jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2109750 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | LAPLANTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 juillet 2021 et 10 janvier 2023, M. B A C, représenté par Me Laplante, demande au tribunal :
1°) d'annuler le compte-rendu final de rendez-vous de carrière du 15 janvier 2021, ensemble les décisions de rejet de ses recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Versailles de modifier l'appréciation finale de ce compte rendu ou, à titre subsidiaire, de procéder à une nouvelle évaluation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;
- les appréciations portées sur les compétences " accompagner les élèves dans leur parcours de formation ", " s'engager dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel " et " agir en éducateur responsable et selon des principes éthiques " sont entachées d'erreurs de fait et d'erreurs manifestes d'appréciation ;
- elles sont constitutives d'une discrimination en fonction des origines.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 février 2023, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 72-581 du 4 juillet 1972 ;
- l'arrêté du 5 mai 2017 relatif à la mise en œuvre du rendez-vous de carrière des personnels enseignants, d'éducation et de psychologues du ministère chargé de l'éducation nationale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,
- et les observations de Me Laplante, pour M. A C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C est professeur certifié d'histoire-géographie. Le 15 janvier 2021, la rectrice de l'académie de Versailles a arrêté son compte rendu de rendez-vous de carrière et lui a attribué l'appréciation finale " satisfaisant ". Le 4 février 2021, M. A C lui en a demandé la révision, qui a été refusée le 8 mars 2021. Le 7 avril 2021, il a formé le recours prévu par l'article 30-7 du décret du 4 juillet 1972 devant la commission administrative paritaire, qui a été rejeté le 19 mai 2021. Par la présente requête, M. A C doit être regardé comme demandant l'annulation du compte-rendu de rendez-vous de carrière du 15 janvier 2021, ensemble les rejets de ses recours formés devant la rectrice et la commission administrative paritaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le compte rendu de rendez-vous de carrière n'est pas au nombre des décisions qui, en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ou d'une disposition spécifique ou d'un principe général du droit, doivent être motivées en droit et en fait. Par ailleurs, les moyens tirés des vices propres dont seraient entachées les décisions des 8 mars et 19 mai 2021, qui constituent des décisions de rejet de recours administratifs formés à l'encontre de la décision du 15 janvier 2021, ne peuvent être utilement invoqués. Il en résulte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées ne peut qu'être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, M. A C soutient que les appréciations portées sur certaines compétences sont entachées d'erreurs de fait et d'erreurs manifestes d'appréciation.
4. S'agissant des compétences " accompagner les élèves dans leur parcours de formation " et " s'engager dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel ", pour lesquelles M. A C a reçu l'appréciation " satisfaisant ", le requérant fait valoir à l'appui de son moyen ses qualités d'enseignant et son engagement professionnel. Il ressort de l'évaluation que ces qualités ont été notées tant par l'inspecteur que par son chef d'établissement. Toutefois, l'appréciation littérale portée par l'inspecteur mentionne, notamment, que l'intéressé ne propose pas des activités suffisamment explicites dans leurs attendus, que les élèves peinent à les relier à la problématique générale de la leçon, et que le requérant n'intègre pas suffisamment l'acquisition du langage par les élèves comme un objectif essentiel. M. A C ne produit aucun élément de nature à contester utilement ces constats. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
5. S'agissant de la compétence " agir en éducateur responsable et selon des principes éthiques ", pour laquelle l'appréciation " à consolider " a été attribuée à M. A C, il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion d'un échange professionnel de courriers électroniques entre collègues portant sur la répartition des heures supplémentaires, il a estimé qu'il était hasardeux de la part de l'administration d'affecter des professeures stagiaires du genre féminin au sein de son établissement scolaire. S'il a attribué les risques qu'il impute à une telle démarche aux réactions des élèves, il ne produit aucun élément de nature à établir que l'accueil réservé par ces derniers aux femmes serait plus défavorable qu'aux hommes, et ainsi de nature à compromettre le bon déroulement de leurs stages. Dans ces conditions, ces propos doivent être regardés comme l'expression dans un cadre professionnel d'un préjugé discriminatoire de sa part. Pour ce motif, la rectrice de l'académie de Versailles pouvait, sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation, lui attribuer la mention " à consolider " litigieuse.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. " et l'article 6 quinquies de cette même loi dispose que : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ".
7. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. M. A C soutient que les dispositions précitées de la loi de 13 juillet 1983 ont été méconnues dès lors que son chef d'établissement a adopté à son égard un comportement empreint d'animosité, consistant à remettre en cause ses compétences en public, et motivé par ses origines. Toutefois, il ne produit aucun élément circonstancié à l'appui de ses allégations, alors même qu'il résulte des énonciations ci-dessus que les appréciations portées par la rectrice sont fondées. Par suite, nonobstant le régime particulier de dévolution de la preuve existant en cette matière, le moyen tiré de ce qu'il aurait été victime de discrimination ne peut qu'être écarté.
Sur les conclusions accessoires :
9. Par voie de conséquence du rejet des conclusions de M. A C à fin d'annulation, ses conclusions à fin d'injonction et tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie pour information en sera adressée à la rectrice de l'académie de Versailles.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.
Le magistrat désigné,
signé
G. DLa greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026