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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2112345

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2112345

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2112345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre
Avocat requérantPARASTATIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 30 septembre 2021 et 13 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Parastatis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2021 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, faute pour le préfet d'avoir examiné les pièces présentées relatives à son expérience professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale puisque fondée sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance en date du 24 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention du 1er août 1995 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, a dispensé ce dernier de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Bellity, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais, né le 30 octobre 1986, est entré sur le territoire français le 26 décembre 2014, selon ses déclarations. Le 3 mars 2020, il a sollicité un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Par l'arrêté du 4 juin 2021 attaqué, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée vise l'article 4 paragraphe 42 de l'accord franco-sénégalais applicable à la situation de M. B ainsi que les articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de M. B, les conditions de son entrée en France, ainsi que sa situation administrative, personnelle et familiale et exposé les raisons pour lesquelles le préfet a considéré que M. B ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'il sollicitait ainsi que celles pour lesquelles il ne pouvait davantage bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et personnelle en France de l'intéressé, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de M. B, et notamment au regard de son activité professionnelle, avant de prendre la décision contestée. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, le paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue du point 31 de l'article 3 de l'avenant signé le 25 février 2008, prévoit qu' : " un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : / - soit la mention "salarié" s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail. / - soit la mention "vie privée et familiale" s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels ". Ces stipulations, renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière, rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. M. B fait valoir la durée de son séjour en France sans discontinuité depuis décembre 2016, sa parfaite maitrise de la langue française, l'absence de toute menace pour l'ordre public et son insertion professionnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les bulletins de paie et contrats de travail produits par l'intéressé à l'appui de ses allégations qui couvrent la période allant de février 2018 à septembre 2021 justifiant d'une activité professionnelle salariée en qualité de plongeur et de commis de cuisine auprès de la société ORPEA, de valet de chambre après de la société INH et d'agent de service auprès de la société STN, au demeurant pour des missions parfois très courtes, ne permettent pas d'établir une insertion sociale et professionnelle suffisamment stable et ancienne sur le territoire français. Par ailleurs, M. B est célibataire, sans enfant à charge en France et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans à tout le moins. Les éléments ainsi exposés de la situation de M. B et à supposer même qu'il maitrise le français, et nonobstant la circonstance que sa présence en France n'est pas une menace pour l'ordre public, ne sont pas de nature à constituer des circonstances exceptionnelles ou des motifs humanitaires au sens de l'article L. 435-1 précité. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.

7. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet en prenant la décision en litige n'a pas fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour opposé à

M. B n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de ce refus, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Les éléments de la situation du requérant exposés au point 6 ne sont pas de nature à faire regarder le préfet du Val-d'Oise comme ayant porté, en prenant l'obligation de quitter le territoire français attaquée, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par ces stipulations. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions précitées font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par le requérant, doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2021, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Lebdiri, premier conseiller

M. Bellity, premier conseiller,

assistés de Mme Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2022.

Le rapporteur

signé

C. BELLITY.

La présidente,

signé

H. LE GRIELLa greffière,

Signé

D. BONFANTI

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

POUR AMPLIATION, LE GREFFIER

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