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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2111823

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111823

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111823
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMAILLIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 septembre 2021 et le 27 mars 2022, M. A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mai 2021 par laquelle le maire de Suresnes s'est opposé à la déclaration préalable de travaux enregistrée sous le numéro 92073 21 50071 qu'il a déposée le 7 avril 2021 en vue de construire une véranda et de transformer un emplacement de stationnement clos et couvert en stationnement non couvert ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Suresnes de lui délivrer une décision de non-opposition à la déclaration préalable de travaux qu'il a déposée le 7 avril 2021.

Il soutient que si les travaux litigieux portent sur une construction existante non conforme à l'article UBa 9.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Suresnes, la démolition d'un garage implanté sur la parcelle d'assiette du projet et la construction d'une véranda de 15,89 mètres carrés auront ainsi pour effet de rendre cette construction plus conforme aux dispositions d'urbanisme méconnues de sorte que ces travaux auraient dû être autorisés par le maire de Suresnes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, la commune de Suresnes, représentée par Me Mailliard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été introduite postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux fixé par l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, rapporteure,

- et les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 avril 2021, M. A a déposé une déclaration préalable de travaux en vue de la construction d'une véranda ainsi que de la démolition d'un garage sur une parcelle cadastrée section U n°79, sise 29 Boulevard Henri Sellier à Suresnes. Par une décision du 4 mai 2021, le maire de Suresnes s'est opposé à cette déclaration préalable. Le recours gracieux formé par M. A contre cette décision a été rejeté par une décision du maire de Suresnes du 29 juin 2021. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de la décision du 4 mai 2021 portant opposition à sa déclaration préalable de travaux.

Sur la recevabilité de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". L'article R. 421-5 du même code dispose : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés. ". Il résulte de ces dispositions qu'un recours gracieux introduit dans le délai du recours contentieux interrompt ce délai. Un tel recours constitue une demande. Par suite, le délai de recours contentieux qui recommence à courir n'est opposable qu'à la condition d'avoir été mentionné, soit dans l'accusé de réception du recours gracieux lorsque celui-ci a fait l'objet d'un rejet implicite, soit dans la décision rejetant expressément ce recours gracieux.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision du 29 juin 2021, par laquelle le maire de Suresnes a rejeté le recours gracieux formé par M. A contre la décision d'opposition à la déclaration préalable de travaux du 4 mai 2021, mentionne les voies et délais de recours ouverts à l'encontre de cette décision.

4. D'autre part, il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 29 juin 2021, par laquelle le maire de Suresnes a rejeté le recours gracieux formé par M. A, a été notifiée à l'intéressé le 2 juillet 2021 par lettre recommandée avec accusé de réception numéro 2C 145 921 9695 9. Le requérant soutient qu'il n'a pas été avisé de la tentative de présentation de ce courrier par les services de la Poste, le 2 juillet 2021 et qu'il n'a dès lors pas réceptionné ce courrier recommandé. Toutefois, cet accusé de réception, produit par la commune en défense, est revenu au service expéditeur avec la mention " pli avisé et non réclamé " et comporte, outre le motif de non-distribution, la date de vaine présentation du pli le 2 juillet 2021 par une mention manuscrite du préposé de la Poste et le nom du bureau de poste. Ces éléments doivent être regardés comme attestant qu'un avis de passage comportant les mentions requises a été laissé au domicile du requérant l'avisant de l'existence d'un pli qui lui était adressé. Il s'ensuit que la décision du 29 juin 2021 qui mentionne les voies et délais de recours ouverts à son encontre, doit être regardée comme régulièrement notifiée à la date de présentation du pli, soit le 2 juillet 2021. Dans ces conditions, M. A ne pouvait exercer un recours contentieux contre les décisions des 4 mai 2021 et 29 juin 2021 qu'au plus tard le 3 septembre 2021 à minuit. Par suite, la commune de Suresnes est fondée à soutenir que la requête enregistrée le 18 septembre 2021 par M. A est tardive.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est irrecevable et qu'elle doit, dès lors, être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Suresnes présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Les conclusions de la commune de Suresnes présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Suresnes.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Zaccaron Guérin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin La présidente,

signé

S. Edert

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21118232

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