mercredi 6 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2112450 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | EVODROIT-SCP INTER BARREAUX D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 septembre 2021, M. B J, représenté par la SCP Interbarreaux Evodroit, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise, avec la rédaction d'un pré-rapport, en présence du centre hospitalier de Gonesse, de la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise et de son épouse, Mme A C, en vue de dire si les soins reçus et sa prise en charge au sein du centre hospitalier de Gonesse entre le 16 février et le 1er mars 2018 ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, si des erreurs médicales ont été commises et d'évaluer les préjudices subis ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Gonesse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le fait dommageable ayant causé sa blessure à l'épaule a été causé par un évènement survenu lors de sa prise en charge au sein du centre hospitalier de Gonesse ;
- la responsabilité du centre hospitalier de Gonesse est susceptible d'être engagée au titre du défaut manifeste de prise en charge de sa fracture, dès lors que le rapport d'expertise amiable rédigé par le docteur G E, chirurgien orthopédiste, fait état d'une prise en charge médicale du centre hospitalier non conforme ;
- la réalisation d'une mesure d'expertise amiable ne fait pas obstacle à la désignation d'un nouvel expert par le tribunal, cette nouvelle mesure permettant également de procéder à une étude plus complète de son dossier et d'évaluer sa perte de chance résultant de l'absence de diagnostic ;
- la désignation d'un nouvel expert par le tribunal s'avère également indispensable, dès lors que l'expertise amiable s'étant réalisée hors de toute procédure contradictoire ;
- la mesure sollicitée est utile, dès lors qu'elle constitue un préalable à l'introduction d'une requête indemnitaire à l'encontre du centre hospitalier de Gonesse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2021, le centre hospitalier de Gonesse, représenté par Me Budet, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la demande d'expertise est dépourvue de toute utilité, dès lors qu'une opération d'expertise amiable, diligentée par la Société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), a déjà été réalisée le 11 février 2019 par le docteur G E, chirurgien orthopédique ; la mesure sollicitée ne constitue ainsi pas un préalable indispensable à l'introduction d'une procédure indemnitaire à l'encontre de l'établissement ;
- ce rapport d'expertise a procédé à une évaluation détaillée des préjudices subis par le requérant, qui s'est vu proposé par la SHAM une somme de 7 776 euros, aux fins de réparation des préjudices imputables aux manquements du centre hospitalier ; il appartiendra, le cas échéant, au juge du fond, d'apprécier si un complément d'expertise s'avère nécessaire.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. H, premier vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ". L'octroi d'une telle mesure est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal, appréciée en tenant compte, notamment, de l'intérêt de la mesure pour un contentieux né ou à venir n'étant pas manifestement insusceptible de relever de la compétence de la juridiction administrative.
2. Il résulte de l'instruction que M. B J a été hospitalisé au sein du service de réanimation du centre hospitalier de Gonesse du 16 au 17 février 2018 suite à un épisode de crise convulsive similaire avec inconscience. Il a alors ressenti, postérieurement à son réveil, d'importantes douleurs au niveau du bras gauche, sans prise en charge à ce stade. Admis de nouveau au sein du centre hospitalier de Gonesse le 21 février 2018 suite à une nouvelle crise convulsive, M. J a ressenti, suite à son réveil à l'hôpital, de vives douleurs au niveau de son épaule gauche et déclare avoir pu constater que son bras était devenu " violet ". Il a de nouveau été hospitalisé le 1er mars 2018 en raison de la persistance des douleurs au niveau de son épaule gauche. Il résulte également de l'instruction, et notamment du compte-rendu d'hospitalisation réalisé le 2 mars 2018, que M. J a bénéficié d'une immobilisation par gilet orthopédique et a été placé sous traitement antalgique, sans être toutefois opéré à ce stade. Pris en charge par l'hôpital Bichat, le requérant a fait l'objet le 28 mars 2018 d'une intervention chirurgicale sous anesthésie générale, afin de permettre la pose d'une prothèse. N'ayant toutefois pas récupéré l'usage total de son bras gauche et estimant sa prise en charge au sein du centre hospitalier de Gonesse défaillante, M. J a déposé, par lettre du 11 septembre 2018, une réclamation auprès de ce centre Il résulte également de l'instruction que la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), assureur du centre hospitalier de Gonesse, a confié une mission d'expertise au docteur G E, expert spécialisé en chirurgie orthopédique et traumatologique qui a retenu un manquement du centre hospitalier de Gonesse dans la prise en charge du 21 février 2018. Suite à la réception du rapport, la SHAM a proposé à M. J une offre indemnitaire s'élevant à 7 776 euros. Une contre-offre a été proposée à la SHAM par M. J par une lettre du
28 juin 2019, d'un montant de 25 000 euros, qui a toutefois été écartée par l'assureur. En outre, il résulte de l'instruction qu'un avis d'inaptitude physique a été rédigé le 16 mars 2018 par le docteur K D, médecin du travail, conduisant au licenciement de l'intéressé de son poste de préparateur en pharmacie le 17 mai 2018, en raison de l'impossibilité d'un reclassement à la suite du constat d'inaptitude à son poste de travail, la fracture du requérant l'empêchant en effet d'exercer un emploi. Enfin, par une décision en date du 9 juin 2021, la maison départementale des personnes handicapées du Val-d'Oise a reconnu à M. J la qualité de travailleur handicapé. Dans ces circonstances, M. J demande la désignation d'un expert.
3. La mesure d'expertise sollicitée par M. J a pour objet, en vue d'un éventuel recours au fond, de réunir les éléments permettant de déterminer si la prise en charge et les soins qui lui ont été prodigués à compter du 16 février 2018 au sein du centre hospitalier de Gonesse ont été conformes aux règles de l'art ou s'il a été victime ou non d'une faute médicale, d'apprécier l'origine du dommage et d'évaluer les préjudices subis.
4. Le centre hospitalier de Gonesse demande au juge des référés de rejeter la requête dès lors qu'une opération d'expertise amiable a déjà été réalisée le 11 février 2019 par le docteur G E, chirurgien orthopédique et que le rapport d'expertise a déjà procédé à une évaluation détaillée des préjudices subis par le requérant, qui s'est vu proposé par la SHAM une somme de 7 776 euros, aux fins de réparation des préjudices imputables aux manquements du centre hospitalier.
5. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. J soutient que le rapport d'expertise amiable comporte des contradictions, celui-ci ayant affirmé que la fracture était antérieure à l'hospitalisation tout en datant son apparition au 21 février 2018, date de sa deuxième admission au sein du centre hospitalier de Gonesse. En outre, cette première expertise amiable a été diligentée par la SHAM, l'assureur du centre hospitalier de Gonesse, et ne présente ainsi pas toutes les garanties requises du contradictoire.
6. Ainsi, en l'état de l'instruction, au vu de ces éléments, la demande d'expertise présente ainsi un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu de faire droit à la demande d'expertise et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la participation aux opérations d'expertise de Mme A C, épouse J :
7. M. J demande que les opérations d'expertise soient menées en présence de son épouse, Mme A C. Toutefois, en l'état de l'instruction, sa participation aux opérations d'expertise n'est pas utile, l'expert pouvant, s'il l'estime utile et nécessaire, entendre tout sachant.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de
M. J présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : M. F I, expert spécialisé en " chirurgie orthopédique et traumatologique ", domicilié 41, rue d'Amsterdam à Paris (75008) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. B J et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Gonesse à compter du
16 février 2018 ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. B J ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;
2°) rappeler l'état de santé antérieur de M. B J et décrire son état à la date de l'expertise ;
3°) décrire les conditions dans lesquelles M. B J a été pris en charge par les services du centre hospitalier ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. B J et aux symptômes qu'il présentait ;
4°) de manière générale, réunir tous les éléments permettant de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation de M. B J ;
5°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté présente un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement imputable à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale et son évolution ou avec toute autre cause étrangère à la prise en charge de M. B J par l'établissement ;; dans le cas d'une pluralité de causes à l'origine du dommage, indiquer la part imputable à chacune d'elles ;
6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il a été procédé de façon complète à l'information de M. B J, c'est-à-dire s'il a été informé, avant l'acte de soins litigieux, de l'ensemble des risques fréquents et des risques graves, même rares, normalement prévisibles, qu'il encourait en donnant son consentement à l'acte de soins en cause ; dans la négative, préciser si M. B J a subi une perte de chance, exprimée en pourcentage, de se soustraire au risque en refusant l'acte de soins s'il en avait connu tous les dangers ;
7°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à M. B J une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; dans cette hypothèse, quantifier la perte de chance ;
8°) dire si l'état de santé de M. B J est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de M. B J ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ;
9°) dire si l'état de M. B J est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
10°) décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de M. B J, non imputables à son état antérieur ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale par le centre hospitalier de Gonesse si celle-ci s'était déroulée normalement, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, frais liés au handicap, pertes de revenus, incidences professionnelle et scolaire du dommage, autres dépenses liées au dommage corporel) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) et, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation ;
11°) de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis ;
12°) déposer un pré-rapport afin de permettre aux parties de faire valoir contradictoirement leurs observations préalablement au dépôt du rapport définitif.
Les experts disposeront des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Ils pourront faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à
R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de M. J, du centre hospitalier de Gonesse et de la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise.
Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance et au plus tard le 31 janvier 2023. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à M. J, au centre hospitalier de Gonesse, à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise et à M. F I, expert.
Fait à Cergy, le 6 juillet 2022.
Le premier vice-président, juge des référés,
Signé
F. H
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026