mardi 17 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2106798 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | TRAORE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 mai 2021, 12 juillet 2022, M. B, représenté par Me B, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2021 du préfet des Hauts-de-Seine en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français et lui interdit d'y retourner pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa demande de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros à la SAS Itra Consulting, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine s'est cru à tort lié par la décision de la Cour nationale du droit d'asile et a méconnu l'article 6 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit les conditions fixées à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit ;
- l'interdiction de retour en France d'une durée d'un an est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles au dossier.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office tirés :
- de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour en France d'une durée d'un an du 7 mai 2021, dès lors qu'elles constituent des conclusions nouvelles qui ont été présentées dans le mémoire enregistré le 12 juillet 2022, après l'expiration du délai de recours contentieux
- de ce que le moyen de légalité externe tenant à l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, présenté dans le mémoire enregistré le 12 juillet 2022, qui se rattache à une cause juridique distincte de celle des moyens invoqués dans la requête introduite le 24 mai 2021, est irrecevable.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant malien né en 1992, expose qu'il est entré sur le territoire français le 19 septembre 2018 pour y solliciter le bénéfice de la protection internationale. Sa demande a été rejetée en dernier lieu par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 décembre 2020. Consécutivement, par un arrêté du 7 mai 2021, le préfet des Hauts-de-Seine, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an. M. B demande l'annulation des décisions du 7 mai 2021 portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour en France d'une durée d'un an.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, après l'expiration du délai de recours contre un acte administratif, sont irrecevables, sauf s'ils sont d'ordre public, les moyens présentés par le requérant qui ne se rattachent pas à l'une ou l'autre des deux causes juridiques, tirées de la régularité de la décision attaquée et de son bien-fondé, invoquées dans la requête avant l'expiration de ce délai. Pour l'application de ce principe, le délai de recours doit être regardé comme commençant à courir soit à compter de la publication ou de la notification complète et régulière de l'acte attaqué soit, au plus tard, à compter, pour ce qui concerne un requérant donné, de l'introduction de son recours contentieux contre cet acte.
3. Il ressort des pièces du dossier que le moyen de légalité externe soulevé par M. B à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 7 mai 2021 et tiré de ce que cette décision est insuffisamment motivée, a été présenté dans un mémoire enregistré le 12 juillet 2022 au greffe du tribunal administratif, soit après l'expiration du délai de recours contentieux. Ainsi que les parties en ont été informées, ce moyen se rattache à une cause juridique distincte de celle dont relèvent les moyens de légalité interne invoqués dans la requête introductive d'instance et est, par suite, irrecevable.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine s'est estimé lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et de la Cour nationale du droit d'asile rejetant la demande d'asile de M. B et qu'il aurait ainsi méconnu les articles 5 et 6 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008. Par suite, ce moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. B se prévaut de la signature d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel, avec la société YI2M le 16 février 2021, en qualité d'agent polyvalent à raison d'un taux horaire mensuel de 43,33 heures et rémunéré quatre-cent-quarante-sept euros et quatre-vingt-seize centimes (447,96 euros). Toutefois, cette expérience professionnelle très récente, n'est pas à elle - seule suffisante pour considérer que M. B a fixé le centre de ses intérêts personnels et professionnels en France. Par ailleurs, à la date de la décision attaquée, l'intéressé qui était présent sur le territoire français depuis moins de trois ans, était célibataire, sans charge de famille, et ne justifiait pas d'une autre intégration que cette expérience professionnelle limitée. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine, en l'obligeant à quitter le territoire français, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise et qu'il a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. Ces stipulations qui n'ont ni pour objet, ni pour effet, de contraindre l'intéressé à retourner dans son pays d'origine, ne sont opérantes qu'à l'égard de la décision fixant le pays à destination duquel un ressortissant étranger est susceptible d'être reconduit s'il se maintient sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire. Par suite, M. B ne peut utilement s'en prévaloir à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". En outre, indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement obliger un ressortissant étranger à quitter le territoire français que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
10. En l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée qui vise l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est motivée par la circonstance que la demande de M. B, tendant au bénéfice de la protection internationale, a été rejetée par une décision du 31 mars 2020 prise par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et confirmée par la Cour nationale du droit d'asile du 30 décembre 2020. M. B soutient que le préfet ne pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français dans la mesure où il remplit les conditions fixées à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit. Toutefois, ces dispositions ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Ainsi, M. B, qui ne relève pas du cas où il pourrait bénéficier d'un titre de séjour de plein droit, entrait ainsi dans celui visé au 4° de l'article L. 611-1 précité. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre de M. B, une obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
Sur l'interdiction de retour en France d'une durée d'un an :
11. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa requête introductive d'instance enregistrée le 20 mai 2021, M. B a uniquement demandé l'annulation de la décision du 7 mai 2021 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du même jour, par laquelle cette même autorité a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an, qui ont été formulées pour la première fois à l'appui d'un mémoire enregistré le 12 juillet 2021, ont été présentées après l'expiration du délai de quinze jours suivant l'introduction du recours contentieux. Par suite, ainsi que les parties en ont été informées, ces conclusions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 7 mai 2021 portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour en France pour une durée d'un an. Il en résulte que la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution et que M. B ne peut prétendre à la condamnation de l'Etat au paiement de frais non compris dans les dépens. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, tout comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
M. Louvel, premier conseiller,
Mme Zaccaron Guérin, conseillère,
Assistés de Mme Le Gueux, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.
La rapporteure,
signé
C. Zaccaron Guérin Le président,
signé
P. Thierry
La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 21067982
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026