mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2112708 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GIUDICELLI-JAHN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 octobre 2021, M. D, représenté par Me Giudicelli-jahn, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, l'a interdit de retour en France pendant un an et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant ce délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des frais non compris dans les dépens.
Il soutient :
- que l'acte a été signé par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;
- que le préfet a commis une erreur d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation en refusant de lui délivrer un titre de séjour ;
- que le préfet a commis une erreur de droit en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'accord franco-marocain du 9 octobre 2019, alors qu'il en remplissait les conditions ;
- que le préfet a commis une erreur de fait en qualifiant son activité professionnelle de sporadique ;
- que le préfet a commis une erreur de droit en lui interdisant tout retour sur le territoire français pendant un an alors pourtant qu'un délai de départ volontaire de trente jours lui était imparti pour quitter le territoire ;
- que le préfet a commis une erreur d'appréciation de sa situation en assortissant l'obligation de quitter le territoire d'une mesure d'interdiction de retour pendant un an ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2021 préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant ;
Par ordonnance du 18 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 20 décembre 2021
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Nait-Mazi, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D, ressortissant marocain, né le 20 mai 1989, demande l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il résulte de l'article 2 de l'arrêté n°2019 - 52 du 9 septembre 2019 du préfet des Hauts-de-Seine que Mme A C, adjointe au chef de bureau, disposait à la date de l'arrêté d'une délégation de signature à l'effet de signer les décisions contestées. L'arrêté a par conséquent été signé par une personne compétente.
3. Il résulte de l'article L.111-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les dispositions de ce code relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent sous réserve des conventions internationales.
4. L'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 stipule : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () " ; l'article 3 du même accord stipule : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié''() " ; enfin aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".
5. Il résulte de la combinaison des textes précités que, si la situation des ressortissants marocains souhaitant bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est régie par les stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, dont l'article 3 impose notamment d'être muni d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, la délivrance de ce titre est également subordonnée, en vertu de l'article 9 de l'accord, à la condition, prévue à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la production par ce ressortissant d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. D, alors même qu'il était titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée à la date de la décision, ne réunissait ni la condition de détention d'un visa de long séjour ni la condition tenant au visa de son contrat de travail par les autorités compétentes. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987.
7. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour pour l'exercice d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un tel titre de séjour ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain. Toutefois, bien que cet accord ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant marocain qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
8. M. D entré en France en mars 2018, ne peut, ainsi qu'il a été dit au point 6, se prévaloir des dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Il atteste avoir travaillé vingt-deux mois entre juillet 2019 et avril 2021 dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée en tant qu'électricien, son employeur envisageant de l'embaucher à nouveau en cas de régularisation de sa situation. Il ne conteste pas avoir fait usage d'une fausse carte d'identité et d'une fausse attestation de carte vitale pour être recruté en tant que salarié, faits pour lesquels il n'a toutefois pas été poursuivi à la date de l'arrêté. M. D, célibataire et sans enfants, a vécu au Maroc, ou résident sa mère et sa fratrie, jusqu'à 29 ans, et ne dispose pas d'attaches familiales ou personnelles particulières en France.
9. Si le préfet soutient que l'activité professionnelle de M. D doit être regardée comme " sporadique ", il ressort tout au contraire des pièces du dossier que cette activité d'électricien, exercée pendant près de deux ans à la date de l'arrêté auprès d'un même employeur, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, présentait un caractère de continuité et de stabilité. Le préfet a ainsi commis une erreur de fait dans l'examen de la situation de M. D.
10. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le préfet a entendu opposer à la demande de régularisation de M. D à la fois son caractère " sporadique " et son caractère limité, et que M. D ne justifie que de vingt-deux mois tout au plus d'activité professionnelle en France à la date de l'acte attaqué. eu égard à la durée limitée de l'expérience professionnelle de M. D, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet, aurait pris une décision différente de celle du refus en se fondant uniquement sur la durée limitée de l'activité professionnelle du requérant. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de son pouvoir de régularisation.
11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
12. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
13. Il résulte de ces dispositions que le préfet pouvait, sans erreur de droit, assortir l'obligation de quitter le territoire d'une interdiction de retour alors même que cette obligation lui impartissait un délai de 30 jours pour l'exécuter.
14. Il ressort des pièces du dossier que si M. D, célibataire et sans enfants, est dépourvu d'attaches familiales ou personnelles en France et n'était présent sur le territoire français que depuis moins de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué, il peut toutefois se prévaloir d'une expérience professionnelle en tant qu'électricien en France de près de deux ans, auprès d'un même employeur, et d'une perspective sérieuse d'embauche à durée indéterminée par celui-ci en cas de régularisation de sa situation. Cette perspective de pérennisation de son emploi est compromise par une interdiction de retour pendant un an sur le territoire français. S'il ne conteste pas avoir fait usage de faux documents d'identité pendant sa présence en France, dans l'intention d'être recruté par son employeur, il n'est toutefois pas établi qu'il aurait été poursuivi ou condamné pour ces faits. M. D n'a en outre pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions M. D est fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur d'appréciation en lui interdisant tout retour sur le territoire français pendant un an.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté attaqué seulement en tant qu'il fait interdiction à M. D de retourner sur le territoire français pendant un an, et de rejeter les autres conclusions à fin d'annulation de l'arrêté.
Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. Les conclusions à fin d'annulation de M. D devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.
D E C I D E :
Article 1er :la décision du préfet interdisant tout retour de M. D sur le territoire français pendant un an est annulée.
Article 2 :les autres conclusions de la requête sont rejetées.
Article 3 Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
M. Baude, conseiller,
Mme Zaccaron Guérin, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
Le rapporteur,
signé
F.-E. B Le président,
signé
P. Thierry
La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 21127082
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026