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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2110734

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2110734

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2110734
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLETANG AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2111005 enregistrée le 31 août 2021 et des mémoires, enregistrés les 1er octobre 2021, et 18 novembre 2022, et des pièces complémentaires communiquées le 5 mai 2023, la société Eiffage immobilier Ile de France (IDF), représentée par la SELARL Letang avocats, agissant par Me Encinas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2021 par lequel le maire de commune de Vanves a refusé de lui délivrer un permis de construire un ensemble immobilier de cent logements sur un terrain situé rue Fratacci ;

2°) d'enjoindre au maire de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le maire s'est fondé à tort sur les dispositions des articles Uab11.1 et Uab10.2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Vanves pour refuser de lui délivrer le permis de construire.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 octobre 2022 et le 16 décembre 2022 commune de Vanves représenté par la SCP Enjea Avocats, agissant par Me Cotillon, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société Eiffage immobilier IDF la somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 janvier 2023.

II. Par une requête n° 2110734 enregistrée le 24 août 2021, et un mémoire, enregistré le 1er octobre 2021, la société Eiffage immobilier IDF , représentée par la SELARL Letang avocats , agissant par Me Encinas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de refus de permis de construire PC n° 92075 2008 76 du 3 mars 2021, ensemble la décision expresse du maire de commune de Vanves du 24 juin 2021 rejetant le recours gracieux exercé par la société Eiffage immobilier IDF ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Vanves de statuer de nouveau sur la demande de permis de construire de la société Eiffage immobilier IDF ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vanves la somme de 5.000 euros en application de l'article L761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022 la commune de Vanves représenté par la SCP Enjea Avocats, agissant par Me Cotillon, conclut a non-lieu à statuer, au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société Eiffage immobilier IDF la somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens ;

Elle fait valoir qu'il n'y a plus lieu à statuer sur la requête et, à titre subsidiaire, que les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baude, rapporteur,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

- les observations de Me Encinas pour la société Eiffage immobilier IDF et Me Deloum, pour la commune de Vanves.

Considérant ce qui suit :

1. La société Eiffage immobilier IDF demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 mars 2021 par lequel le maire de commune de Vanves a refusé de lui délivrer un permis de construire un ensemble immobilier de cent logements sur un terrain situé rue Fratacci, ainsi que l'arrêté du 3 août 2021 par lequel le maire, statuant à nouveau après que le préfet de région a infirmé le 5 juillet 2021 l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France sur le projet, a renouvelé ce refus.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions d'annulation de l'arrêté du 3 mars 2021 et du rejet du recours gracieux à l'encontre de cet arrêté :

3. Aux termes de l'article R.424-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus. Le demandeur précise lors de sa saisine s'il souhaite faire appel à un médiateur désigné dans les conditions prévues au III de l'article L. 632-2 du code du patrimoine. Dans ce cas, le préfet de région saisit le médiateur qui transmet son avis dans le délai d'un mois à compter de cette saisine. Le préfet de région adresse notification de la demande dont il est saisi au maire s'il n'est pas l'autorité compétente, et à l'autorité compétente en matière d'autorisations d'urbanisme. Le délai à l'issue duquel le préfet de région est réputé avoir confirmé la décision de l'autorité compétente en cas de recours du demandeur est de deux mois à compter de la réception de ce recours. Si le préfet de région infirme le refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, l'autorité compétente en matière d'autorisations d'urbanisme statue à nouveau dans le délai d'un mois suivant la réception de la décision du préfet de région ".

4. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet infirme l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France, l'autorité compétente doit statuer à nouveau sur la demande de permis de construire dans un délai d'un mois à compter de la réception du nouvel avis. Cette nouvelle décision se substitue alors au refus de permis de construire précédemment opposé et entraîne, le cas échéant, un non-lieu à statuer sur le recours pour excès de pouvoir dirigé contre le refus initial.

5. Il ressort des pièces du dossier que la société Eiffage immobilier IDF a formé le 6 mai 2021 un recours administratif préalable à l'encontre de l'avis du 26 octobre 2020 par lequel l'architecte des bâtiments de France a émis un avis défavorable à son projet, et que le préfet de la région Ile de France a infirmé cet avis le 5 juillet 2021. Par arrêté du 31 août 2021 le maire de la commune de Vanves a alors, conformément aux dispositions de l'article R. 424-14 précité, statué à nouveau sur la demande de permis de construire. Cette décision s'est substituée à l'arrêté du 3 mars 2021. Dès lors il n'y a plus lieu de statuer sur le recours dirigé contre cet arrêté et le rejet par le maire du recours gracieux dirigé contre celui-ci.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 août 2021 :

6. En premier lieu, aux termes de l'article Uab 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Vanves : " En référence à l'article R.111-21 du code de l'urbanisme, la situation des constructions, leur architecture, leurs dimensions, leur aspect extérieur doivent être adaptés au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le site dans lequel se situe le projet est caractérisé par la présence de quelques pavillons avec jardins datant de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle. Il comporte également de nombreux immeubles de logements mitoyens, construits à l'alignement des voies publiques, de six étages et plus, dont plusieurs récents, notamment de part et d'autre de la voie D130. Un imposant volume rectangulaire de logements de seize étages, construit sur un vaste socle de bureaux, isolé du tissu bâti, et dont la linéarité monotone des balcons contraste fortement avec le style de l'hôtel de ville tout proche, est particulièrement visible du projet depuis la rue Fratacci. Le front bâti n'est pas uniforme le long des voies, les immeubles alternant avec des pavillons. Plusieurs murs pignon faiblement ajourés dominent de leur hauteur la voie publique. Les teintes, matériaux, toitures, hauteur et partis d'animation des façades sont des plus variés, seuls les gabarits de couronnement des immeubles les plus récents présentant les mêmes volumes en attique avec des toits plats. Le site d'implantation, à supposer qu'il constitue une séquence urbaine comme le soutient la commune, ne présente ainsi ni composition urbaine singulière et homogène, ni unité architecturale, ni harmonie esthétique.

8. Le projet prévoit la démolition de deux pavillons datant de la fin du 19ème siècle ou du début du 20ème siècle et la suppression de leurs jardins environnants, dont l'un assez remarquable par la qualité de ses façades, pour édifier un immeuble de cent deux logements avec balcons en R+6 dont les façades s'aligneront sur les rues Frattaci et Gargantua. Le projet prévoit également que les niveaux sommitaux seront traités en escalier pour atténuer la massivité du projet et l'aménagement de deux jardins arborés, insérés dans le bâti, à l'est et à l'ouest de l'immeuble. L'ensemble, est prévu pour occuper 70 % de la surface du terrain de 1664 m². Les teintes et matériaux choisis sont la pierre calcaire blanche, l'enduit monocouche gratté fin blanc et le béton peint teinte laiton. Il ne résulte pas de ces caractéristiques, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, que ce projet dénotera du bâti environnant et qu'il portera atteinte au caractère des lieux avoisinants. Dès lors il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de ce que le maire s'est fondé à tort sur la méconnaissance de l'article Uab11.1 du règlement pour refuser de délivrer le permis de construire.

9. En second lieu, aux termes de l'article Uab10.2.1 du règlement : " () Toutefois, pour favoriser l'ensoleillement, si la voie publique ou privée ou l'emprise publique présente au

droit du terrain a une largeur inférieure ou égale à 12 mètres mais supérieure à 5 mètres, le gabarit est défini par les règles cumulatives suivantes :' une hauteur de façade sur voie de 15 mètres maximum ;' surmontée d'une ligne oblique à 45° ;' limitée par une hauteur maximale de 18 mètres. Toutefois, si la voie publique ou privée ou l'emprise publique présente au droit du terrain a une largeur inférieure ou égale à 5 mètres, la hauteur de chaque point de la construction ne pourra être supérieure à la distance mesurée perpendiculairement de ce point de la construction au point le plus proche de l'alignement opposé sans pouvoir excéder la hauteur maximale de 18 mètres. () ".

10. Et aux termes des dispositions générales du règlement : " Application du présent règlement en cas de lotissement ou division en propriété ou en jouissance : Dans le cas d'un lotissement ou dans celui de la construction, sur un même terrain, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance, les règles édictées par le présent règlement doivent être appliquées à chacun des lots ou terrains à provenir de la division ".

11. Il ressort des pièces du dossier que la société Eiffage immobilier IDF a été autorisée par arrêté du maire de commune de Vanves du 15 décembre 2020 à détacher du terrain d'assiette du projet une bande longitudinale de terrain de 1,20 m de largeur le long de la rue Gargantua et que le plan de division joint à la déclaration préalable de division foncière indiquait que cette bande constituait un " espace à rétrocéder ". Contrairement à ce qui est soutenu, cette seule mention ne saurait établir que la commune était ainsi informée de son intention de lui transférer cette bande de terrain, et qu'en ne s'opposant pas à la division son maire devait être regardé comme ayant accepté ce transfert. Il n'est par ailleurs établi par aucune pièce du dossier que la commune, à la date de l'arrêté attaqué, avait exprimé son accord pour ce transfert, ni, a fortiori qu'elle avait décidé d'affecter cette bande de terrain à l'élargissement de la rue Gargantua en vue d'en porter la largeur de 3,08 m à 5,08 m et de l'incorporer à son domaine public.

12. Il ressort en outre des pièces du dossier que le projet prévoit d'implanter au sud un mur de façade de 14,8 mètres de hauteur à 1,20 mètre de l'alignement de la rue Gargantua, et que cette hauteur ne respecte pas les dispositions de l'article Uab10.2 applicables au gabarit des constructions édifiées dans une bande de 30 mètres à compter de l'alignement d'une voie publique de moins de 5 mètres de largeur, lesquelles n'autorisent en l'espèce qu'une hauteur maximale en façade de 5,08 mètres. Dès lors la requérante n'est pas fondée à soutenir que le maire a commis une erreur de fait en considérant que la largeur de la rue Gargantua étant inférieure à 5 mètres et une erreur de droit en lui opposant, pour considérer que son projet n'était pas conforme au règlement du PLU, les dispositions de l'article Uab10.2 applicables aux terrains jouxtant une voie publique de moins de 5 mètres.

13. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'à la date de la délivrance du permis de construire, la société pétitionnaire, alors même qu'elle pouvait se prévaloir de la décision de non-opposition du maire évoquée au point 11 du jugement, n'avait pas encore transféré en propriété ou en jouissance le lot résultant de cette division, condition nécessaire pour que s'appliquent les dispositions générales précitées. Il en résulte qu'elle n'est pas fondée à soutenir que le maire a commis une erreur de droit en lui opposant, alors qu'aucune voie publique n'était située au droit du terrain, la non-conformité de son projet à l'article Uab10.2. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de cet article du PLU de commune de Vanves doit être écarté.

14. Il ne résulte pas de l'instruction que le maire aurait pris une décision différente s'il n'avait retenu que le motif tiré de la méconnaissance par le projet de permis de construire des dispositions de l'article Uab10.2. Dès lors, les conclusions de la société Eiffage immobilier IDF à fin d'annulation de l'arrêté du 3 août 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les conclusions à fin d'annulation de devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la société requérante la somme que demande commune de Vanves au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête n° 2110734 de la société Eiffage immobilier Ile de France.

Article 2 : La requête n° 2111005 de la société Eiffage immobilier Ile de France est rejetée.

Article 3 :les conclusions de commune de Vanves tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à société Eiffage immobilier Ile de France et à la commune de Vanves.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude premier conseiller,

M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

F.-E. Baude Le président,

signé

P. Thierry

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21110052

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