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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2107585

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2107585

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2107585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantCHAMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2021, Mme A B, représentée par Me Chamas, demande au tribunal

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 26 mars 2021 par laquelle la commission de médiation du département du Val-d'Oise a refusé de reconnaitre sa demande de logement social comme prioritaire et urgente ;

3°) d'enjoindre à la commission de médiation de reconnaitre sa demande prioritaire et urgente dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat à verser à son conseil, ou à elle-même dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise à l'aide juridictionnelle, une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de condamner l'Etat aux dépens.

Elle soutient :

- que la décision est entachée d'un vice de procédure, le préfet n'établissant pas que la commission était régulièrement composée ;

- qu'elle est entachée d'erreurs de droit dès lors qu'elle remplit les critères posés par les articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation et que la commission a ajouté une condition à la loi ;

- qu'elle est dépourvue de logement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bories, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bories, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a saisi la commission de médiation du département du Val-d'Oise d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 26 mars 2021, la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 10 janvier 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise, a accordé à Mme B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, il n'y a plus de statuer sur sa demande tendant à l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable () dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 () ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. () III. - La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

5. Pour rejeter la demande de la requérante, la commission a considéré que si Mme B était demandeur de logement social depuis plus de trois ans et dépourvue de logement, elle avait été reconnue prioritaire et devant être accueillie en structure d'hébergement par la commission de médiation du Val-d'Oise le 23 octobre 2020 et qu'elle conservait le bénéfice de cette décision. Il ne résulte toutefois d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'un demandeur qui appartient aux catégories mentionnées par les dispositions législatives citées au point 3 ne pourrait pas se voir reconnaitre prioritaire au titre d'une demande de logement social après avoir été reconnu prioritaire au titre d'une demande d'hébergement. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que la décision attaquée par laquelle la commission de médiation a refusé de la reconnaître comme prioritaire et devant être logée en urgence au seul motif qu'elle avait été précédemment reconnue comme devant être hébergée en urgence est entachée d'erreur de droit et doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que la commission de médiation du département du Val-d'Oise procède au réexamen de la demande de Mme B. Il y a lieu, par suite, de lui enjoindre de procéder à son réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 080 euros à verser à Me Chamas. En revanche, la présente instance n'ayant occasionné aucun dépens, il n'y a pas lieu de les mettre à la charge de l'État.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par Mme B.

Article 2 : La décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise du 26 mars 2021 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la commission de médiation du département du Val-d'Oise de réexaminer la demande de Mme B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Chamas la somme de 1 080 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Chamas et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera délivrée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Lefebvre La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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