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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2105928

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2105928

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2105928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre (J.U.)
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 avril 2021 et le 28 septembre 2021, M. B, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 26 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions portant retrait de points auxquelles elle se réfère, à la suite des infractions commises le 9 janvier 2016 (3 points), le 6 mai 2016 (1 point), le 27 mai 2016 (1 point), le 30 juillet 2016 (4 points), le 16 février 2017 (1 point), le 15 avril 2017 (3 points), le 24 octobre 2018 (4 points), le 25 avril 2019 (1 point), le 5 juillet 2019 (3 points), le 19 août 2019 (3 points), le 25 janvier 2020 (4 points), le 27 janvier 2020 (1 point), le 18 août 2020 (1 point) et le 26 août 2020 (4 points) ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre le retrait de point consécutif à l'infraction commise le 25 avril 2019, qui a été restitué à M. B, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

A concurrence de ce surplus, il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 14 mars 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions dirigées contre les retraits de points consécutifs aux infractions commises le 6 mai 2016 et le 16 février 2017, restitués à M. B, sont privées d'objet et qu'il n'y a dès lors pas lieu d'y statuer.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Oriol, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision " 48 SI " du 26 mars 2021, le ministre de l'intérieur, prenant acte des retraits de points opérés sur le permis de conduire de M. B, a prononcé l'invalidation de ce permis pour solde de points nul. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation des différents retraits de points opérés sur son permis de conduire et de la décision " 48 SI " dont il a subséquemment fait l'objet.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort du relevé intégral daté du 5 juillet 2021 produit en défense par le ministre de l'intérieur que les points retirés à la suite des infractions commises par M. B le 6 mai 2016, le 16 février 2017 et le 25 avril 2019 lui ont été restitués, respectivement le 4 février 2017, le 1er décembre 2017 et le 15 janvier 2020. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'annulation des décisions portant retrait des points qui lui ont été restitués, ni sur les conclusions à fin d'injonction correspondantes.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant des infractions commises les 9 janvier 2016, 15 avril 2017, 24 octobre 2018 et 26 août 2020 :

4. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral du 5 juillet 2021 évoqué ci-dessus que les infractions commises par M. B le 9 janvier 2016, le 15 avril 2017, le 24 octobre 2018 et le 26 août 2020 ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires de l'amende forfaitaire majorée, dont il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé les aurait réglés après avoir reçu les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, il résulte du relevé d'information intégral en cause que M. B a bénéficié, à l'occasion de précédentes infractions commises le 12 juillet 2015, le 27 mai 2016, le 30 juillet 2016, le 25 janvier 2020, le 27 janvier 2020 et le 18 août 2020, qui ont donné lieu à l'émission d'amendes forfaitaires qu'il a réglées, de l'ensemble des informations légalement exigées, y compris celles relatives au traitement automatisé des points et à la possibilité d'exercer un droit d'accès. Dès lors, à supposer même qu'il n'ait pas reçu les informations lors de la constatation des infractions des 9 janvier 2016, 15 avril 2017, 24 octobre 2018 et 26 août 2020, M. B n'a pas été privé d'une garantie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que les décisions ayant retiré des points de son permis de conduire à la suite des infractions en cause sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière.

S'agissant des infractions commises les 27 mai 2016, 30 juillet 2016, 25 janvier 2020, 27 janvier 2020 et 18 août 2020 :

5. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

6. Il ressort du relevé d'information intégral versé à l'instance que les infractions commises par M. B les 27 mai 2016, 30 juillet 2016, 25 janvier 2020, 27 janvier 2020 et 18 août 2020 ont été constatées par radar électronique ou procès-verbal électronique et ont donné lieu au paiement d'une amende forfaitaire. Si l'administration ne produit, s'agissant de ces infractions, ni le procès-verbal électronique ni l'attestation de paiement établie par le comptable public, l'indication du paiement des amendes forfaitaires sur le relevé intégral de M. B formalisé pour ces infractions par la mention " AF amende forfaitaire ", suffit à établir que l'intéressé a nécessairement été mis en possession d'un avis de contravention et d'une carte de paiement, dont la détention est indispensable pour payer l'amende forfaitaire. Par suite, alors que M. B n'apporte aucun élément tendant à démontrer que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets au regard des dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations pertinentes lui ont été délivrées. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 5 juillet 2019 :

7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

8. Il ressort des pièces produites en défense par le ministre de l'intérieur que l'infraction commise par M. B le 5 juillet 2019 a été constatée au moyen d'un procès-verbal électronique, que l'intéressé a signé, puis à l'émission d'une amende forfaitaire majorée. La signature de M. B établit que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lui ont été délivrées. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure s'agissant de l'infraction en cause, qui manque en fait, doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 19 août 2019 :

9. Le ministre de l'intérieur soutient qu'à la suite de l'infraction commise le 19 août 2019, constatée par radar électronique, M. B a reçu à son domicile un avis d'amende forfaitaire majorée, qu'il s'est abstenu de réclamer et qui a été retournée au CST-CSA. Toutefois, pour en justifier, le ministre se borne à verser à l'instance un avis de réception sur lequel est coché la mention " pli avisé et non réclamé ", mais qui ne mentionne ni la date à laquelle M. B a été avisé de la mise à disposition du pli, ni la nature du document qu'il contenait. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir qu'il n'a pas bénéficié de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par conséquent, la décision emportant le retrait de points correspondant à cette infraction doit être annulée.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

10. Si l'annulation contentieuse d'une décision de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à M. B le bénéfice des points irrégulièrement retirés de son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 19 août 2019 et de réexaminer sa situation dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant retrait de points à la suite des infractions commises par M. B le 6 mai 2016, le 16 février 2017 et le 25 avril 2019, ni sur les conclusions à fin d'injonction correspondantes.

Article 2 : La décision portant retrait de points sur le permis de conduire de M. B à la suite de l'infraction commise le 19 août 2019 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à M. B le bénéfice des points retirés à la suite de l'infraction commise le 19 août 2019, sous réserve qu'ils aient déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer sa situation pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

2

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