes de condamnation et/ou de garantie la concernant ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que le cabinet d'études Marc Merlin et les sociétés Bouygues Travaux Publics, CSM Bessac, SEFI Intrafor, Intégrale Environnement et Qualiconsult la relèvent indemne et la garantissent solidairement des éventuelles condamnations prononcées à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, à la mise à la charge du Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine et de toute partie succombant à l'instance de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, dès lors qu'elle n'a pas la qualité de locateur d'ouvrage, sa responsabilité ne peut être engagée sur le terrain de la garantie décennale des constructeurs ; par ailleurs, elle s'est parfaitement acquittée de ses obligations contractuelles ;
- en tout état de cause, le principe de sa responsabilité excède la compétence du juge des référés ;
- à titre subsidiaire, si sa responsabilité était mise en cause, elle est fondée à appeler en garantie le cabinet d'études Marc Merlin et les sociétés Bouygues Travaux Publics, CSM Bessac, SEFI Intrafor, Intégrale Environnement et Qualiconsult.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2021, la société Bouygues Travaux Publics, représentée par Me Mauler, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête et à toutes demandes de condamnation et/ou de garantie la concernant, ainsi qu'à sa mise hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, à ce qu'une éventuelle condamnation soit limitée à la somme de 634 000 euros HT correspondant au coût des travaux de reprise validé par l'expert et, en ce qui la concerne, à la somme de 56 000 euros HT correspondant à la part mise à la charge de la société Semeru en sa qualité de co-traitant ;
3°) à ce que le cabinet d'études Marc Merlin et les sociétés Semeru et Suez Eau de France la relèvent indemne et la garantissent solidairement des éventuelles condamnations prononcées à son encontre ;
4°) en toute hypothèse, à la mise à la charge de toute partie succombant à l'instance de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et des entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- le quantum de l'indemnisation sollicitée ne saurait excéder la somme de 634 000 euros HT, le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine ne justifiant pas qu'il ne récupère pas la taxe sur la valeur ajoutée, tandis que la somme de 109 572 euros TTC revendiquée au titre des honoraires de maîtrise d'œuvre, non détaillée par l'expert, est sérieusement contestable ;
- les prestations à sa charge, relatives au génie civil et aux aménagements extérieurs, sont étrangères aux désordres invoqués par le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine ; d'ailleurs ses travaux ont été validés par la maîtrise d'œuvre et réceptionnés sans réserves ;
- seule la société Semeru, qui a installé des pompes inadaptées, est responsable des désordres intervenus dans le cadre de l'exécution de l'ouvrage, alors que les désordres invoqués sont majoritairement imputables au cabinet d'études Marc Merlin, chargé de la conception de l'ouvrage qui s'est avérée défaillante ; ce dernier devra donc réparer les préjudices nés de ces désordres à concurrence de la somme de 522 000 euros HT, et la société Semeru à concurrence de la somme de 56 000 euros HT, suivant les conclusions du rapport d'expertise ;
- dès lors que la défaillance de la maintenance a aggravé le désordre sur les pompes, il y a également lieu de mettre à la charge des sociétés Semeru et Suez Eau de France, la somme de 56 000 euros HT, pour moitié chacune ;
- sa qualité de mandataire du groupement ne la rend pas responsable des manquements inhérents à chacun de ses membres, conformément aux stipulations de l'article 18 des conditions générales de la convention de groupement momentané d'entreprises solidaires auxquelles ne déroge pas l'article 2 du protocole d'accord conclu entre les membres du groupement le 24 novembre 2008 ;
- à titre subsidiaire, si sa responsabilité était mise en cause, elle est fondée à appeler en garantie le cabinet d'études Marc Merlin et les sociétés Semeru et Suez Eau de France ;
- les conclusions présentées au titre des frais irrépétibles sont injustifiées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2021, la société Intégrale Environnement, représentée par Me Malarde, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête et à toutes demandes de condamnation et/ou de garantie la concernant ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que le cabinet d'études Marc Merlin et les sociétés Qualiconsult, Bouygues Travaux Publics, Semeru, CSM Bessac, SEFI Intrafor et La Lyonnaise des Eaux la relèvent indemne et la garantissent solidairement des éventuelles condamnations prononcées à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, à la mise à la charge du Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine et de toute partie succombant à l'instance de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, les prestations à sa charge, relatives à l'aspect architectural du bâtiment, aux ouvrages de second œuvre et aux aménagements paysagers, sont étrangères aux désordres invoqués par le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine ;
- en tout état de cause, la créance dont le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine se prévaut à son endroit est sérieusement contestable ;
- à titre subsidiaire, si sa responsabilité était mise en cause, elle est fondée à appeler en garantie le cabinet d'études Marc Merlin et les sociétés Qualiconsult, Bouygues Travaux Publics, Semeru, CSM Bessac, SEFI Intrafor et La Lyonnaise des Eaux.
Par ordonnance du 13 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 janvier 2022 à 12 heures.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n°s 1611742-1709657-1709237-1804040 du 15 janvier 2020 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. B A à la somme de 34 346,08 euros.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par un marché public de travaux conclu le 16 janvier 2009, le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine a confié au groupement d'entreprises solidaires composé des sociétés Bouygues Travaux Publics, Semeru, CMS Bessac et SEFI Intrafor la réalisation d'un bassin de stockage / restitution d'eaux pluviales situé place des Fêtes à Bezons (Val-d'Oise), afin de permettre le captage des eaux de ruissellement par temps de pluie et empêcher ainsi la pollution de la Seine. En raison de la complexité du projet, le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine s'est adjoint les services du cabinet Etudes et Synergies en qualité d'assistant à maîtrise d'ouvrage, en charge d'accompagner la consultation du maître d'œuvre jusqu'à sa nomination, sur la base des études précédemment effectuées par le cabinet Setegue. La maîtrise d'œuvre a été confiée au groupement d'entreprises composé du cabinet d'études Marc Merlin et de la société Intégrale Environnement et le contrôle technique à la société Qualiconsult, tandis que le groupement d'entreprises solidaires composé des sociétés Semeru et La Lyonnaise des Eaux a été chargé de l'exploitation du bassin en 2011, avant qu'un nouveau marché d'exploitation soit conclu avec la société Semeru le 24 août 2015. L'ouvrage a été mis en service en mai 2011 et réceptionné le 22 juin suivant avec des réserves, qui ont été levées le 31 janvier 2013. Estimant que différents désordres avaient affecté l'ouvrage, le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, le 15 décembre 2016, afin de désigner un expert, qui a rendu son rapport le 20 décembre 2019. Par la présente requête, le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 541-1 du code de justice administrative, de condamner conjointement et solidairement les sociétés Bouygues Travaux Publics, Semeru, CMS Bessac, SEFI Intrafor, Intégrale Environnement, La Lyonnaise des Eaux et Qualiconsult, ainsi que le cabinet d'études Marc Merlin, à lui verser une provision de 870 372 euros toutes taxes comprises (TTC) à parfaire, réactualisée sur l'indice BT01 du coût de la construction à la date de son paiement effectif, en réparation des préjudices que lui ont causés les désordres ayant affecté le bassin de stockage / restitution d'eaux de Bezons, à assortir des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de sa requête et de la capitalisation des intérêts, sur le fondement principal de la garantie décennale des constructeurs, et, à titre subsidiaire, sur celui de leur responsabilité contractuelle. Quant aux sociétés défenderesses, elles demandent principalement à être mises hors de cause, et, le cas échéant, forment des appels en garantie croisés.
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
Sur la demande de provision du Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine présentée à titre principal sur le terrain de la garantie décennale des constructeurs :
4. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. En application de ces principes, est susceptible de voir sa responsabilité engagée de plein droit toute personne appelée à participer à la construction de l'ouvrage, liée au maître de l'ouvrage par un contrat de louage d'ouvrage ou qui, bien qu'agissant en qualité de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, accomplit une mission assimilable à celle d'un locateur d'ouvrage, ainsi que toute personne qui vend, après achèvement, un ouvrage qu'elle a construit ou fait construire. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Il incombe enfin au juge administratif, lorsqu'est recherchée devant lui la responsabilité décennale des constructeurs, d'apprécier, au vu de l'argumentation que lui soumettent les parties sur ce point, si les conditions d'engagement de cette responsabilité sont ou non réunies et d'en tirer les conséquences, le cas échéant d'office, pour l'ensemble des constructeurs.
En ce qui concerne le caractère décennal des désordres :
5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert judiciaire rendu le 20 décembre 2019, que postérieurement à la réception du bassin de stockage / restitution d'eaux pluviales de Bezons le 22 juin 2021 et à la levée des réserves, le 31 janvier 2013, l'ouvrage a fonctionné en mode très dégradé dès 2015 en raison d'une colonne de chasse, d'agitateurs, d'un dégrilleur et d'un radier inefficaces, envahis de vase et de filasses, qui ont conduit les pompes à travailler en quasi permanence dans la boue. Ces dysfonctionnements, aggravés par une maintenance défectueuse, ont entraîné une usure précoce des garnitures des pompes et, dès la fin de l'année 2015, leur arrêt progressif et prématuré malgré l'engagement d'opérations curatives qui se sont avérées insuffisantes. Au vu du rapport de l'expert, de tels désordres, qui ont affecté l'ensemble du bassin de stockage, l'ont rendu impropre à sa destination. Le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine est donc fondé à soutenir que les désordres affectant le bassin de stockage / restitution d'eaux pluviales de Bezons sont de nature à engager la responsabilité des constructeurs sur le fondement de la garantie décennale.
En ce qui concerne la qualité de constructeur :
6. Il résulte de l'instruction que la société La Lyonnaise des Eaux n'est intervenue sur le bassin de stockage / rétention des eaux pluviales de Bezons qu'en qualité d'exploitante avec la société Semeru, de 2011 à 2015, période au cours de laquelle elle a été chargée de son entretien. Comme elle le soutient sans être sérieusement contestée sur ce point, elle n'avait donc pas la qualité de constructeur. Le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine ne peut donc être regardé comme détenant une créance non sérieusement contestable sur la société Suez Eau, venant aux droits et obligations de la société La Lyonnaise des Eaux, sur le fondement de la garantie décennale. En revanche, il résulte de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas contesté, que les autres parties au litige ont la qualité de constructeurs.
En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :
7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert évoqué ci-dessus, que les désordres ayant affecté le bassin de stockage / rétention des eaux pluviales de Bezons ont nécessité des travaux de reprise à concurrence d'une somme de 634 000 euros hors taxes (HT), dont 224 000 euros pour le remplacement des pompes et la modification des séquences de nettoyage, 174 000 euros pour l'installation de pompes à boues, 180 000 euros pour le nettoyage de l'ouvrage et 56 000 euros pour le remplacement du dégrilleur, soit 522 000 euros pour remédier à des défauts de conception, dont était responsable le cabinet d'études Marc Merlin, 56 000 euros à des problèmes d'exécution, dont était responsable la société Semeru, et 56 000 euros à des défaillances dans les opérations de maintenance dont étaient co-responsables les société Semeru et La Lyonnaise des Eaux. En revanche, au vu des conclusions de l'expert, il n'apparaît pas que, eu égard aux missions qui leur étaient confiées, les désordres en litige auraient été en quelque manière imputables aux autres constructeurs intervenus sur le marché. Par suite, la responsabilité de la société La Lyonnaise des Eaux ne relevant pas de la garantie décennale ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il y a lieu d'imputer les désordres en litige, d'une part, au cabinet d'études Marc Merlin, chargé de la conception et dont l'expert a estimé que par sa faute l'ouvrage n'était pas conforme aux programme initial et aux prescriptions du CCTP, et, d'autre part, à la société Semeru, en charge des équipements et de leur maintenance et dont l'expert a estimé non seulement qu'elle avait fourni des pompes non appropriées à la qualité des eaux dont elle avait connaissance, mais qu'elle s'était également imparfaitement acquittée de ses obligations d'entretien.
En ce qui concerne la solidarité :
8. En l'absence de stipulations contraires, les entreprises qui s'engagent conjointement et solidairement envers le maître de l'ouvrage à réaliser une opération de construction, s'engagent conjointement et solidairement non seulement à exécuter les travaux, mais encore à réparer le préjudice subi par le maître de l'ouvrage du fait de manquements dans l'exécution de leurs obligations contractuelles. Un constructeur ne peut échapper à sa responsabilité conjointe et solidaire avec les autres entreprises co-contractantes, au motif qu'il n'a pas réellement participé aux travaux révélant un tel manquement, que si une convention, à laquelle le maître de l'ouvrage est partie, fixe la part qui lui revient dans l'exécution des travaux.
9. Il résulte de l'instruction que les travaux d'exécution du bassin de stockage / rétention des eaux pluviales de Bezons ont été confiés à un groupement d'entreprises solidaires composé de la société mandataire Bouygues Travaux Publics, et des sociétés Semeru, CSM Bessac et SEFI Intrafor. Selon l'article 18 de la convention de ce groupement momentané signée entre ses membres, la " () solidarité qui lie chaque membre au maître d'ouvrage a pour conséquence que chacun des membres est engagé pour la totalité de l'exécution des travaux et après la réception au titre des garanties légales uniquement vis-à-vis du maître de l'ouvrage. Ce dernier est susceptible de mettre en cause n'importe quel membre du groupement pour obtenir la réparation de la totalité de son préjudice. / Dans cette hypothèse, le (ou les) membre(s) concerné(s)s doit (doivent) en garantir les autres intégralement. () ". Contrairement à ce que soutient la société Bouygues Travaux Publics, ces stipulations ne font pas échec à ce qu'elle soit solidaire des condamnations auxquelles succombe la société Semeru. De même, contrairement à ce que soutient la société CSM Bessac, aux droits et obligations de laquelle vient la société Bessac, l'article 2 du protocole d'accord signé entre les membres du groupement le 24 novembre 2008, aux termes duquel " si, au terme du marché, le mandataire est solidaire des membres du groupement vis-à-vis du maître d'ouvrage, le bénéfice de cette solidarité ne s'étend ni aux tiers, ni aux membres dans leurs rapports respectifs ", ne fait pas échec au principe de solidarité entre les membres du groupement lorsque l'un d'entre eux est condamné à réparer le préjudice du maître de l'ouvrage sur le terrain de la responsabilité décennale. En tout état de cause, le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine n'a été partie à aucune des conventions et accords signés entre les membres du groupement de sorte que, en toute hypothèse, leurs stipulations ne lui seraient pas opposables. Il y a donc lieu de condamner les sociétés Bouygues Travaux Publics, Bessac, venant aux droits et obligations de la société CSM bessac, et SEFI Intrafor à indemniser le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine de son préjudice solidairement avec la société Semeru.
10. Il résulte de ce qui précède que les dommages en litige sont imputables au Cabinet d'études Marc Merlin et à la société Semeru, dont sont solidairement responsables les sociétés Bouygues Travaux Publics, Bessac, venant aux droits et obligations de la société CSM Bessac, et SEFI Intrafor. Il y a donc lieu de condamner ces sociétés in solidum à réparer les préjudices subis par le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine. En revanche, dès lors qu'elles n'ont pas été reconnues responsables des désordres relevés par l'expert sur le terrain de la garantie décennale et qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'elles appartiendraient à un groupement d'entreprises solidaires, il y a lieu de mettre hors de cause les autres parties au litige, en l'occurrence les sociétés Intégrale Environnement, Qualiconsult et La Lyonnaise des Eaux, aux droits et obligations de laquelle vient la société Suez Eau France.
En ce qui concerne le montant des préjudices :
11. En premier lieu, le montant du préjudice dont le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine est fondé à demander la réparation à raison des désordres ayant affecté le bassin de stockage / rétention des eaux pluviales de Bezons correspond aux frais qu'il a dû engager pour les travaux de réfection. Ces frais comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée, élément indissociable du coût des travaux, à moins qu'il ne relève d'un régime fiscal lui permettant normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle qu'il a perçue à raison de ses propres opérations. Or, il ne résulte pas de l'instruction que le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine aurait demandé à être assujetti à la taxe en vertu des dispositions législatives qui lui sont applicables. Si, en vertu de l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales, le fonds de compensation vise à compenser la taxe sur la valeur ajoutée acquittée par les collectivités territoriales et leurs groupements, notamment sur leurs dépenses d'investissement, il ne modifie cependant pas le régime fiscal des opérations de ces collectivités. Ainsi, ces dernières dispositions ne font pas obstacle à ce que la taxe grevant les travaux de réfection d'un ouvrage d'assainissement soit incluse dans le montant de l'indemnité due au syndicat qui l'exploite, alors même qu'il pourrait bénéficier de sommes issues de ce fonds pour cette catégorie de dépenses. Par suite, le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine est fondé à demander une indemnité incluant le montant de la taxe sur la valeur ajoutée acquittée pour les travaux de réfection du bassin de stockage / rétention des eaux pluviales de Bezons, soit 760 800 euros toutes taxes comprises (TTC). En revanche, si le syndicat soutient qu'il a droit en plus à la somme de 109 572 euros TTC au titre des dépenses de maîtrise d'œuvre qu'il a dû engager dans le cadre des travaux de réfection en cause, il n'en justifie pas le montant, qui ne ressort pas du rapport de l'expert, ni n'établit avoir conclu un marché à cette fin.
12. Il résulte de ce qui précède que le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine dispose seulement d'une créance non sérieusement contestable de 760 800 euros TTC. Toutefois, le Syndicat ne soutenant ni n'établissant qu'il n'aurait pas été en mesure de financer les travaux de réfection à la date du dépôt du rapport d'expertise, il n'y a pas lieu d'indexer cette somme sur l'indice du coût de la construction. Par suite, il y a lieu de fixer à 760 800 euros TTC le montant de la provision due au Syndicat sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :
13. En premier lieu, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts au taux légal dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine a donc droit aux intérêts au taux légal sur les indemnités mentionnées au point précédent à compter du 28 avril 2021, date d'enregistrement de la présente requête.
14. En second lieu, aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ".
15. Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
16. La demande tendant à la capitalisation des intérêts a été présentée le 28 avril 2021, date d'enregistrement de la présente requête. A cette date, une année d'intérêts n'avait pas encore couru. Par suite, les intérêts produits par la somme de 760 800 euros TTC mise à la charge du cabinet d'études Marc Merlin et des sociétés Semeru, Bouygues Travaux Publics, Bessac, venant aux droits et obligations de la société CSM Bessac, et SEFI Intrafor se capitaliseront à compter du 28 avril 2022 et à chaque échéance annuelle postérieure.
Sur les appels en garantie :
17. Au regard des conclusions de l'expert, le cabinet d'études Marc Merlin et la société Semeru peuvent être tenus pour responsables à concurrence de 85 % et 15 % respectivement des désordres intervenus sur le bassin de stockage / rétention des eaux pluviales de Bezons.
En ce qui concerne les conclusions des sociétés Intégrale Environnement, Qualiconsult et Suez Eau France venant aux droits et obligations de la société La Lyonnaise des Eaux :
18. La responsabilité des sociétés Intégrale Environnement, Qualiconsult et Suez Eau France, venant aux droits et obligations de la société La Lyonnaise des Eaux, n'ayant pas été retenue dans l'imputabilité des désordres subis par le bassin de stockage / rétention des eaux pluviales de Bezons, leurs conclusions d'appels en garantie doivent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions du cabinet d'études Marc Merlin :
19. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la part de responsabilité du cabinet d'études Marc Merlin est fixée à 85 %. Par suite, il est fondé à demander que la société Semeru le garantisse à hauteur de 15 % des condamnations prononcées à son encontre. En revanche, son appel en garantie dirigé contre la société Suez Eau France, venant aux droits et obligations de la société La Lyonnaise des Eaux, dont la responsabilité n'est pas engagée au titre de la garantie décennale des constructeurs, ne peut être accueilli.
En ce qui concerne les conclusions des sociétés Semeru, SEFI Intrafor, Bouygues Travaux Publics et Bessac :
20. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la part de responsabilité de la société Semeru, dont les sociétés SEFI Intrafor, Bouygues Travaux Publics et Bessac, venant aux droits et obligations de la société CSM Bessac, sont solidaires dès lors qu'elles appartenaient au même groupement d'entreprises, a été fixée à 15 %. Par suite, les sociétés Semeru, SEFI Intrafor, Bouygues Travaux Publics et Bessac sont fondées à demander que le cabinet d'études Marc Merlin les garantissent à hauteur de 85 % des condamnations prononcées à l'encontre de la société Semeru. En revanche, leurs appels en garantie dirigés contre les sociétés Intégrale Environnement, Qualiconsult et Suez Eau France, venant aux droits et obligations de la société La Lyonnaise des Eaux, dont la responsabilité n'est pas engagée au titre de la garantie décennale des constructeurs, ne peuvent être accueillis. Dès lors qu'elles appartiennent au même groupement d'entreprises solidaires, il en va de même des appels en garantie qu'elles forment les unes contre les autres.
Sur la demande de provision du Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine présentée à titre subsidiaire sur le terrain de la responsabilité contractuelle :
21. Dès lors que la réception des travaux est intervenue en 2011 et que les dernières réserves ont été levées le 31 janvier 2013, le Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine n'est pas fondé à demander l'indemnisation de ses préjudices en invoquant la responsabilité contractuelle des intervenants du marché. Ses conclusions présentées à titre subsidiaire sur ce terrain ne peuvent donc être accueillies.
Sur les frais liés à l'instance :
En ce qui concerne les dépens :
22. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens. ".
23. Par une ordonnance n°s 1611742-1709657-1709237-1804040 du 15 janvier 2020, le président du tribunal a taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. B A à la somme de 34 346,08 euros. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre cette somme à la charge définitive, solidairement, du cabinet d'études Marc Merlin et des sociétés Semeru, Bouygues Travaux Publics, Bessac, venant aux droits et obligations de la société CSM Bessac, et SEFI Intrafor.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
24. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que des sommes soient mises à la charge du Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine et des sociétés Intégrale Environnement, Qualiconsult et Suez Eau France qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes.
25. En deuxième lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre la somme de 2 000 euros à la charge, solidairement, du cabinet d'études Marc Merlin et des sociétés Semeru, Bouygues Travaux Publics, Bessac, venant aux droits et obligations de la société CSM Bessac, et SEFI Intrafor, à verser au Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine, au titre de ces mêmes dispositions.
26. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter le surplus des conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal ordonne :
Article 1er : Le cabinet d'études Marc Merlin et les sociétés Semeru, Bouygues Travaux Publics, Bessac, venant aux droits et obligations de la société CSM Bessac, et SEFI Intrafor sont condamnées in solidum à verser au Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine la provision de 760 800 euros toutes taxes comprises (TTC). Cette somme est assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 avril 2021. Les intérêts échus au 28 avril 2022 seront capitalisés à cette date puis à chaque date anniversaire.
Article 2 : La société Semeru est condamnée à garantir le cabinet d'études Marc Merlin à hauteur de 15 % de la condamnation prononcée à l'article 1er ci-dessus.
Article 3 : Le cabinet d'études Marc Merlin est condamné à garantir les sociétés Semeru, SEFI Intrafor, Bouygues Travaux Publics et Bessac à hauteur de 85 % de la condamnation prononcée à l'article 1er ci-dessus.
Article 4 : Les dépens de l'instance, liquidés et taxés à la somme de 34 346,08 euros, sont mis à la charge définitive, solidairement, du cabinet d'études Marc Merlin et des sociétés Semeru, Bouygues Travaux Publics, Bessac, venant aux droits et obligations de la société CSM Bessac, et SEFI Intrafor.
Article 5 : Le cabinet d'études Marc Merlin et les sociétés Semeru, Bouygues Travaux Publics, Bessac, venant aux droits et obligations de la société CSM Bessac, et SEFI Intrafor verseront, solidairement, la somme de 2 000 euros au Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête et des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée au Syndicat d'assainissement de la boucle de la Seine, au cabinet d'études Marc Merlin et aux sociétés Suez Eau France, venant aux droits et obligations de la société La Lyonnaise des eaux, Semeru, Bouygues Travaux Publics, Bessac, venant aux droits et obligations de la société CSM Bessac, SEFI Intrafor, Intégrale Environnement et Qualiconsult.
Fait à Cergy, le 29 février 2024.
La juge des référés,
signé
C. Oriol
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026