mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2109609 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | HAMDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2021, la SASU Anss Auto, représentée par Me Hamdi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 avril 2021 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a suspendu son habilitation à intervenir sur le système d'immatriculation des véhicules (SIV) ;
2°) d'annuler la décision du 13 juillet 2021 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a retiré son habilitation à intervenir sur le système d'immatriculation des véhicules (SIV) ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui redonner cette habilitation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les décisions attaquées sont signées par une autorité incompétente ;
- la décision portant retrait de son habilitation est insuffisamment motivée ;
- il n'a pas été mis à même de solliciter la communication de son dossier préalablement à l'édiction des décisions querellées ;
- elles méconnaissent l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision portant retrait de son habilitation est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 février 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,
- les conclusions de M. Bories, rapporteur public,
- les observations de Me Hamdi, représentant la SASU Anss Auto,
- et les observations de Mme D, représentant le préfet du Val-d'Oise.
Considérant ce qui suit :
1. Par une convention d'habilitation individuelle du 15 mars 2021, la SASU Anss Auto a été habilitée, en qualité de professionnelle de l'automobile, à effectuer pour ses clients les formalités administratives liées aux opérations d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion au sein du système d'immatriculation de véhicules (SIV). Le 25 mars 2021, constatant des anomalies dans la conformité des dossiers, les services de la préfecture du Val-d'Oise ont procédé à une enquête administrative de l'activité de la SASU Anss Auto. Le 27 avril 2021, le préfet du Val-d'Oise, estimant que la société requérante avait commis des dysfonctionnements graves compromettant la conformité des opérations d'immatriculation, a immédiatement suspendu l'habilitation dont disposait la SASU Anss Auto et lui a laissé un délai de trente jours pour présenter ses observations sur un éventuel retrait de son habilitation. Par une décision du 13 juillet 2021 le préfet du Val-d'Oise a procédé au retrait de l'habilitation. La société requérante demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. B A, chef du bureau de la sécurité intérieure, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin consentie par le préfet du Val-d'Oise par un arrêté n° 21-005 du 25 février 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 26 février 2021. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". L'article L. 211-2 du même code dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L.121-2 du même code " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; / () ".
4. La décision de retrait comme de suspension de l'habilitation pour l'utilisation du système d'immatriculation des véhicules, prise à la suite du constat de manquements à la convention individuelle signée par le professionnel de l'automobile avec le ministère de l'intérieur, présentent le caractère d'une mesure de police prise dans le cadre d'une législation encadrant l'immatriculation des véhicules et destinée à assurer l'ordre public. Elles sont donc soumises à l'obligation de motivation et doivent être précédées d'une procédure contradictoire préalable, sauf si l'urgence le justifie, telles que prévue par les dispositions citées au point précédent du code des relations entre le public et l'administration.
5. D'une part, les décisions querellées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont donc suffisamment motivées.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'avant de décider, le 13 juillet 2021, du retrait de l'habilitation de la SASU Anss Auto, le préfet du Val-d'Oise l'a mis à même, au sein de la décision du 27 avril précédent, de présenter ses observations écrites et orales, et lui a également indiqué qu'il pouvait se faire assister par un conseil ou être représenté par un mandataire de son choix. La société requérante, à laquelle le préfet avait accordé un délai de trente jours, a présenté ses observations écrites le 27 mai 2021. Le préfet n'a donc, ce faisant, pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 121-1du code des relations entre le public et l'administration.
7. Enfin, s'il résulte des dispositions citées au point 3 du présent jugement et de l'article 10 de la convention d'habilitation individuelle du 15 mars 2021, que la suspension de l'habilitation de la société requérante ne pouvait en principe intervenir qu'après la mise en œuvre de la procédure contradictoire lui permettant de présenter des observations écrites et, le cas échéant, orales, il résulte par ailleurs des dispositions précitées de L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, applicables en l'espèce, que l'autorité compétente n'est pas tenue, en cas d'urgence ou lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public, d'organiser une procédure contradictoire préalable. A cet égard, et ainsi qu'il a été dit, la décision attaquée du 27 avril 2021 a été prise au motif, notamment, que la sécurité et la fiabilité des données personnelles télétransmises sur plusieurs dossiers n'étaient pas assurées par la requérante. Compte tenu de la gravité des faits reprochés à la SASU Anss Auto, lesquels ne sont pas sérieusement contestés par l'intéressée, le préfet du Val-d'Oise a pu à bon droit prendre la décision attaquée en urgence, sans organiser, au préalable, une procédure contradictoire. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 3 ci-dessus ne saurait, ainsi, être accueilli.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant. ". Aux termes de l'article L. 123-1 du même code : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué () ".
9. Les décisions attaquées, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, n'ayant pas le caractère de sanction, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 122-2 et L. 123-1 précités ne peuvent qu'être écartés.
10. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 322-1 du code de la route : " I. - Tout propriétaire d'un véhicule à moteur, d'une remorque dont le poids total autorisé en charge est supérieur à 500 kilogrammes ou d'une semi-remorque et qui souhaite le mettre en circulation pour la première fois doit faire une demande de certificat d'immatriculation en justifiant de son identité (). Cette demande de certificat d'immatriculation est adressée au ministre de l'intérieur par le propriétaire, soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules : " () Les demandes d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion sont adressées au ministre de l'intérieur soit par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur () ". L'habilitation individuelle délivrée par le ministre de l'intérieur prend la forme d'une convention-type signée par le préfet qui autorise le professionnel de l'automobile, en vertu de l'article 1er de la convention d'habilitation individuelle " Professionnel de l'automobile " type, à " recueillir l'ensemble des données nécessaires aux opérations d'immatriculation d'un véhicule et de les transmettre dans le système d'immatriculation des véhicules "SIV" ".
11. D'autre part, aux termes de l'article IV de la convention d'habilitation individuelle du 15 mars 2021 : " Le professionnel habilité s'engage à : () Transmettre au SIV les données () dans le respect de la réglementation et des règles de fonctionnement du système () ; Répondre à toute demande écrite des préfectures et de l'Agence nationale des titres sécurisés dans le cadre de leur mission générale de suivi et de contrôle et à ce titre à répondre à toute demande de présentation des dossiers et des pièces sollicitées auprès de ses clients, selon des modalités à définir ultérieurement et d'un commun accord ; () Faire connaître au préfet territorialement compétent, dans le délai d'un mois, tout changement dans les données déclarées ou pièces justificatives présentées dans le cadre de la présente convention ". Selon l'article VII de cette convention, relatif à la sécurité des données transmises au SIV et au contrôle d'accès, il appartient à l'entreprise habilitée de veiller à la sécurité des données et à leur traçabilité. X de la même convention intitulé suspension et résiliation : " 1) suspension et résiliation à l'initiative du préfet : En cas de manquements répétés aux obligations de la présente convention du professionnel habilité, le préfet territorialement compétent organise une procédure de concertation pour mettre un terme à ces manquements. En cas d'échec avéré de cette concertation, le préfet peut suspendre ou, moyennant le respect d'un préavis de deux mois, notifier par lettre-recommandée avec accusé de réception la résiliation de la présente convention () ".
12. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours des opérations de contrôle dont a fait l'objet la SASU Anss Auto, l'enquête administrative a mis en évidence qu'elle était dans l'incapacité de démontrer pouvoir continuer à télétransmettre des données en garantissant un traitement sécurisé et fiable des données personnelles. Ainsi, il est apparu que dans certaines opérations d'immatriculation manquait le mandat rendu obligatoire par l'article IV de la convention précitée, que l'ancien certificat d'immatriculation n'était pas signé ou non fourni, ou que certaines pièces étaient absentes du dossier. En outre, le préfet du Val-d'Oise établit que les dossiers d'immatriculation ne sont pas conservés dans un local sécurisé ou un coffre-fort numérique, l'armoire de stockage de la société requérante, dans un local accessible à toute personne, ne répondant pas à cette définition. Dans ces conditions, alors que la circonstance qu'il ne soit pas autorisé à accéder au SIV n'empêche pas aux professionnels d'effectuer les immatriculations des véhicules qu'ils cèdent en transmettant un dossier à l'Agence nationale des titres sécurisés qui procède elle-même à l'immatriculation du véhicule au SIV, le préfet du Val-d'Oise n'a commis ni erreur de fait et ni erreur de leur qualification juridique en décidant de procéder à la suspension et au retrait de l'habilitation au SIV accordée à la SASU Anss auto.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions attaquées ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées par la société requérante aux fins d'injonction sous astreinte. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SASU Anss Auto est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SASU Anss Auto et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
M. Eustache, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
Le président-rapporteur,
signé
BertonciniL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
signé
Z. Saïh
La greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026